AQOCI - La force d'un réseau intercontinental
«Chaque citoyen doit faire son bout de chemin»
La conjoncture géopolitique mondiale, doublée des visées bellicistes des faucons de la Maison-Blanche, pousse l'Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) à agir sur tous les fronts à l'échelle planétaire et humaine.
«Le seul fait de regrouper 53 organismes sous un même toit nous permet de mettre en commun des analyses de fond et des politiques qui touchent différents enjeux à l'échelle internationale», soutient Marco Labrie, vice-président du conseil d'administration de l'AQOCI et directeur général du Carrefour de solidarité internationale (CSI), lequel regroupe à lui seul une trentaine d'organismes estriens.
L'AQOCI, dont le mandat consiste pour l'essentiel à promouvoir et à soutenir le travail et les initiatives de ses adhérents au profit d'une solidarité internationale, compte parmi ses membres le réseau Alternatives, l'Association mondiale des radiodiffuseurs communautaires, Care Canada, le Comité chrétien pour les droits humains en Amérique latine, Développement et Paix, Équiterre, la Fondation Paul Gérin-Lajoie, Jeunesse Canada Monde, Médecins du monde et Oxfam-Québec, pour ne nommer que ceux-là.
Formation et régions
L'AQOCI offre également à ses membres la possibilité de participer à des programmes de formation, et ce avec l'appui du Service des collectivités de l'UQAM et de l'Agence canadienne de développement international. «Les sessions de formation concernent notamment les enjeux sociopolitiques du Moyen-Orient ou encore ceux de l'Afrique. Des formations qui visent à sensibiliser nos membres concernant des actions concrètes à venir dans les territoires visés, et à permettre ainsi de renforcer leurs capacités d'intervention étant donné que les enjeux sont vastes», voire complexes, explique M. Labrie.
«Il faut voir l'AQOCI comme un réseau», laisse-t-il entendre. Et la force d'un tel réseau implanté à l'échelle du Québec permet à chaque citoyen vivant en région de devenir une composante active sur l'échiquier mondial. «Je pense notamment à la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean avec son Centre de solidarité internationale à Alma, au Comité de solidarité du Tiers-Monde de Trois-Rivières et au Comité de solidarité Nord-Sud des Bois-Francs. Ainsi, nos gens en région peuvent, à l'instar de ceux des grands centres, profiter de certains programmes tels que Québec sans frontières, laquelle plateforme donne aux jeunes l'occasion de vivre une expérience de solidarité dans les pays du Sud, que ce soit en Afrique ou en Amérique latine.»
Québec sans frontières est un programme de stages en solidarité internationale, coiffé par le ministère des Relations internationales du Québec, destiné aux jeunes âgés de 18 à 35 ans. Les stages et les projets à l'étranger sont organisés et encadrés par une vingtaine d'organismes membres de l'AQOCI. Plus de 400 jeunes ont pu profiter de ce programme au cours de la dernière année.
Un Québec solidaire
L'AQOCI met en branle au mois de novembre, sur une base annuelle, les Journées québécoises de la solidarité internationale, lors desquelles le grand public est invité à participer à une foule d'activités: conférences, expositions, soirées de poésie, projections cinématographiques, etc., qui se déploient sur tout le territoire. Le thème de l'année 2003 a porté sur l'eau, un droit humain à défendre. À bon entendeur... «Et le thème de notre toute dernière campagne [la huitième] portait sur le militarisme comme frein au développement.» En fait, c'est une sorte de blitz de sensibilisation à travers les régions. D'ailleurs, les jeunes des écoles secondaires ont pu participer à l'activité Solidarité en herbe, un match amical bien sûr, traitant du thème de la campagne.
La «solidarité citoyenne», un principe si cher à l'AQOCI, ne va pas sans actions concrètes in situ, selon Marco Labrie. «Par exemple, chez nous au CSI, nous avons tissé des liens de solidarité entre le village de Saint-Camille [en Estrie] et une fédération paysanne du Mali. Je peux également mentionner l'exemple de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui profite de son fameux Tour du lac pour venir en aide à des projets au Burkina Faso.»
Le CSI a été le premier organisme «à commercialiser les produits dérivés du karité [arbre qui croît en Afrique équatoriale], soit en important du beurre de karité dans une perspective de commerce équitable, à des fins notamment de transformation en savon ou en baume pour la peau destinés au marché d'ici. Et les profits générés par ce commerce sont réinvestis dans des projets de développement au profit des femmes qui nous fournissent la matière première. D'autant que le prix que nous leur payons pour le beurre est quatre fois supérieur au prix qu'elles obtiendraient sur leurs marchés respectifs en Afrique».
Place aux femmes
À la lumière des réflexions suscitées par différents forums au terme de la décennie consacrée aux femmes, un groupe de femmes issues du milieu de la coopération internationale et des groupes communautaires du Québec a mis sur pied, en mai 1984, le Comité québécois femmes et développement (CQFD), appuyé par l'AQOCI.
