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Sauvetage réussi du sous-marin russe bathyscaphe AS-28 - Le soulagement ne suffit pas à occulter le malaise de la marine russe

En débarquant du navire qui ramenait l’équipage sur la côte, le commandant du sous-marin de poche, le lieutenant Viacheslav Milachevski a effectué un long salut militaire.
Photo : Agence Reuters
En débarquant du navire qui ramenait l’équipage sur la côte, le commandant du sous-marin de poche, le lieutenant Viacheslav Milachevski a effectué un long salut militaire.
Petropavlosk-Kamchatski, Russie — Après trois jours d'angoisse, le sous-marin de poche russe bloqué au fond du Pacifique au large de la péninsule du Kamtchatka a pu être remonté hier à la surface avec l'aide de la marine britannique, ses sept marins tous sains et saufs. Une réussite qui met en lumière toutes les failles de la marine russe, ont aussitôt décrié les partis d'opposition.

Ceux-ci ont promis de porter l'affaire devant le Parlement russe, laissant entendre que le gouvernement pourrait ne pas sortir totalement gagnant de cette crise. «Cette histoire soulève un certain nombre de questions auxquelles doit répondre le ministère de la Défense», a dit à Interfax Dimitri Rogozine, le chef de file de Rodina.

«Il est totalement incompréhensible que les Britanniques aient la technologie nécessaire, mais pas nous», a estimé de son côté le leader communiste Guennadi Ziouganov. «Si nous ne sommes pas en mesure de fabriquer nous-mêmes des équipements de sauvetage efficaces, nous devons en acheter à l'étranger».

Appelé à se prononcer, le président Vladimir Poutine s'est contenté d'un communiqué précisant qu'il avait ordonné au ministre de la Défense une enquête sur cet accident. Selon son porte-parole, Alexei Gromov, le chef de l'État a déclaré être reconnaissant de l'aide apportée.

Dépêché samedi sur place, le ministre russe de la Défense Sergueï Ivanov, a pris les commandes de l'opération, serrant les poings en signe de victoire: «Nos hommes ont fait preuve de fermeté, de droiture et de force de caractère» s'est félicité le ministre, qui est un proche de Vladimir Poutine. «Ce sont des héros, ajoutait encore le ministre, je n'ai pas peur de ce mot».

Cinq ans presque jour pour jour après le naufrage du sous-marin Koursk, dans lequel périrent 118 marins russes, le sauvetage du bathyscaphe AS-28, sous-marin de poche qui comptait sept membres d'équipage à bord, a ainsi été célébré hier comme la preuve que la Russie avait enfin tiré les leçons de ses erreurs passées et mis tout en oeuvre pour sauver ses marins.

Contrairement à ce qui s'était passé il y a cinq ans, la flotte russe a cette fois très vite fait appel à l'aide internationale et c'est un engin télécommandé britannique, le Scorpio 45, qui a réussi à délivrer le bathyscaphe des câbles qui le retenaient depuis jeudi à 190 mètres de profondeur, au large de la péninsule russe du Kamtchatka (Extrême-Orient).

Selon le capitaine Igor Dygalo, porte-parole de la marine russe, la santé des membres de l'équipage du bathyscaphe AS-28 semble satisfaisante. Après avoir été examinés par des médecins militaires sur un premier bateau, ils ont ensuite été transférés sur un plus gros bâtiment. «Il faisait froid, froid, très froid», a déclaré un des marins.

Cinq heures après leur sauvetage, six d'entre eux ont été ramenés à terre pour subir des examens dans un hôpital. Le septième est resté à bord d'un navire-hôpital pour des raisons qui n'ont pas été précisées.

En débarquant du navire qui ramenait l'équipage sur la côte, le commandant du sous-marin de poche, le lieutenant Viacheslav Milachevski a effectué un long salut militaire avant d'esquisser un léger sourire. Pâle, mais la démarche confiante, il a répondu «bien» aux journalistes qui l'interpellaient pour savoir comment il se sentait, avant de monter à bord d'une fourgonnette pour gagner l'hôpital.

Les six marins et le représentant de la société ayant fabriqué le bathyscaphe étaient menacés par le manque d'oxygène. Ils ont passé ces journées dans des températures très basses et avec un minimum de mouvements, pour économiser leurs réserves au maximum.

À bord de l'AS-28, l'attente a été tendue. Les marins ont enfilé des combinaisons thermiques pour se protéger dans une température de cinq degrés Celsius. Ils n'avaient que des contacts sporadiques avec la surface pour économiser l'électricité. «L'équipage a été très résolu, très professionnel. Leur assurance leur a permis de garder l'air et d'attendre les secours», a expliqué le contre-amiral.

Selon les autorités russes, le petit vaisseau participait à un exercice de combat lorsqu'il s'est retrouvé coincé dans un système d'antennes sous-marines qui fait partie d'un réseau de surveillance côtière. Ce système est ancré au fond avec des poids d'environ 60 tonnes, selon la presse.

Mais d'après le commandant Ian Riches, l'officier britannique qui a dirigé les opérations du Super Scorpio, le submersible russe était pris dans des filets de pêche.

Devant la précision chirurgicale et la rapidité de l'intervention des Britanniques qui ont apporté par avion leur matériel depuis une base en Écosse, bien des Russes hier s'interrogeaient sur l'état de leur marine et les versions contradictoires qui ont circulé.

«C'était exactement comme au moment du drame du Koursk, les amiraux disaient des bêtises, en se contredisant mutuellement sur la quantité d'oxygène restant à l'équipage», a observé le commentateur militaire indépendant Pavel Felgenhauer sur la radio Écho de Moscou.

Le sous-marin de poche était coincé depuis jeudi par 190 mètres de fond dans le Pacifique.
 
 
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