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Au moment où Bush songe à renverser Saddam Hussein - Moscou fait un pied de nez à Washington

Un accord de 40 milliards sera signé avec Bagdad

Saddam Hussein
Photo : Agence Reuters
Saddam Hussein
Moscou — La Russie a confirmé hier qu'elle allait signer un accord de coopération économique et commerciale de 40 milliards de dollars avec l'Irak, en dépit des menaces croissantes de la part des États-Unis, qui ont promis de renverser Saddam Hussein.

«Ce document est en cours de préparation», a déclaré à Reuters Oleg Buklemechev, conseiller du premier ministre russe Mikhaïl Kassianov, confirmant une information publiée la veille par le Washington Post.

«Nous ne savons pas quand aura lieu la signature. Dès que le document sera prêt, il sera signé», a-t-il ajouté. Cet accord de partenariat sur cinq ans concerne notamment la coopération en matière de pétrole, d'énergie électrique et d'infrastructures ferroviaires. Selon Buklemechev, il ne violera pas les sanctions imposées par les Nations unies à l'Irak après l'invasion du Koweït en août 1990.

«Il est conforme aux accords internationaux en vigueur», a-t-il dit.

À Moscou, des analystes estiment qu'un tel accord entre deux pays alliés à l'époque soviétique aura des conséquences plus politiques que financières.

La Russie entretient des relations économiques étroites avec l'Irak, qui a envers Moscou une dette estimée à plusieurs milliards de dollars, remontant à l'époque soviétique. La Russie espère conclure avec Bagdad de lucratifs accords pétroliers une fois que les sanctions contre l'Irak seront levées.

Mais en attendant, l'Irak n'est actuellement autorisé qu'à vendre des quantités limitées de pétrole dont le produit ne peut être utilisé que pour l'achat de vivres et de biens de première nécessité.

Après l'annonce par le Washington Post d'un projet d'accord, des responsables américains, soucieux d'éviter tout affrontement direct avec Moscou, se sont contentés de rappeler les obligations de Moscou conformément aux résolutions adoptées par le Conseil de sécurité.

«Nous sommes certains que Moscou comprend ses obligations conformément aux résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU et qu'il s'y conformera», a déclaré Claire Buchan, porte-parole de la Maison-Blanche.

Un accord avec l'Irak que le président George W. Bush accuse de faire partie, avec l'Iran et la Corée du Nord, d'un «axe du mal» en quête d'armes de destruction massive, risque d'apporter de nouvelles ombres au tableau de l'amitié russo-américaine. Les deux pays, dont les relations se sont renforcées après les attentats du 11 septembre, ont déjà affiché publiquement leur désaccord à propos du renforcement de la coopération nucléaire envisagé par Moscou avec l'Iran, autre pays de «l'axe du mal».

Les velléités du président américain de renverser Saddam Hussein on suscité des dissensions au sein même de la classe politique américaine et l'accord russo-irakien risque de rendre sa tâche plus difficile encore.

Bush peine à convaincre ses alliés européens et arabo-musulmans du bien-fondé de l'option militaire à laquelle Moscou a affirmé son opposition, privilégiant de nouveaux efforts diplomatiques.

Le chef des inspecteurs de l'ONU en désarmement, Hans Blix, a déclaré hier à la BBC que les menaces d'invasion américaine ne contribueraient pas à convaincre l'Irak d'autoriser le retour sur place de son équipe afin de vérifier que les armes de destruction massive ont bien été éliminées. Il a réaffirmé qu'en l'état, les récentes ouvertures de l'Irak sur le retour d'inspecteurs de l'ONU à Bagdad n'étaient pas acceptables, mais il a ajouté que Bagdad pourrait finir par accepter.
 
 
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