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Des diplomates font une visite guidée d'Andijan - L'ONU et Londres réclament une enquête sur la répression ouzbèke

La Grande-Bretagne se démarque de Washington

Des réfugiés ouzbèks verifiaient hier leur carte d’identité émise par le gouvernement Kirghize.
Photo : Agence Reuters
Des réfugiés ouzbèks verifiaient hier leur carte d’identité émise par le gouvernement Kirghize.
Pendant que le régime du président ouzbek Islam Karimov faisait visiter Andijan à un groupe de diplomates étrangers, l'ONU, l'Union européenne et Londres demandaient hier la tenue d'une enquête internationale sur la répression en Ouzbékistan.

Londres a donc durci le ton, se démarquant de son allié américain, jusqu'à présent très mesuré dans ses critiques du président Islam Karimov. «Il est d'une importance cruciale pour la stabilité de la société en Ouzbékistan, de même que pour la crédibilité du gouvernement ouzkek, que nous allions au fin fond de ce qui s'est passé», a insisté le ministre britannique des Affaires étrangères, Jack Straw, en appelant depuis Washington à une enquête internationale indépendante sur l'écrasement d'une manifestation vendredi à Andijan, qui aurait fait plusieurs centaines de morts.

Le haut-commissaire des Nations unies pour les droits de l'homme, Louise Arbour, a également demandé hier une enquête indépendante.

Le même appel a été lancé par la commissaire européenne aux Relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner. Seule une telle enquête permettra à l'Union européenne «d'avoir une réaction objective», a-t-elle estimé.

Ces propos de Londres, Genève et Bruxelles contrastent avec ceux de la secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice. Sortant d'un entretien avec Jack Straw mardi à Washington, celle-ci avait espéré que «le gouvernement de l'Ouzbékistan se montre très ouvert pour comprendre ce qui s'est passé».

Malgré une visite éclair organisée hier par les autorités ouzbèkes à Andijan pour une quarantaine de diplomates et journalistes étrangers, le bilan exact des heurts entre forces de l'ordre et manifestants reste flou. Le nombre de victimes serait de 169 selon Tachkent, mais le Parti des paysans libres, le principal parti d'opposition au président Karimov, a avancé le nombre de 745 morts.

L'ancien ambassadeur britannique en Ouzbékistan, Craig Murray, suspendu à l'automne dernier par le Foreign Office en raison de ses prises de position publiques contre le régime d'Islam Karimov, a affirmé que les événements de vendredi étaient prévisibles.

«Le président Karimov est arrogant parce qu'il sait qu'il a le soutien de Washington et de Moscou, a-t-il déclaré. Les Américains sont cyniques: leur intérêt en Asie centrale ne concerne que le pétrole et le gaz. Nous soutenons un dictateur en Asie centrale pour avoir accès aux hydrocarbures et nous évinçons un dictateur en Irak pour avoir accès aux hydrocarbures», a-t-il dit.

Une menace

Memorial, la principale organisation russe de défense des droits de l'homme, a également critiqué l'hypocrisie ambiante sur ce dossier, appelant «la Russie et les États-Unis à arrêter de s'acoquiner avec le régime de Karimov». L'organisation a déclaré que la répression meurtrière d'Andijan non seulement était «inacceptable dans un monde moderne» mais qu'elle représentait en outre «la menace d'une déstabilisation de l'ensemble de la région». Risque qu'ont illustré des déclarations d'islamistes ouzbeks dans la ville frontière située entre l'Ouzbékistan et le Kirghizistan, Kara-Suu, dont la partie ouzbèke semble devenue une sorte de zone qu'aucune autorité ne contrôle plus.

Ainsi, Bakhtiar Rakhimov, 42 ans, qui se présente comme le dirigeant des islamistes locaux, a affirmé être capable de «faire un deuxième Afghanistan» avec ses partisans, dont on ignore le nombre.

Hier, 36 diplomates, dont les ambassadeurs des États-Unis, du Royaume-Uni et de la France, ont sillonné à bord d'un convoi bien gardé les rues d'Andijan où, selon les chiffres officiels, 169 personnes ont été tuées lors de violents affrontements et au moins 745 d'après un décompte de l'opposition.

Il s'agissait pour le régime d'Islam Karimov de donner plus de poids à sa version des faits, celle d'une bataille entre les forces de sécurité et les seuls insurgés.

Le groupe de visiteurs, qui comprenait aussi une trentaine de journalistes, a été conduit dans un commissariat de police, une prison, une base de l'armée et sur la place centrale d'Andijan. Les rues empruntées par le convoi étaient fermées aux passants et l'accès aux habitants de la ville en était très limité.

De leur côté, les autorités kirghizes ont dit étudier le renvoi en Ouzbékistan des réfugiés ouzbeks ayant afflué dans ce pays frontalier après l'insurrection réprimée d'Andijan.
 
 
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