Iran - Ils laissent mourir Akbar Ganji
Robert Ménard - Secrétaire général - Reporters sans frontières
6 août 2005
Actualités internationales
Squelettique, inconscient la plupart du temps, le journaliste iranien Akbar Ganji est en grève de la faim depuis 56 jours. Il est surveillé, nuit et jour, par un groupe de policiers en civil qui se relaient dans sa chambre d'hôpital à Téhéran. Les autorités ont pris soin de vider l'étage où il se trouve. Ses avocats sont interdits de visite depuis le 17 juin. Et la police empêche sa femme de se rendre à son chevet depuis maintenant deux jours.
Les médecins, pourtant contrôlés par le régime, sont catégoriques: Akbar Ganji s'approche de la mort. Le journaliste a une seule revendication: être libre. Après plus de cinq ans de détention dans l'ignoble prison d'Evine, le journaliste exige de ses juges et du gouvernement le droit de vivre avec son épouse et ses deux filles de 16 et 21 ans.
Crime de lèse-majesté
Akbar Ganji a été condamné à six ans de prison pour avoir enquêté sur l'assassinat d'intellectuels iraniens à la fin des années 1990. La publication de ses articles avait fait l'effet d'une bombe: ils mettaient directement en cause les plus hautes autorités de l'État. Le journaliste a payé cher ce crime de lèse-majesté. Il avait tout d'abord été condamné à dix ans de prison par des juges du «tribunal révolutionnaire». La Cour suprême avait annulé cette décision, mais les juges regroupés autour du procureur de Téhéran, Saeed Mortazavi, avaient réussi à le maintenir en détention.
Les ultraconservateurs de la République islamique contrôlent maintenant tous les pouvoirs en Iran. Ils n'ont et ils n'auront aucune pitié pour Akbar Ganji. Il représente tout ce qu'ils détestent. Ils le laissent mourir à petit feu.
Conscients qu'Akbar Ganji pourrait devenir un martyr de la presse réformatrice iranienne, les ultraconservateurs tentent de manipuler l'opinion et les médias internationaux. Ils ont successivement accusé Akbar Ganji d'être «suicidaire», d'être «jusqu'au-boutiste», de ne pas vouloir signer sa demande de libération ou encore d'être instrumentalisé par les États-Unis.
Mensonges, bien sûr. Akbar Ganji pouvait être libéré, en vertu de la loi iranienne, il y a déjà deux ans. La justice a refusé. Par ailleurs, comment le journaliste pourrait signer ou négocier quoi que ce soit quand Abdolfattah Soltani, l'un de ses avocats, a été arrêté à Téhéran? Des diplomates européens craignent même que le Prix Nobel de la paix Shirin Ebadi, elle aussi avocate d'Akbar Ganji, soit menacée.
Un démocrate assassiné
Les déclarations du président américain George W. Bush en faveur du journaliste sont venues s'ajouter à la mobilisation européenne. Et les huit Prix Nobel qui viennent de signer un texte demandant sa libération seraient-ils les illustres défenseurs d'un extrémiste? Non. Akbar Ganji est seulement un démocrate obstiné.
Récemment, le régime de Téhéran a laissé entendre que l'assassinat d'un juge ultraconservateur était lié à l'affaire Ganji. Depuis quand les milieux intellectuels réformateurs assassinent-ils des juges islamiques en pleine rue de Téhéran? C'est plutôt le contraire en Iran. En réalité, le juge assassiné, un ancien tortionnaire, en savait visiblement trop sur le clan du nouveau président Ahmadinejad et le dossier nucléaire. Rien à voir avec Ganji.
Et puis, qui a oublié la photo-reporter irano-canadienne Zahra Kazemi, morte sous la torture dans la prison d'Evine pour avoir enquêté sur la répression à l'encontre des étudiants iraniens? Le procureur Mortazavi, lui, doit s'en rappeler. Il était présent au moment des faits.
Sans une intervention urgente, Akbar Ganji va mourir, assassiné par les dignes héritiers de l'ayatollah Khomeiny.
Les médecins, pourtant contrôlés par le régime, sont catégoriques: Akbar Ganji s'approche de la mort. Le journaliste a une seule revendication: être libre. Après plus de cinq ans de détention dans l'ignoble prison d'Evine, le journaliste exige de ses juges et du gouvernement le droit de vivre avec son épouse et ses deux filles de 16 et 21 ans.
Crime de lèse-majesté
Akbar Ganji a été condamné à six ans de prison pour avoir enquêté sur l'assassinat d'intellectuels iraniens à la fin des années 1990. La publication de ses articles avait fait l'effet d'une bombe: ils mettaient directement en cause les plus hautes autorités de l'État. Le journaliste a payé cher ce crime de lèse-majesté. Il avait tout d'abord été condamné à dix ans de prison par des juges du «tribunal révolutionnaire». La Cour suprême avait annulé cette décision, mais les juges regroupés autour du procureur de Téhéran, Saeed Mortazavi, avaient réussi à le maintenir en détention.
Les ultraconservateurs de la République islamique contrôlent maintenant tous les pouvoirs en Iran. Ils n'ont et ils n'auront aucune pitié pour Akbar Ganji. Il représente tout ce qu'ils détestent. Ils le laissent mourir à petit feu.
Conscients qu'Akbar Ganji pourrait devenir un martyr de la presse réformatrice iranienne, les ultraconservateurs tentent de manipuler l'opinion et les médias internationaux. Ils ont successivement accusé Akbar Ganji d'être «suicidaire», d'être «jusqu'au-boutiste», de ne pas vouloir signer sa demande de libération ou encore d'être instrumentalisé par les États-Unis.
Mensonges, bien sûr. Akbar Ganji pouvait être libéré, en vertu de la loi iranienne, il y a déjà deux ans. La justice a refusé. Par ailleurs, comment le journaliste pourrait signer ou négocier quoi que ce soit quand Abdolfattah Soltani, l'un de ses avocats, a été arrêté à Téhéran? Des diplomates européens craignent même que le Prix Nobel de la paix Shirin Ebadi, elle aussi avocate d'Akbar Ganji, soit menacée.
Un démocrate assassiné
Les déclarations du président américain George W. Bush en faveur du journaliste sont venues s'ajouter à la mobilisation européenne. Et les huit Prix Nobel qui viennent de signer un texte demandant sa libération seraient-ils les illustres défenseurs d'un extrémiste? Non. Akbar Ganji est seulement un démocrate obstiné.
Récemment, le régime de Téhéran a laissé entendre que l'assassinat d'un juge ultraconservateur était lié à l'affaire Ganji. Depuis quand les milieux intellectuels réformateurs assassinent-ils des juges islamiques en pleine rue de Téhéran? C'est plutôt le contraire en Iran. En réalité, le juge assassiné, un ancien tortionnaire, en savait visiblement trop sur le clan du nouveau président Ahmadinejad et le dossier nucléaire. Rien à voir avec Ganji.
Et puis, qui a oublié la photo-reporter irano-canadienne Zahra Kazemi, morte sous la torture dans la prison d'Evine pour avoir enquêté sur la répression à l'encontre des étudiants iraniens? Le procureur Mortazavi, lui, doit s'en rappeler. Il était présent au moment des faits.
Sans une intervention urgente, Akbar Ganji va mourir, assassiné par les dignes héritiers de l'ayatollah Khomeiny.
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