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Coup de théâtre au Liban - Karamé se succédera-t-il à lui-même?

Le premier ministre démissionnaire est chargé de former le nouveau gouvernement

Émile Lahoud (à gauche) en compagnie d’Omar Karamé.
Photo : Agence Reuters
Émile Lahoud (à gauche) en compagnie d’Omar Karamé.
Beyrouth — Le Parlement libanais, dominé par les formations prosyriennes, a demandé hier à Omar Karamé de former un nouveau gouvernement, neuf jours après sa démission sous la pression des partisans de l'opposition hostile à Damas.

Soixante-neuf députés, sur les 128 qui siègent à l'Assemblée, se sont prononcés en sa faveur lors de consultations avec le président Émile Lahoud, a-t-on appris de sources politiques, tandis que les troupes syriennes poursuivaient la première des deux phases de leur redéploiement vers l'est du Liban. Plusieurs soldats, ainsi que du matériel, sont même passés en Syrie, selon des sources proches des services de sécurité.

En vertu de la Constitution, le chef de l'État est désormais tenu de confier à Karamé — prosyrien comme lui — la formation d'un gouvernement d'union nationale dont la tâche principale consistera à organiser les élections législatives de mai prochain. L'annonce officielle de sa désignation à la tête de l'exécutif est attendue aujourd'hui.

Après la décision du Parlement libanais, le porte-parole du département d'État américain, Darla Jordan, a estimé que «ce nouveau gouvernement doit refléter la volonté du peuple libanais, et non pas celle de Damas».

Si Karamé ne pourra reconduire l'équipe, toute acquise à Damas, qui a jeté l'éponge la semaine dernière sous la pression de la rue, il pourra en revanche faire valoir l'ampleur de la manifestation prosyrienne qui s'est déroulée mardi dans la capitale. La presse libanaise, et notamment les journaux favorables à l'opposition, ont reconnu que ce rassemblement était le plus important qu'ait jamais connu le Liban.

L'un des chefs de file de l'opposition libanaise, Walid Djoumblatt, a appelé hier, en conséquence, au dialogue avec l'organisation islamiste chiite. «Nous sommes un pays démocratique. Ils ont fait connaître leur position, ils font partie du peuple libanais. Le Hezbollah fait partie du Liban», a déclaré Djoumblatt à l'issue d'entretiens à Bruxelles avec le chef de la politique étrangère de l'UE, Javier Solana.

Le repli des troupes syriennes entrepris la veille s'est néanmoins poursuivi hier. À Tripoli, chef-lieu du Liban-Nord, comme dans la montagne surplombant Beyrouth, des militaires ont abandonné leurs positions pour se rendre soit en Syrie, soit vers la plaine orientale libanaise de la Békaa. Dans des zones chrétiennes, ce retrait a donné lieu à des scènes de liesse populaire.

Selon le ministre libanais de la Défense, Abdel Rahim Mourad, l'opération de repli des quelque 6000 soldats syriens concernés devrait durer entre une semaine et dix jours.

Le président américain, George W. Bush, a toutefois persisté à demander un retrait total des troupes syriennes avant les législatives, ajoutant à cette exigence la fin de l'influence des services secrets syriens sur le gouvernement libanais.
 
 
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