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Le Rocher pleure discrètement Rainier

Monaco — Le prince Rainier III de Monaco est décédé hier à l'aube, à l'âge de 81 ans, après plus de 55 ans d'un règne — d'une longueur inégalée depuis un siècle en Europe — sur le trône de la principauté, auquel accède de facto son fils de 47 ans, le prince régent Albert, désormais Albert II.

Ses obsèques se dérouleront demain, 15 avril, à midi, en la cathédrale de Monaco. Des centaines de têtes couronnées, chefs d'État et personnalités y sont attendues. Dès lundi, les officiels, puis, mardi et mercredi, les Monégasques pourront se recueillir devant la dépouille du souverain, qui sera exposée dans la chapelle du palais, aménagée en chapelle ardente.

Vingt-trois ans après la fin tragique de la princesse Grace de Monaco, la principauté a revêtu pour son époux, resté veuf et inconsolable, le crêpe noir du deuil, placé notamment autour des hampes des drapeaux monégasques rouge et blanc, déjà mis en berne après la mort du pape.

Les voitures noires officielles ont entamé leur ballet aux abords du palais, où sa fille Caroline, visiblement bouleversée, est arrivée dans la matinée.

Selon l'archevêque de Monaco, Mgr Bernard Barsi, qui célébrera la messe de funérailles, Rainier «s'est éteint très paisiblement».

La principauté observait le deuil dans la discrétion et la sobriété, les casinos ayant fermé leurs portes hier, tandis que les commerçants s'interrogeaient sur l'opportunité de baisser immédiatement le rideau.

Une «façon de faire»

Certaines manifestations ont été reportées, mais d'autres, d'envergure internationale, comme l'Open de tennis, maintenues.

«Ici, tout se passe dans la discrétion, c'est dans la mentalité et la façon de faire des Monégasques», explique Yves, un Français qui réside à Monaco, où il gère une buvette. «Les gens sont tristes, mais autrement, c'est un jour comme tous les autres, il n'y a rien de notable, si ce n'est une hausse de la fréquentation des journalistes.»

Têtes couronnées, chefs d'État et responsables de tous horizons ont aussitôt adressé leurs condoléances à la famille Grimaldi et aux Monégasques.

Le prince devrait être inhumé dans la crypte de la cathédrale au côté de Grace, l'ex-star hollywoodienne devenue princesse, décédée le 14 septembre 1982 dans un accident de voiture. Une pierre vierge y jouxte la tombe ornée d'une croix de rameaux tressés sous laquelle repose «Gracia Patricia». Les fonctions vitales du souverain s'étaient inexorablement dégradées depuis son placement en réanimation, le 22 mars, au centre cardiothoracique de Monaco, où il avait été hospitalisé le 7 mars pour une infection bronchopulmonaire consécutive à un «refroidissement».

Outre ses trois enfants, Caroline, Albert et Stéphanie, Rainier, né Louis-Henri-Maxence-Bertrand Grimaldi, laisse sept petits-enfants.

Sous les flashs omniprésents des paparazzis, la vie du prince, jalonnée de bonheurs et de drames ayant fait la fortune de magazines, a été consacrée à renforcer la prospérité de son minuscule territoire (2 km2). Gagnant 34 hectares sur la mer, le «prince bâtisseur» a fait d'une entreprise familiale vouée aux jeux de hasard une place économique et financière, devenue membre de l'ONU en 1993 et du Conseil de l'Europe en 2004.

Toutefois, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) reproche toujours à Monaco, malgré des efforts dans la lutte contre le blanchiment, d'être un paradis fiscal «non coopératif».
 
 
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