Cuba - Castro tire un trait sur la «période spéciale»
26 mars 2005
Actualités internationales
Photo : Agence France-Presse
Fidel Castro, qu’on voit ici lors de son discours du 17 mars dernier, a bouleversé en six mois le paysage monétaire cubain par une série de mesures destinées à asseoir la monnaie nationale.
La Havane — Le président Fidel Castro a présenté un argumentaire plus politique qu'économique pour justifier la réévaluation annoncée de 8 % du peso par rapport au dollar et aux autres devises étrangères.
«Nous sommes entrés dans une nouvelle étape», a déclaré le chef de l'État cubain en annonçant jeudi soir la réévaluation «pour le moment de 8 %» qui prend effet à partir du 9 avril. Le chef de l'État faisait allusion à la «période spéciale» décrétée en juillet 1990 devant l'effondrement de l'économie cubaine provoqué par la disparition du «camp socialiste» européen.
La semaine dernière, Fidel Castro avait fait état de «conditions propices» à une politique de «réévaluation progressive, graduelle et prudente» de la monnaie nationale, six mois après avoir retiré de la circulation le dollar, introduit à contrecoeur en 1993.
Jeudi, lisant le communiqué de la Banque centrale, il a cité la dévaluation continue du dollar, «l'attitude d'hostilité maximum du président [américain George W.] Bush» envers Cuba et les menaces américaines envers les transactions cubaines en dollar pour juger «artificielle» la parité du peso convertible avec le dollar, en vigueur depuis 1994.
De plus, l'appréciation des autres devises vis-à-vis du dollar, auxquelles Cuba a de plus en plus recours, «est désavantageuse» pour l'économie cubaine, notamment en raison de son impact sur les importations, a-t-il dit.
«En termes macroéconomiques, la mesure n'est pas encore très lisible», a estimé un banquier occidental. «C'est une mesure plus idéologique qu'économique», a déclaré pour sa part un expert européen, selon qui elle marque surtout la volonté du chef de l'État de sortir le pays de la «période spéciale».
En outre, selon cet expert, la réévaluation du peso souligne la confiance totale du chef de l'État dans les investissements et les échanges attendus avec la Chine et du Venezuela, après la signature d'importants accords.
Dur pour le tourisme
Dans l'immédiat, banquiers et analystes à La Havane se bornaient à observer que la réévaluation annoncée devrait avoir pour conséquence une perte de compétitivité du tourisme à Cuba, qui subira un renchérissement de 8 %, mais aussi une meilleure compétitivité du nickel et du tabac, les deux principaux postes à l'exportation.
Par contre, le coût des importations devrait se réduire mécaniquement de 8 %, soulageant d'autant les finances du pays.
Mais pour plus d'un Cubain sur deux (55 %, selon le CEPAL) qui vit à l'aide des envois d'argent, généralement en dollars, de sa famille exilée, la réévaluation annoncée entraînera une perte de 8 %, plus la taxe de 10 % imposée depuis octobre dernier, quand Fidel Castro a décrété la mise hors circulation du dollar.
À long terme, le président cubain n'a pas caché sa volonté de mettre fin à la dualité monétaire à Cuba: le peso ordinaire qui sert surtout à payer les salaires et quelques achats alimentaires (légumes et viandes sur les marchés) et le peso convertible exigé pour la plupart des achats courants.
La semaine dernière, Fidel Castro avait annoncé une réévaluation de 7 % du peso ordinaire par rapport au peso convertible, donnant ainsi un coup de pouce aux Cubains les plus pauvres. Ainsi, un Cubain qui touchait un salaire courant de 300 pesos ordinaires obtient désormais 12 pesos convertibles au change au lieu de 11,11 avant la semaine dernière.
Mais le peso convertible n'ayant de valeur qu'à Cuba, et le dollar désormais hors jeu dans l'île, sa réévaluation annoncée ne devrait avoir quasiment aucun impact sur la consommation et le pouvoir d'achat des Cubains.
Pillage
Cette réévaluation de 8 % du peso convertible s'applique à la parité du peso avec le dollar et les autres devises étrangères, dont l'euro, a-t-il précisé. Elle met fin à la parité du peso convertible avec le dollar, en vigueur depuis sa création en 1994. Le chef de l'État cubain a justifié sa décision par la dévaluation continue du dollar ces dernières années, «contre laquelle nous proclamons notre droit à nous soulever». La dévaluation des devises est, selon lui, «la méthode de pillage dont dispose l'ordre économique en vigueur».
Retransmise en direct par toutes les chaînes de télévision et les radios du pays, l'«intervention spéciale» du dirigeant cubain, 78 ans, dont 46 passés au pouvoir, est la deuxième du même genre en six jours. Il a annoncé que ces rencontres — véritables conseils des ministres tenus en public — se poursuivraient désormais de façon régulière. «Je me sens de plus en plus attiré par les idées de Marx, Engels et Lénine», a-t-il lancé par ailleurs devant son auditoire, qui l'a applaudi à plusieurs reprises.
Il a qualifié le processus de recentralisation de l'économie cubaine en vigueur depuis plus d'un an de «contre-coup [d'État, contra-golpe] économique et social en réaction aux tentatives de déstabilisation», sans préciser à quelles tentatives il faisait allusion.
