Au Venezuela du président Chavez - Un pays en profonde transformation
Pierre Mouterde - Professeur de philosophie, Collège de Limoilou*
5 août 2005
Actualités internationales
Vu depuis le Québec, le Venezuela bolivarien peut sembler bien folklorique, avec ses crises sociales à répétition et son président aux allures populistes se permettant de tenir tête aux États-Unis grâce aux ressources pétrolières de son pays.
Pourtant, par delà ces images faciles, il faut savoir que ce pays est en train de vivre un profond processus de transformation sociale, un processus qu'on devrait suivre de près, spécialement si on aspire à la justice sociale et au bien commun.
Alors que partout au monde s'impose le modèle néolibéral (privatisation, déréglementation, libéralisation), voilà qu'au Venezuela du président Hugo Chavez, on s'emploie par tous les moyens à développer une économie «inclusive», fondée sur l'humain et gérée sur le mode de ce qu'on pourrait appeler un «keynésianisme radical».
Résultat: plutôt que de se dégager de ses responsabilités et laisser jouer le jeu du libre marché, l'État vénézuélien s'est lancé dans une série d'initiatives visant à redistribuer la richesse collective (la rente pétrolière) en direction des secteurs les plus défavorisés. Et dans un pays où 39 % de la population vit en état d'extrême pauvreté, c'est là tout un défi!
Par le biais de campagnes d'alphabétisation (Mission Robinson I et II), d'éducation (Mission Sucre), de santé (Mission Barrio Adentro), par la mise en place de «centres de développement endogène», de réseaux de coopératives, d'entreprises de développement social et de supermarchés populaires subventionnés (Mercal), le gouvernement du président Chavez a fait ainsi de la lutte contre la pauvreté son objectif premier.
La démocratie participative
Mais il l'a fait, non seulement en aidant de manière paternaliste les plus démunis de son pays, mais en cherchant à les transformer en protagonistes et sujets de leur propre prise en main. Et cela parce qu'il a fait de l'exigence démocratique un axe central de son intervention.
Alors que partout au monde on déplore les déficiences de la démocratie représentative sans parvenir vraiment à trouver les moyens de l'améliorer (voir par exemple au Québec la question du scrutin proportionnel), voilà qu'au Venezuela de la 5e république, on a décidé de refonder complètement la constitution du pays en la rebâtissant autour de l'idée de «démocratie participative» et de l'existence d'un nouveau pouvoir (s'ajoutant aux trois pouvoirs traditionnels): le pouvoir citoyen. D'où, depuis 1998, la multiplication d'échéances électorales, de référendums, de scrutins constituants, visant à prendre le pouls de la population (huit depuis 98).
D'où aussi, partout où cela est possible, l'organisation de nouvelles formes de participation et de délibération, tant au niveau politique (assemblée populaire) qu'au niveau économique (autogestion-cogestion).
À l'échelle d'un continent
Mais ce qui est intéressant, c'est que ces nouvelles politiques sont aussi pensées de manière plus large, à l'échelle du continent. En même temps que le président Chavez met en mouvement son peuple au niveau local, il va chercher au niveau global à rompre avec la logique de la ZLEA et de l'OMC, en s'opposant à la toute puissance de l'empire US et en contre-proposant à l'intégration néolibérale marchande des biens et services, une intégration des peuples et des personnes, notamment à travers la création de l'Alternative bolivarienne pour les Amériques (l'ALBA: littéralement «aube» en espagnol).
Et si pour l'instant cette proposition s'est organisée essentiellement autour de l'axe Venezuela-Cuba, elle n'en représente pas moins un puissant attrait pour d'autres pays et surtout une évidente stimulation pour mettre sur pied des projets de développements socio-économiques alternatifs Sud-Sud, comme les projets Petrosur (pétrole) ou Telesur (télévision) impulsés par le Venezuela.
Un enthousiasme contagieux
Certes, toutes ces mesures n'ont pas été prises sans mal et sont le résultat d'intenses luttes sociales ayant permis de stopper les tentatives de déstabilisation de l'opposition et des élites traditionnelles.
Coup d'État manqué du 11 avril 2002, grève patronale du pétrole avortée (décembre 2002 à février 2003), référendum révocatoire perdu par l'opposition (août 2004): chaque fois le président a pu s'en sortir, s'appuyant sur la mobilisation populaire, radicalisant peu à peu le processus, évoquant même (tout récemment) l'idée d'un «nouveau socialisme pour le XXIe siècle».
Il est vrai aussi que pour mener de telles politiques, Hugo Chavez dispose, outre de l'appui populaire, d'importants atouts dans son jeu. Non seulement parce que le Venezuela regorge de pétrole (il est le cinquième producteur mondial et le quatrième fournisseur des USA) et que le prix du baril atteint maintenant des sommets, mais aussi parce qu'il est arrivé — au moins pour l'instant — à impliquer les forces militaires dans son projet.
La révolution bolivarienne a néanmoins ceci d'intéressant: elle montre que lorsqu'on en a la volonté politique, il est possible d'inventer, loin des diktats néolibéraux, de nouvelles formes de développement social, en somme de transformer, comme l'affirme le célèbre latino-américaniste Frantz Hinkelammert, «l'impossible en possible».
