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L'Iran défie l'Occident

Téhéran relance ses activités nucléaires à Ispahan; les Européens réunissent d'urgence l'AIEA à Vienne

Le conseil de l'AIEA se réunit d'urgence à Vienne aujourd'hui, à la demande des Européens, pour lancer un ultime et sévère avertissement à l'Iran, qui a repris hier des activités nucléaires ultra-sensibles à Ispahan (centre) en défiant l'Occident.

Le Conseil des gouverneurs, l'exécutif politique de 35 États membres de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), pourrait transférer le dossier au Conseil de sécurité de l'ONU en vue d'éventuelles sanctions internationales — ce que les analystes jugent improbable à ce stade.

À cette occasion, a souligné le ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, la communauté internationale doit «se montrer unie face à une crise grave provoquée délibérément par l'Iran».

M. Douste-Blazy a confirmé que la troïka de l'Union européenne (UE-3) — Allemagne, France, Grande-Bretagne — avait reçu une «réponse officielle négative» de l'Iran aux propositions de coopération multiforme transmises vendredi dernier. «Le ton de la réponse est particulièrement alarmant et contraire à l'esprit avec lequel nous avons conduit le dialogue avec l'Iran» depuis deux ans, a-t-il dit, en appelant «encore une fois l'Iran à entendre la voix de la raison».

Les États-Unis se sont montrés désireux de soutenir les efforts diplomatiques des Européens, tout en brandissant la menace d'une saisie du Conseil de sécurité de l'ONU. «Il est évident que cela représente une violation de l'accord de Paris de novembre 2004 avec l'UE-3 par lequel l'Iran s'était engagé à suspendre ses activités liées à l'enrichissement, y compris la conversion ou la production d'uranium», a déclaré un porte-parole du département d'État, Adam Ereli. Mais «nous continuerons à travailler avec la troïka [européenne] pour soutenir les efforts destinés à remettre ce processus [de négociations] sur les rails», a-t-il ajouté.

Moins d'une semaine après la prise de fonction du président ultra-conservateur Mahmoud Ahmadinejad, l'Iran a repris la transformation du «yellowcake», poudre de minerai d'uranium concentré extrait des mines du désert iranien, en tétrafluorure puis en hexafluorure d'uranium. Ces gaz doivent ensuite être introduits dans des centrifugeuses pour produire de l'uranium enrichi, combustible nécessaire au fonctionnement des centrales nucléaires civiles, mais qui peut être détourné pour fabriquer l'arme atomique.

Ces activités avaient été suspendues en novembre pour permettre des négociations avec les Européens, qui ont commencé en janvier.

Les Européens avaient proposé à Téhéran une coopération étendue en échange de garanties que l'Iran renoncerait à produire du combustible nucléaire, une proposition aussitôt jugée «inacceptable», voire «insultante», par les dirigeants iraniens.

Du côté de la «troïka», on se refuse à «spéculer sur l'issue de la réunion» de Vienne, mais on s'irrite de la mauvaise tournure des événements en dépit des efforts européens, dont Washington a toujours paru douter de l'efficacité.

«Je ne veux pas m'avancer à prédire les résultats» des discussions avec les Européens, a quant à lui souligné M. Ereli. «L'Iran traite par le mépris une approche constructive de l'EU-3 et nous devons oeuvrer ensemble pour trouver une réponse.»

Washington continue cependant de brandir la menace de sanctions du Conseil de sécurité de l'ONU: «Nous avons toujours dit que si l'Iran brisait les scellés et reprenait l'enrichissement à Ispahan ou ailleurs, une réponse appropriée serait un renvoi devant les Nations unies», a indiqué un responsable du département d'État s'exprimant sous le couvert de l'anonymat.

La proposition de l'UE, qui offre à l'Iran une coopération dans le domaine nucléaire civil mais lui refuse le droit de produire son propre combustible nucléaire, «était très insultante et humiliante», a dit à la presse à Ispahan Mohammad Saeedi, directeur adjoint de l'Organisation de l'énergie atomique iranienne.

Mohamed ElBaradeï, directeur de l'AIEA, a confirmé la reprises des activités nucléaires iraniennes, tout en soulignant que l'Iran n'avait pas brisé les scellés posés par l'AIEA sur les installations les plus sensibles, d'après les termes de l'accord intervenu l'an dernier entre l'UE et l'Iran.

Ces scellés ne seront levés qu'aujourd'hui, lorsque toutes les caméras de surveillance auront été mises en place par l'équipe de techniciens sur place, a précisé pour sa part Saaedi.
 
 
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