Le CQFD regroupe une quarantaine de personnes, dont la moitié est issue d'organismes membres de l'AQOCI, l'autre provenant de divers milieux: universitaire, syndical et communautaire. «Les problèmes auxquels sont confrontées les femmes dans le monde se trouvent souvent dans les relations qu'elles entretiennent avec les hommes», souligne M. Labrie. En clair, les démarches qu'entreprennent les membres de l'AQOCI doivent, en quelque sorte, prendre en compte le rôle de la femme dans les projets de développement au sein de leurs communautés avec la collaboration des ONG autochtones, et ce «en fonction du rapport homme-femme». L'objectif principal des actions menées étant de «renforcer le pouvoir économique et politique des femmes», ce qui n'est pas toujours «facile à faire, il est vrai».
Pont Nord-Sud
Mise en contexte mondiale: 1,2 milliard de personnes n'ont pas accès à l'eau potable; plus de 840 millions d'adultes sont toujours analphabètes, dont 538 millions sont des femmes; 93 % des quelque 23 millions de personnes contaminées par le virus du sida vivent dans les pays dits en voie de développement; on dénombre plus de 110 millions de mines anti-personnel dans 68 pays, et le patrimoine net des 10 milliardaires les plus riches est estimé à 133 milliards de dollars, soit 1,5 fois le revenu total de certains pays. Des constats peut-être connus, mais qu'il est bon de rappeler à notre souvenir de temps à autre.
«De toute évidence, il y a une lutte que nous devons poursuivre, et à laquelle adhèrent de plus en plus de gens issus des mouvements altermondialistes, en raison des politiques [monétaristes] de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international qui vont à contresens des droits humains. Par exemple, poursuit M. Labrie, les politiques de ces grandes institutions imposent des conditions à l'aide apportée. Autrement dit, on octroie des millions de dollars sous condition de privatiser l'industrie du coton en Afrique, par exemple. Il y a donc un double discours: celui prônant l'ouverture des marchés des pays du Sud, alors qu'au Nord on continue à subventionner largement les industries», se désole-t-il.
Considérant un tel comportement, auquel s'additionnent les mobiles impérialistes de Washington, l'AQOCI recommande au gouvernement canadien de «se doter d'une véritable politique étrangère qui serait autonome et distincte de celle de nos voisins américains», tient à dire M. Labrie. À plus petite échelle, dit-il, «chaque citoyen doit faire son bout de chemin» pour maintenir la paix dans le monde.
«Le seul fait de regrouper 53 organismes sous un même toit nous permet de mettre en commun des analyses de fond et des politiques qui touchent différents enjeux à l'échelle internationale», soutient Marco Labrie, vice-président du conseil d'administration de l'AQOCI et directeur général du Carrefour de solidarité internationale (CSI), lequel regroupe à lui seul une trentaine d'organismes estriens.
L'AQOCI, dont le mandat consiste pour l'essentiel à promouvoir et à soutenir le travail et les initiatives de ses adhérents au profit d'une solidarité internationale, compte parmi ses membres le réseau Alternatives, l'Association mondiale des radiodiffuseurs communautaires, Care Canada, le Comité chrétien pour les droits humains en Amérique latine, Développement et Paix, Équiterre, la Fondation Paul Gérin-Lajoie, Jeunesse Canada Monde, Médecins du monde et Oxfam-Québec, pour ne nommer que ceux-là.
Formation et régions
L'AQOCI offre également à ses membres la possibilité de participer à des programmes de formation, et ce avec l'appui du Service des collectivités de l'UQAM et de l'Agence canadienne de développement international. «Les sessions de formation concernent notamment les enjeux sociopolitiques du Moyen-Orient ou encore ceux de l'Afrique. Des formations qui visent à sensibiliser nos membres concernant des actions concrètes à venir dans les territoires visés, et à permettre ainsi de renforcer leurs capacités d'intervention étant donné que les enjeux sont vastes», voire complexes, explique M. Labrie.
«Il faut voir l'AQOCI comme un réseau», laisse-t-il entendre. Et la force d'un tel réseau implanté à l'échelle du Québec permet à chaque citoyen vivant en région de devenir une composante active sur l'échiquier mondial. «Je pense notamment à la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean avec son Centre de solidarité internationale à Alma, au Comité de solidarité du Tiers-Monde de Trois-Rivières et au Comité de solidarité Nord-Sud des Bois-Francs. Ainsi, nos gens en région peuvent, à l'instar de ceux des grands centres, profiter de certains programmes tels que Québec sans frontières, laquelle plateforme donne aux jeunes l'occasion de vivre une expérience de solidarité dans les pays du Sud, que ce soit en Afrique ou en Amérique latine.»
