La démocratie selon Aladin
Entre les élections en Irak, les manifestations populaires au Liban et l'apaisement des tensions entre Israéliens et Palestiniens, le Proche-Orient est sujet aux changements. À un point tel qu'on peut en effet parler de printemps oriental. Mais de là à affirmer avec force que la démocratie va s'installer à demeure, un pas a été franchi qui n'aurait pas dû l'être.
Il y a un mois, huit millions d'Irakiens ont voté pour la première fois de leur histoire. Ce geste mérite d'être salué. Que tant de personnes aient bravé l'insécurité ambiante a valeur d'exemple. Sur le plan quantitatif, cette élection a été un succès. Par contre, en ce qui a trait à la qualité démocratique de cette élection on ne peut pas en dire autant. Prétendre le contraire relèverait non pas d'un parti pris idéologique ou politique, mais plus simplement de la malhonnêteté.
Ces temps-ci, beaucoup feignent d'ignorer que la grande majorité des sunnites se sont abstenus soit par peur, soit parce qu'ils avaient décidé d'obéir au boycottage réclamé par les imams. Résultat? Le poids des sunnites à l'assemblée sera très inférieur à leur poids démographique qui égale tout de même le tiers environ de la population. Pour bien saisir l'extrême importance de cet aspect du dossier, on se rappellera que les clivages politiques en Irak ne se déclinent pas en fonction de divergences idéologiques ou politiques mais bel et bien par rapport à l'appartenance religieuse. Ce que cette élection a mis en lumière se résume ainsi: le sectarisme confessionnel s'avère le ciment politique du pays.
Depuis la publication des résultats, un épisode a été écrit par l'ex-premier ministre Ilyan Allaoui qui met en relief la minceur de son sentiment démocratique. Lors des élections, la formation qu'il dirigeait est arrivée en troisième place, loin derrière la coalition élaborée par le grand ayatollah Ali al-Sistani. Par la suite, des négociations se sont poursuivies entre divers partis pour former le gouvernement qui veillera notamment à la composition de la future constitution du pays. Allaoui a été invité à être ministre. Il a refusé. La raison? Il exige le poste de premier ministre et rien d'autre. Cet homme, soit dit en passant le champion de l'administration Bush, a perdu à la suite d'un exercice démocratique, mais veut encore et toujours être calife à la place du calife.
Selon les chiffres officiels du Pentagone, au terme de l'an dernier, le nombre d'insurgés, en majorité des sunnites, était le double de ce qu'il était un an auparavant. À la faveur des attentats, échanges de tirs avec soldats de la coalition, accrochages divers, ces fanatiques ont, hélas, obtenu certains des gains envisagés par eux. Le climat de violence qu'ils sont parvenus à imposer a convaincu les ONG de plier bagage. Pire, bien des entreprises à qui l'on avait accordé des contrats les ont imitées. De fait, la reconstruction du pays se poursuit à un rythme beaucoup plus lent que celui qui était planifié, et le taux de chômage ne cesse d'augmenter.
Dans la dernière livraison de l'excellente revue Current History, les universitaires américains A. G. Norton et F. Kazemi exposent leur crainte que le taux élevé de sans-emploi nourrisse l'insurrection plus durablement qu'on ne le souhaite. Ce faisant, il est probable que le gouvernement qui sera dirigé par Ibrahim Jaafari, chef d'un parti religieux, un parti chiite fondé par le grand ayatollah Al-Sadr, prenne un tournant autoritaire «avec un vernis démocratique» pour faire illusion.
Si l'on croit les experts ou spécialistes du Moyen-Orient, la situation qui prévaut actuellement en Irak laisse entrevoir le scénario suivant: les chiites au pouvoir vont faire en Irak ce que le président iranien Mohammed Khatami aimerait faire dans son pays si les Gardiens de la révolution ne l'en empêchaient pas. En clair, une république islamique sera instaurée en Irak et non une démocratie au sens classique ou noble du terme.
Au Liban, depuis un mois, des milliers de personnes descendent dans la rue pour réclamer le départ des Syriens. Contrairement à ce que l'on avance ici et là, ce n'est pas la première fois que cela se produit. Après le départ de l'armée israélienne du sud du pays, soit en l'an 2000, les chrétiens ont réclamé la retraite des soldats syriens. Ce n'est pas la première fois non plus que les Libanais vont voter (au printemps).
