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Les États-Unis peinent à convaincre de l'utilité d'une offensive contre l'Irak

Selon un sondage CNN-USA Today, le soutien à cette option s'effrite

Pour le moment, on fait escale à Hong-Kong.
Photo : Agence Reuters
Pour le moment, on fait escale à Hong-Kong.
Londres — Des alliés européens réticents, des États arabes hostiles, une opinion américaine de moins en moins favorable... Les intentions prêtées à la Maison-Blanche de vouloir en découdre militairement avec l'Irak pour renverser Saddam Hussein sont décidément très loin de faire l'unanimité.

Aux États-Unis et même dans son propre parti, le président George W. Bush doit faire face à des réticences. En outre, l'option militaire est en perte de vitesse dans l'opinion. Selon un sondage CNN/USA Today publié jeudi, la proportion des Américains souhaitant l'envoi de GI en Irak a baissé à 53 %, alors qu'elle était de 61 % en juin.

Madeleine Albright, l'ancienne secrétaire d'État de Bill Clinton, a estimé jeudi qu'un débat était nécessaire. L'Irak ne représente «pas une menace directe pour les États-Unis, c'est pourquoi je pense que nous avons besoin d'une discussion pour décider si nous sommes, serons ou serions dans une meilleure situation en attaquant l'Irak», a-t-elle déclaré sur la chaîne publique PBS.

Le président Bush a promis mercredi de consulter ses alliés avant toute action militaire, tout en jugeant que la fin du régime de Saddam Hussein serait «dans l'intérêt de toute la planète». Reste que de nombreuses voix discordantes se font entendre à l'étranger.

Le vice-ministre russe des Affaires étrangères Vyatcheslav Troubnikov a ainsi qualifié jeudi d'«inacceptable» l'idée d'une attaque contre l'Irak. Même des alliés proches des États-Unis émettent des doutes sérieux sur l'imminence du danger représenté par Saddam Hussein selon Washington. Le chancelier allemand Gerhard Schröder a indiqué qu'il n'enverrait pas de soldats dans ce qu'il considère comme une «aventure» en Irak.

Le ministre de la Défense canadien John McCallum estime de son côté «très improbable» une participation de son pays à une opération militaire, à moins que George W. Bush ne fournisse des preuves plus solides de la menace représentée par le président irakien.

Terrorisme

Le président américain accuse l'Irak de mettre au point des armes de destruction massive et souligne que Bagdad n'hésiterait pas à les utiliser. Mais ses détracteurs craignent qu'une action militaire contre Bagdad ne provoque un effondrement de la coalition internationale créée pour mener la guerre contre le terrorisme et ne déstabilise un peu plus le Proche-Orient. Certains critiques jugent qu'il serait peu avisé de commencer une nouvelle guerre dans la région, alors que le conflit israélo-palestinien se poursuit de plus belle.

Même la Grande-Bretagne, considérée comme l'allié le plus fidèle de Washington, semble peu enthousiaste. Un sondage récent montre que la moitié des Britanniques interrogés ne veulent pas que leur armée participe à une offensive contre l'Irak. Le premier ministre Tony Blair est confronté à une forte opposition sur la question au sein de son propre parti.

Le secrétaire au Foreign Office Jack Straw a réaffirmé jeudi qu'une intervention militaire restait une option, mais il a souligné que la politique de Londres était de faire pression pour une reprise des inspections en désarmement en Irak.

La plupart des alliés européens affichent les mêmes réserves. L'Italie ne s'engagera sur le terrain que si elle a la preuve que Saddam Hussein fabrique des armes nucléaires, a souligné le ministre de la Défense Antonio Martino. La ministre espagnole des Affaires étrangères Ana Palacio estime que toute action devrait être réalisée avec l'aval des Nations Unies, une opinion partagée par le président français Jacques Chirac.

Contrairement à l'époque de la guerre du Golfe en 1991, les intentions américaines suscitent cette fois une forte opposition au Moyen-Orient. À l'issue d'une tournée dans la région, le sénateur américain Mike DeWine a observé que l'Égypte, la Syrie et le Liban «avaient exprimé leur opposition à une intervention contre l'Irak». La Jordanie, un allié proche de l'Amérique, appelle au dialogue entre les Nations Unies et Bagdad, et l'Arabie Saoudite refuse de servir de base arrière à l'armée américaine et plaide pour une solution diplomatique.

Reste un allié qui semble soutenir totalement le projet américain: Israël. Un collaborateur du premier ministre Ariel Sharon a du reste affirmé que l'Irak accélérait son programme de mise au point d'armes de destruction massive.
 
 
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