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L'atome iranien

C'est fait: l'Iran a placé la communauté internationale devant le fait accompli. Les physiciens du royaume perse ont repris la conversion d'uranium. À quelles fins? Pour entreprendre des négociations sur des bases différentes de celles observées jusqu'à présent.

Lorsque les autorités iraniennes ont annoncé, il y a une semaine de cela, que les activités d'enrichissement d'uranium recommenceraient prochainement, certains ont cru qu'elles cherchaient à renforcer le rapport de force à leur avantage. On faisait alors l'hypothèse suivante: une fois intronisé officiellement président de la République islamique, Mahmoud Ahmadinejad, même s'il est réputé être un ultraconservateur, entendrait raison et poursuivrait les négociations avec la troïka formée de l'Allemagne, de la Grande-Bretagne et de la France. Comme on le sait, cette hypothèse a volé en éclats.

À peine installé à la présidence, Ahmadinejad a ordonné une réactualisation des travaux et nommé Ali Larijani au poste de secrétaire général du Conseil suprême de la sécurité nationale, donc notamment en charge du dossier nucléaire. Le cas Larijani est, si l'on ose dire, plein d'enseignements. Ultra parmi les ultras, ce proche du Guide suprême de la République, l'ayatollah Ali Khamenei, était et demeure un adversaire farouche de son prédécesseur. Plus précisément de la stratégie que celui-ci avait arrêtée en matière nucléaire.

Pour Larijani ainsi que pour Ahmadinejad, le droit inaliénable reconnu aux pays signataires du Traité de non-prolifération (TNP) de produire de l'énergie nucléaire leur permet de faire ce que l'Iran a décidé de faire. Point. L'article 4 du traité en question balisant les droits accordés est assez large ou ample pour autoriser les nations membres du TNP à acquérir pratiquement toutes les composantes et connaissances inhérentes à la fabrication de la bombe. Sur le plan légal, la position de l'Iran s'articule en fonction de l'article 4. Mais...

Mais pour la troïka ainsi que pour les États-Unis, cette position est jugée nulle et non avenue depuis que l'Iran a amorcé dans la plus grande discrétion la fabrication de la bombe avant que le tout soit découvert en 2002. D'où la formulation d'un préalable exigeant de l'Iran qu'il abandonne toute ambition à cet égard en échange d'un soutien économique et énergétique. Énergétique? L'Europe, les États-Unis ainsi que la Russie aideraient l'Iran à produire du nucléaire à des fins strictement civiles. Voilà pour les positions légales respectives de chacun.

Cela étant, il faut savoir qu'avec l'arrivée au pouvoir d'Ahmadinejad, c'est toute une nouvelle génération qui accède aux postes de commande. À la différence de leurs aînés, lui et Larijani n'ont pas été modelés par la révolution de 1979 mais bien par la guerre avec l'Irak. De ce conflit, ils conservent un ressentiment à l'endroit des États-Unis et de l'Europe, qui n'ont rien fait pour empêcher Saddam Hussein d'utiliser des armes chimiques contre la population et l'armée iranienne. Pour cette génération, il y a même eu connivence entre l'Irak et l'Occident en général.

De fait, Ahmadinejad estime, ainsi qu'il l'a affirmé à plus d'une reprise au cours de la récente campagne électorale, que l'intérêt de l'Iran à moyen terme passe par un rapprochement avec l'Inde et la Chine. Cette appréciation est d'autant plus ancrée et partagée que les États-Unis ont pris pied, à l'est, en Afghanistan et, à l'ouest, en Irak. Au passage, on se rappellera que Téhéran a signé récemment des accords de distribution de pétrole et de gaz énormes en matière de volume.

À la lumière des épisodes qui ont marqué le développement récent des relations entre l'Iran, le trio européen et la Russie, à la lumière surtout des positions adoptées par Ahmadinejad, plus d'un observateur de la scène émet l'hypothèse que Téhéran cherche désormais à impliquer les États-Unis. Ici et là, on avance que le but des Iraniens est de négocier directement avec l'administration Bush et non plus avec la Vieille Europe afin d'ajouter certains sujets qui sont périphériques à celui qui nous occupe aujourd'hui.

Pour les conservateurs iraniens dont Ahmadinejad est le chef de file, les discussions sur le nucléaire doivent être élargies notamment au conflit qui a cours en Irak, dont plus des deux tiers de la population est chiite. Ils veulent capitaliser au maximum sur le nucléaire. En un mot, la suite des choses va exiger autant de sang-froid qu'un sacré souci des nuances.
 
 
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