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Élection d'un «dur» en Iran - Ahmadinejad prêche la «modération»

Le nouveau président poursuivra le programme nucléaire

Téhéran — Le nouveau président iranien Mahmoud Ahmadinejad s'est engagé hier, lors de sa première conférence de presse depuis son élection vendredi, à continuer le programme nucléaire civil iranien. Cherchant à rassurer les inquiétudes suscitées dans le monde par l'élection d'un «dur», il a réaffirmé qu'il ferait le choix de la «modération».

La politique étrangère de son gouvernement sera basée sur «la paix, la modération et la coexistence», a-t-il déclaré: «L'extrémisme n'aura pas sa place dans mon gouvernement populaire.»

Sur les relations avec les États-Unis, Ahmadinejad a juste noté que son pays n'avait pas besoin d'eux. «La nation iranienne s'engage sur le chemin du progrès basé sur l'autosuffisance. Elle n'a pas vraiment besoin des États-Unis sur cette voie», a noté le tombeur d'Ali Akbar Hachémi Rafsandjani, considéré comme un pragmatique modéré et ayant à ce titre plus la faveur de l'Occident.

Il est resté ferme sur le dossier du nucléaire. «La technologie pacifique d'Iran est le résultat des réussites scientifiques de la jeunesse iranienne», a lancé celui qui était auparavant maire de Téhéran.

L'Iran a «besoin» de cette industrie nucléaire civile «pour l'énergie, la médecine, l'agriculture et notre progrès scientifique. Nous poursuivrons cela», a-t-il lancé, affirmant que cette décision est sans appel: «c'est le chemin définitif que nous avons choisi».

En parallèle, «nous continuerons les pourparlers avec les Européens, tout en préservant nos intérêts nationaux. Nous continuerons d'insister sur le droit de la nation iranienne à utiliser l'énergie nucléaire», a-t-il ajouté, alors que son élection a déclenché une vague d'inquiétudes en Europe et dans le monde à ce sujet.

Pression

La pression monte sur Téhéran depuis la révélation, en 2002, de l'existence de son programme nucléaire vieux de 20 ans. Dernièrement, la «troïka» européenne (France, Allemagne, Grande-Bretagne) a entamé ces pourparlers, qui ont débouché en novembre sur la suspension du programme iranien d'enrichissement d'uranium, évitant ainsi la saisine de l'ONU et d'éventuelles sanctions.

Mais ces discussions n'ont guère permis de progresser depuis six mois et les Européens devaient présenter en juillet de nouvelles propositions à Téhéran. L'élection à la présidence d'Ahmadinejad a durablement éloigné la perspective d'une détente entre Washington et Téhéran, estiment diplomates et analystes.

Les liens entre les deux pays ont été rompus en 1980 quand des étudiants iraniens avaient gardé en otage durant 444 jours 52 Américains dans l'ambassade des États-Unis à Téhéran. L'Iran est soumis par Washington à un gel de ses avoirs financiers et à un embargo économique.

Le président américain George W. Bush a placé l'Iran sur son «axe du Mal» et l'accuse de soutenir le terrorisme international, de chercher à déstabiliser la région et le soupçonne de vouloir se doter de l'arme atomique. Il avait critiqué en termes très durs les conditions du scrutin.

M. Ahmadinejad est un ancien officier de l'armée idéologique du régime, les Gardiens de la Révolution. Or, relève une source diplomatique, «sur leurs missiles, les Gardiens de la Révolution inscrivent "Nous effacerons Israël de la carte". Ce ne sont pas vraiment le genre de personnes à qui les Américains souhaitent parler».

Selon les diplomates, même si M. Rafsandjani exigeait que les Américains fassent le premier pas, sa victoire aurait laissé entrevoir l'espoir d'une normalisation. Brandissant l'étendard de la fierté nationale, il a vivement réagi cependant aux propos du Commissaire européen à la justice Franco Frattini qui réclamait des engagements sur les dossiers des droits de l'homme et du nucléaire: «l'Union européenne doit sortir de sa tour d'ivoire et comprendre qu'elle ne peut pas parler à l'Iran sur ce ton. Nous sommes prêts à des mesures d'établissement de la confiance dans tous les domaines, mais [...] notre nation est une grande nation et ils ne peuvent pas parler à la nation iranienne avec autant d'arrogance».

Ancien commandant des Gardiens de la Révolution, Ahmadinejad au cours de sa conférence de presse a renoué avec certaines des formules toutes faites populaires dans les premiers temps de la révolution islamique. «L'Iran peut tout accomplir. Les Iraniens ont tout ce dont ils ont besoin pour tout accomplir», a-t-il lancé.

Répondant aux questions avec aisance, et ce style tout simple qui a plu aux électeurs, il a souri lorsqu'une femme journaliste portant un simple petit foulard de couleur lui a demandé s'il rétablirait un code vestimentaire strict. «Je suis le président. Il y a d'autres gens qui prennent ces décisions», a-t-il dit.
 
 
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