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Échec du sommet de Bruxelles - L'Europe en crise aura fort à faire pour recoller les morceaux

Bruxelles — L'échec du sommet de Bruxelles a plongé l'Union européenne dans une longue période d'eaux troubles et d'incertitude sur son avenir et ses dirigeants, affaiblis et divisés, vont avoir fort à faire pour éviter de sombrer dans l'esprit de revanche.

L'issue de la crise dépendra beaucoup de la capacité du Britannique Tony Blair et du Français Jacques Chirac à surmonter leur hostilité réciproque.

«Il faudra réfléchir ensemble, mais en débattant ouvertement, de façon consensuelle et pas en rupture, à ce que nous voulons pour l'Europe, dans cinq ans, dans dix ans, dans 30 ou 50 ans», a affirmé hier la ministre française aux Affaires européennes Catherine Colonna.

«Il faudra ensemble, mais, je le dis, ensemble, à 25, définir ce que peut être l'Europe de demain... Tous ensemble et pas sur la volonté de quelques-uns», a-t-elle ajouté, dans une réponse à peine voilée à l'appel de M. Blair à ouvrir «un débat fondamental» sur l'avenir de l'Europe.

De son côté, le secrétaire au Foreign Office Jack Straw a convenu hier que l'UE traversait une grave crise, la pire qu'il ait connue, mais qu'elle pouvait être salutaire, à condition de la «transformer en catharsis de laquelle de meilleures choses sortiront».

La présidence française a en tout cas démenti hier des affirmations de la presse britannique prêtant à M. Chirac l'intention de torpiller le prochain sommet du G8 du 6 au 8 juillet en Écosse pour prendre sa revanche sur Tony Blair après leur accrochage à Bruxelles.

«Le 190e anniversaire de la bataille de Waterloo doit être un rappel salutaire que la Grande-Bretagne et la France partagent le devoir d'assurer que l'Europe à 25 ou plus... évite les guerres tribales du passé», a déclaré le patron anglais des eurodéputés centristes et libéraux, Graham Watson.

Il a souligné la «responsabilité» incombant désormais à la future présidence britannique de l'UE «de forger un nouveau consensus qui fasse avancer l'Europe».

L'Europe selon Blair

Fait inhabituel, et moins d'une semaine après l'échec du sommet, Tony Blair viendra en personne à Bruxelles jeudi présenter les priorités de «sa» présidence de l'UE devant le Parlement européen.

Il ne cache pas sa volonté de profiter de l'affaiblissement de M. Chirac et du chancelier allemand Gerhard Schröder chez eux pour chapeauter le «renouveau» d'une Europe de plus en plus gagnée à ses idées.

Le président du Parlement européen, Josep Borrell, a mis en doute hier sa capacité à sortir de l'impasse sur le budget 2007-13 de l'UE, alors qu'il a refusé au sommet de céder un sou du rabais dont le Royaume Uni bénéficie depuis 1984.

«Le déroulement des discussions à Bruxelles et certaines positions prises dans la dernière phase des négociations ne laissent pas espérer que l'on puisse trouver une solution sous la présidence britannique», a déclaré M. Borrell.

L'inflexibilité de M. Blair sur le rabais a été vilipendée au sommet par le tandem Chirac-Schröder et le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, actuel président de l'UE.

De nombreux dirigeants craignent que le fiasco de la réunion aggrave la crise ouverte par le non à la Constitution européenne en France et aux Pays-Bas et entrave les ambitions de l'Union sur la scène internationale.

La bagarre autour du budget communautaire illustre l'affrontement croissant au sein des 25 entre deux conceptions de l'Europe, celle libérale et libre-échangiste défendue par Tony Blair, l'autre plus sociale et politique dans la ligne du projet d'origine du couple franco-allemand.

Jack Straw a décrit samedi une Europe «divisée» entre les partisans d'une «Union capable de faire face à son avenir et ceux d'une Europe qui reste engluée dans le passé».

À l'attention du président français, M. Blair a jugé «étrange» d'entendre dire à la table du sommet que la politique agricole commune (PAC) puisse représenter «l'avenir» de l'UE.

M. Chirac est un défenseur «beau parleur et chaleureux» de la PAC, «mais je ne crois pas que le temps parle pour lui», a renchéri le premier ministre suédois Göran Persson.
 
 
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