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L'Irak se résigne à être attaqué

Washington rejette l'idée britannique d'un ultimatum

Le vice-président irakien Taha Yassine Ramadan a exclu jeudi, à Damas, un retour en Irak des experts en désarmement de l'ONU, estimant qu'il n'empêcherait pas les États-Unis d'attaquer son pays.

«À quoi servirait un geste de bonne volonté sur un retour des espions [les inspecteurs], du moment que l'administration américaine proclame jour et nuit que le problème n'est pas là», s'est interrogé devant la presse le responsable irakien à la fin d'une visite en Syrie, d'où il s'est rendu au Liban.

«Cela n'a rien à voir avec le retour ou non des inspecteurs. Pour l'administration américaine, il s'agit de changer le régime [irakien] par la force, ce à quoi nous devons nous préparer», a-t-il ajouté.

Comme en écho, des responsables américains, passant outre aux réticences grandissantes à une frappe américaine, ont réaffirmé à Washington que la politique des États-Unis restait un «changement de régime» en Irak, même si les moyens n'ont pas encore été définis.

Ces responsables, parlant à l'AFP sous couvert de l'anonymat, ont réagi avec tiédeur à l'idée de fixer un ultimatum au président irakien Saddam Hussein pour qu'il accepte le retour des inspecteurs, idée envisagée par Londres qui se démarque ainsi quelque peu de son allié américain.

Le ministre britannique des Affaires étrangères Jack Straw a suggéré la semaine dernière qu'une opération ne serait plus nécessaire si Bagdad acceptait le retour «sans conditions ni restriction» des inspecteurs.

De son côté, l'ancien ambassadeur américain auprès de l'ONU, Richard Holbrooke, a apporté son soutien à l'idée britannique de fixer un ultimatum au président irakien pour le retour des inspecteurs en désarmement.

Le président français Jacques Chirac a condamné quant à lui toute éventuelle action militaire «unilatérale et préventive» des États-Unis en Irak, affirmant que cette décision appartenait au Conseil de sécurité si Bagdad refusait le retour «sans conditions» des experts.

Avant lui, le président pakistanais Pervez Musharraf, allié de Washington dans la lutte antiterroriste, a mis en garde contre les «répercussions très négatives dans le monde islamique» d'une éventuelle attaque, rejoignant ainsi la longue liste des chefs d'État réticents à suivre Washington sur cette voie.

Face à la détermination affichée par Washington de frapper son pays, M. Ramadan a estimé que l'Irak n'avait d'autre choix que d'«adopter une position solide face à l'arrogance et à la stupidité américaines qui font fi des conventions et des résolutions de l'ONU».

Bonne expéreince

«Nous nous préparons face à ces menaces avec les moyens dont nous disposons et je pense que le peuple irakien a acquis, en douze ans de confrontation, une bonne expérience et qu'il est capable de faire face», a encore dit M. Ramadan.

Le responsable irakien, qui a coprésidé à Damas, avec le premier ministre syrien Mohammad Moustapha Miro, les travaux de la commission mixte irako-syrienne, avant de se rendre à Beyrouth, a reçu un soutien sans faille de la Syrie.

«La Syrie affirme son opposition à toute frappe en Irak, à toute ingérence dans ses affaires et à tout plan agressif dirigé contre lui», a clamé M. Miro, dont le pays s'est nettement rapproché de son voisin de l'est.

Le vice-président américain Dick Cheney a indiqué hier que les États-Unis «agiraient avec prudence, en consultation avec leurs alliés» et le Congrès avant de déterminer la manière de «traiter de la menace» irakienne.

Enfin, Ramsey Clarke, ancien «attorney general» (ministre de la Justice) américain sous la présidence de Lyndon Johnson et adversaire déclaré de la politique irakienne de Washington, a exhorté hier à Bagdad les Nations unies à empêcher une intervention militaire contre l'Irak.

L'ancien ministre de la Justice, qui est un visiteur fréquent à Bagdad, a ajouté que, à défaut d'empêcher les Américains d'attaquer, les Nations unies devraient au moins se prononcer ouvertement contre toute attaque ou toute tentative visant à renverser le gouvernement irakien.
 
 
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