Québec sans frontières est un programme de stages en solidarité internationale, coiffé par le ministère des Relations internationales du Québec, destiné aux jeunes âgés de 18 à 35 ans. Les stages et les projets à l'étranger sont organisés et encadrés par une vingtaine d'organismes membres de l'AQOCI. Plus de 400 jeunes ont pu profiter de ce programme au cours de la dernière année.
Un Québec solidaire
L'AQOCI met en branle au mois de novembre, sur une base annuelle, les Journées québécoises de la solidarité internationale, lors desquelles le grand public est invité à participer à une foule d'activités: conférences, expositions, soirées de poésie, projections cinématographiques, etc., qui se déploient sur tout le territoire. Le thème de l'année 2003 a porté sur l'eau, un droit humain à défendre. À bon entendeur... «Et le thème de notre toute dernière campagne [la huitième] portait sur le militarisme comme frein au développement.» En fait, c'est une sorte de blitz de sensibilisation à travers les régions. D'ailleurs, les jeunes des écoles secondaires ont pu participer à l'activité Solidarité en herbe, un match amical bien sûr, traitant du thème de la campagne.
La «solidarité citoyenne», un principe si cher à l'AQOCI, ne va pas sans actions concrètes in situ, selon Marco Labrie. «Par exemple, chez nous au CSI, nous avons tissé des liens de solidarité entre le village de Saint-Camille [en Estrie] et une fédération paysanne du Mali. Je peux également mentionner l'exemple de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui profite de son fameux Tour du lac pour venir en aide à des projets au Burkina Faso.»
Le CSI a été le premier organisme «à commercialiser les produits dérivés du karité [arbre qui croît en Afrique équatoriale], soit en important du beurre de karité dans une perspective de commerce équitable, à des fins notamment de transformation en savon ou en baume pour la peau destinés au marché d'ici. Et les profits générés par ce commerce sont réinvestis dans des projets de développement au profit des femmes qui nous fournissent la matière première. D'autant que le prix que nous leur payons pour le beurre est quatre fois supérieur au prix qu'elles obtiendraient sur leurs marchés respectifs en Afrique».
Place aux femmes
À la lumière des réflexions suscitées par différents forums au terme de la décennie consacrée aux femmes, un groupe de femmes issues du milieu de la coopération internationale et des groupes communautaires du Québec a mis sur pied, en mai 1984, le Comité québécois femmes et développement (CQFD), appuyé par l'AQOCI.
Le CQFD regroupe une quarantaine de personnes, dont la moitié est issue d'organismes membres de l'AQOCI, l'autre provenant de divers milieux: universitaire, syndical et communautaire. «Les problèmes auxquels sont confrontées les femmes dans le monde se trouvent souvent dans les relations qu'elles entretiennent avec les hommes», souligne M. Labrie. En clair, les démarches qu'entreprennent les membres de l'AQOCI doivent, en quelque sorte, prendre en compte le rôle de la femme dans les projets de développement au sein de leurs communautés avec la collaboration des ONG autochtones, et ce «en fonction du rapport homme-femme». L'objectif principal des actions menées étant de «renforcer le pouvoir économique et politique des femmes», ce qui n'est pas toujours «facile à faire, il est vrai».
Pont Nord-Sud
Mise en contexte mondiale: 1,2 milliard de personnes n'ont pas accès à l'eau potable; plus de 840 millions d'adultes sont toujours analphabètes, dont 538 millions sont des femmes; 93 % des quelque 23 millions de personnes contaminées par le virus du sida vivent dans les pays dits en voie de développement; on dénombre plus de 110 millions de mines anti-personnel dans 68 pays, et le patrimoine net des 10 milliardaires les plus riches est estimé à 133 milliards de dollars, soit 1,5 fois le revenu total de certains pays. Des constats peut-être connus, mais qu'il est bon de rappeler à notre souvenir de temps à autre.
«De toute évidence, il y a une lutte que nous devons poursuivre, et à laquelle adhèrent de plus en plus de gens issus des mouvements altermondialistes, en raison des politiques [monétaristes] de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international qui vont à contresens des droits humains. Par exemple, poursuit M. Labrie, les politiques de ces grandes institutions imposent des conditions à l'aide apportée. Autrement dit, on octroie des millions de dollars sous condition de privatiser l'industrie du coton en Afrique, par exemple. Il y a donc un double discours: celui prônant l'ouverture des marchés des pays du Sud, alors qu'au Nord on continue à subventionner largement les industries», se désole-t-il.
Considérant un tel comportement, auquel s'additionnent les mobiles impérialistes de Washington, l'AQOCI recommande au gouvernement canadien de «se doter d'une véritable politique étrangère qui serait autonome et distincte de celle de nos voisins américains», tient à dire M. Labrie. À plus petite échelle, dit-il, «chaque citoyen doit faire son bout de chemin» pour maintenir la paix dans le monde.
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