Cela étant, depuis quelques jours on entonne, parfois avec suffisance, l'air de la démocratie triomphant en terre musulmane. Comme si la baguette magique faisait désormais partie de l'outillage des politiciens. À ce que l'on sache, le génie de la lampe chère à Aladin y dort toujours.
Il y a un mois, huit millions d'Irakiens ont voté pour la première fois de leur histoire. Ce geste mérite d'être salué. Que tant de personnes aient bravé l'insécurité ambiante a valeur d'exemple. Sur le plan quantitatif, cette élection a été un succès. Par contre, en ce qui a trait à la qualité démocratique de cette élection on ne peut pas en dire autant. Prétendre le contraire relèverait non pas d'un parti pris idéologique ou politique, mais plus simplement de la malhonnêteté.
Ces temps-ci, beaucoup feignent d'ignorer que la grande majorité des sunnites se sont abstenus soit par peur, soit parce qu'ils avaient décidé d'obéir au boycottage réclamé par les imams. Résultat? Le poids des sunnites à l'assemblée sera très inférieur à leur poids démographique qui égale tout de même le tiers environ de la population. Pour bien saisir l'extrême importance de cet aspect du dossier, on se rappellera que les clivages politiques en Irak ne se déclinent pas en fonction de divergences idéologiques ou politiques mais bel et bien par rapport à l'appartenance religieuse. Ce que cette élection a mis en lumière se résume ainsi: le sectarisme confessionnel s'avère le ciment politique du pays.
Depuis la publication des résultats, un épisode a été écrit par l'ex-premier ministre Ilyan Allaoui qui met en relief la minceur de son sentiment démocratique. Lors des élections, la formation qu'il dirigeait est arrivée en troisième place, loin derrière la coalition élaborée par le grand ayatollah Ali al-Sistani. Par la suite, des négociations se sont poursuivies entre divers partis pour former le gouvernement qui veillera notamment à la composition de la future constitution du pays. Allaoui a été invité à être ministre. Il a refusé. La raison? Il exige le poste de premier ministre et rien d'autre. Cet homme, soit dit en passant le champion de l'administration Bush, a perdu à la suite d'un exercice démocratique, mais veut encore et toujours être calife à la place du calife.
Selon les chiffres officiels du Pentagone, au terme de l'an dernier, le nombre d'insurgés, en majorité des sunnites, était le double de ce qu'il était un an auparavant. À la faveur des attentats, échanges de tirs avec soldats de la coalition, accrochages divers, ces fanatiques ont, hélas, obtenu certains des gains envisagés par eux. Le climat de violence qu'ils sont parvenus à imposer a convaincu les ONG de plier bagage. Pire, bien des entreprises à qui l'on avait accordé des contrats les ont imitées. De fait, la reconstruction du pays se poursuit à un rythme beaucoup plus lent que celui qui était planifié, et le taux de chômage ne cesse d'augmenter.
Dans la dernière livraison de l'excellente revue Current History, les universitaires américains A. G. Norton et F. Kazemi exposent leur crainte que le taux élevé de sans-emploi nourrisse l'insurrection plus durablement qu'on ne le souhaite. Ce faisant, il est probable que le gouvernement qui sera dirigé par Ibrahim Jaafari, chef d'un parti religieux, un parti chiite fondé par le grand ayatollah Al-Sadr, prenne un tournant autoritaire «avec un vernis démocratique» pour faire illusion.
Si l'on croit les experts ou spécialistes du Moyen-Orient, la situation qui prévaut actuellement en Irak laisse entrevoir le scénario suivant: les chiites au pouvoir vont faire en Irak ce que le président iranien Mohammed Khatami aimerait faire dans son pays si les Gardiens de la révolution ne l'en empêchaient pas. En clair, une république islamique sera instaurée en Irak et non une démocratie au sens classique ou noble du terme.
Au Liban, depuis un mois, des milliers de personnes descendent dans la rue pour réclamer le départ des Syriens. Contrairement à ce que l'on avance ici et là, ce n'est pas la première fois que cela se produit. Après le départ de l'armée israélienne du sud du pays, soit en l'an 2000, les chrétiens ont réclamé la retraite des soldats syriens. Ce n'est pas la première fois non plus que les Libanais vont voter (au printemps).
Cela étant, depuis quelques jours on entonne, parfois avec suffisance, l'air de la démocratie triomphant en terre musulmane. Comme si la baguette magique faisait désormais partie de l'outillage des politiciens. À ce que l'on sache, le génie de la lampe chère à Aladin y dort toujours.
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