Entamé à 18h, son discours s'est terminé à 22h10, après qu'il se fut excusé d'avoir retardé d'une heure la retransmission d'une demi-finale nationale de baseball, très attendue par la population.
«Nous sommes entrés dans une nouvelle étape», a déclaré le chef de l'État cubain en annonçant jeudi soir la réévaluation «pour le moment de 8 %» qui prend effet à partir du 9 avril. Le chef de l'État faisait allusion à la «période spéciale» décrétée en juillet 1990 devant l'effondrement de l'économie cubaine provoqué par la disparition du «camp socialiste» européen.
La semaine dernière, Fidel Castro avait fait état de «conditions propices» à une politique de «réévaluation progressive, graduelle et prudente» de la monnaie nationale, six mois après avoir retiré de la circulation le dollar, introduit à contrecoeur en 1993.
Jeudi, lisant le communiqué de la Banque centrale, il a cité la dévaluation continue du dollar, «l'attitude d'hostilité maximum du président [américain George W.] Bush» envers Cuba et les menaces américaines envers les transactions cubaines en dollar pour juger «artificielle» la parité du peso convertible avec le dollar, en vigueur depuis 1994.
De plus, l'appréciation des autres devises vis-à-vis du dollar, auxquelles Cuba a de plus en plus recours, «est désavantageuse» pour l'économie cubaine, notamment en raison de son impact sur les importations, a-t-il dit.
«En termes macroéconomiques, la mesure n'est pas encore très lisible», a estimé un banquier occidental. «C'est une mesure plus idéologique qu'économique», a déclaré pour sa part un expert européen, selon qui elle marque surtout la volonté du chef de l'État de sortir le pays de la «période spéciale».
En outre, selon cet expert, la réévaluation du peso souligne la confiance totale du chef de l'État dans les investissements et les échanges attendus avec la Chine et du Venezuela, après la signature d'importants accords.
Dur pour le tourisme
Dans l'immédiat, banquiers et analystes à La Havane se bornaient à observer que la réévaluation annoncée devrait avoir pour conséquence une perte de compétitivité du tourisme à Cuba, qui subira un renchérissement de 8 %, mais aussi une meilleure compétitivité du nickel et du tabac, les deux principaux postes à l'exportation.
Par contre, le coût des importations devrait se réduire mécaniquement de 8 %, soulageant d'autant les finances du pays.
Mais pour plus d'un Cubain sur deux (55 %, selon le CEPAL) qui vit à l'aide des envois d'argent, généralement en dollars, de sa famille exilée, la réévaluation annoncée entraînera une perte de 8 %, plus la taxe de 10 % imposée depuis octobre dernier, quand Fidel Castro a décrété la mise hors circulation du dollar.
À long terme, le président cubain n'a pas caché sa volonté de mettre fin à la dualité monétaire à Cuba: le peso ordinaire qui sert surtout à payer les salaires et quelques achats alimentaires (légumes et viandes sur les marchés) et le peso convertible exigé pour la plupart des achats courants.
La semaine dernière, Fidel Castro avait annoncé une réévaluation de 7 % du peso ordinaire par rapport au peso convertible, donnant ainsi un coup de pouce aux Cubains les plus pauvres. Ainsi, un Cubain qui touchait un salaire courant de 300 pesos ordinaires obtient désormais 12 pesos convertibles au change au lieu de 11,11 avant la semaine dernière.
Mais le peso convertible n'ayant de valeur qu'à Cuba, et le dollar désormais hors jeu dans l'île, sa réévaluation annoncée ne devrait avoir quasiment aucun impact sur la consommation et le pouvoir d'achat des Cubains.
Pillage
Cette réévaluation de 8 % du peso convertible s'applique à la parité du peso avec le dollar et les autres devises étrangères, dont l'euro, a-t-il précisé. Elle met fin à la parité du peso convertible avec le dollar, en vigueur depuis sa création en 1994. Le chef de l'État cubain a justifié sa décision par la dévaluation continue du dollar ces dernières années, «contre laquelle nous proclamons notre droit à nous soulever». La dévaluation des devises est, selon lui, «la méthode de pillage dont dispose l'ordre économique en vigueur».
Retransmise en direct par toutes les chaînes de télévision et les radios du pays, l'«intervention spéciale» du dirigeant cubain, 78 ans, dont 46 passés au pouvoir, est la deuxième du même genre en six jours. Il a annoncé que ces rencontres — véritables conseils des ministres tenus en public — se poursuivraient désormais de façon régulière. «Je me sens de plus en plus attiré par les idées de Marx, Engels et Lénine», a-t-il lancé par ailleurs devant son auditoire, qui l'a applaudi à plusieurs reprises.
Il a qualifié le processus de recentralisation de l'économie cubaine en vigueur depuis plus d'un an de «contre-coup [d'État, contra-golpe] économique et social en réaction aux tentatives de déstabilisation», sans préciser à quelles tentatives il faisait allusion.
Entamé à 18h, son discours s'est terminé à 22h10, après qu'il se fut excusé d'avoir retardé d'une heure la retransmission d'une demi-finale nationale de baseball, très attendue par la population.
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