*L'auteur a participé au Forum international de philosophie du Venezuela qui s'est tenu
à Caracas du 6 au 12 juillet 2005.
Pourtant, par delà ces images faciles, il faut savoir que ce pays est en train de vivre un profond processus de transformation sociale, un processus qu'on devrait suivre de près, spécialement si on aspire à la justice sociale et au bien commun.
Alors que partout au monde s'impose le modèle néolibéral (privatisation, déréglementation, libéralisation), voilà qu'au Venezuela du président Hugo Chavez, on s'emploie par tous les moyens à développer une économie «inclusive», fondée sur l'humain et gérée sur le mode de ce qu'on pourrait appeler un «keynésianisme radical».
Résultat: plutôt que de se dégager de ses responsabilités et laisser jouer le jeu du libre marché, l'État vénézuélien s'est lancé dans une série d'initiatives visant à redistribuer la richesse collective (la rente pétrolière) en direction des secteurs les plus défavorisés. Et dans un pays où 39 % de la population vit en état d'extrême pauvreté, c'est là tout un défi!
Par le biais de campagnes d'alphabétisation (Mission Robinson I et II), d'éducation (Mission Sucre), de santé (Mission Barrio Adentro), par la mise en place de «centres de développement endogène», de réseaux de coopératives, d'entreprises de développement social et de supermarchés populaires subventionnés (Mercal), le gouvernement du président Chavez a fait ainsi de la lutte contre la pauvreté son objectif premier.
La démocratie participative
Mais il l'a fait, non seulement en aidant de manière paternaliste les plus démunis de son pays, mais en cherchant à les transformer en protagonistes et sujets de leur propre prise en main. Et cela parce qu'il a fait de l'exigence démocratique un axe central de son intervention.
Alors que partout au monde on déplore les déficiences de la démocratie représentative sans parvenir vraiment à trouver les moyens de l'améliorer (voir par exemple au Québec la question du scrutin proportionnel), voilà qu'au Venezuela de la 5e république, on a décidé de refonder complètement la constitution du pays en la rebâtissant autour de l'idée de «démocratie participative» et de l'existence d'un nouveau pouvoir (s'ajoutant aux trois pouvoirs traditionnels): le pouvoir citoyen. D'où, depuis 1998, la multiplication d'échéances électorales, de référendums, de scrutins constituants, visant à prendre le pouls de la population (huit depuis 98).
D'où aussi, partout où cela est possible, l'organisation de nouvelles formes de participation et de délibération, tant au niveau politique (assemblée populaire) qu'au niveau économique (autogestion-cogestion).
À l'échelle d'un continent
Mais ce qui est intéressant, c'est que ces nouvelles politiques sont aussi pensées de manière plus large, à l'échelle du continent. En même temps que le président Chavez met en mouvement son peuple au niveau local, il va chercher au niveau global à rompre avec la logique de la ZLEA et de l'OMC, en s'opposant à la toute puissance de l'empire US et en contre-proposant à l'intégration néolibérale marchande des biens et services, une intégration des peuples et des personnes, notamment à travers la création de l'Alternative bolivarienne pour les Amériques (l'ALBA: littéralement «aube» en espagnol).
Et si pour l'instant cette proposition s'est organisée essentiellement autour de l'axe Venezuela-Cuba, elle n'en représente pas moins un puissant attrait pour d'autres pays et surtout une évidente stimulation pour mettre sur pied des projets de développements socio-économiques alternatifs Sud-Sud, comme les projets Petrosur (pétrole) ou Telesur (télévision) impulsés par le Venezuela.
Un enthousiasme contagieux
Certes, toutes ces mesures n'ont pas été prises sans mal et sont le résultat d'intenses luttes sociales ayant permis de stopper les tentatives de déstabilisation de l'opposition et des élites traditionnelles.
Coup d'État manqué du 11 avril 2002, grève patronale du pétrole avortée (décembre 2002 à février 2003), référendum révocatoire perdu par l'opposition (août 2004): chaque fois le président a pu s'en sortir, s'appuyant sur la mobilisation populaire, radicalisant peu à peu le processus, évoquant même (tout récemment) l'idée d'un «nouveau socialisme pour le XXIe siècle».
Il est vrai aussi que pour mener de telles politiques, Hugo Chavez dispose, outre de l'appui populaire, d'importants atouts dans son jeu. Non seulement parce que le Venezuela regorge de pétrole (il est le cinquième producteur mondial et le quatrième fournisseur des USA) et que le prix du baril atteint maintenant des sommets, mais aussi parce qu'il est arrivé — au moins pour l'instant — à impliquer les forces militaires dans son projet.
La révolution bolivarienne a néanmoins ceci d'intéressant: elle montre que lorsqu'on en a la volonté politique, il est possible d'inventer, loin des diktats néolibéraux, de nouvelles formes de développement social, en somme de transformer, comme l'affirme le célèbre latino-américaniste Frantz Hinkelammert, «l'impossible en possible».
*L'auteur a participé au Forum international de philosophie du Venezuela qui s'est tenu
à Caracas du 6 au 12 juillet 2005.
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