Le bras de fer se durcit en Ukraine
- L'élection d'Ianoukovitch est officielle, Iouchtchenko appelle à la grève générale - L'UE, Washington et Ottawa rejettent les résultats
Photo : Agence Reuters
Les Ukrainiens demandent aux forces policières de rejoindre l’opposition.
Kiev — Le bras de fer se durcit en Ukraine. La victoire du premier ministre pro-russe Viktor Ianoukovitch à l'élection présidentielle de dimanche en Ukraine a été officiellement proclamée hier par la commission électorale et le candidat de l'opposition Viktor Iouchtchenko a aussitôt appelé à une grève générale.
L'opposition a affirmé sa détermination à recourir à tous les moyens pour contester la victoire de M. Ianoukovitch. Outre la grève, elle a annoncé un blocage des aéroports, des voies ferrées et des routes ainsi qu'une saisine de la Cour suprême.
Peu auparavant, le vainqueur proclamé du scrutin, Viktor Ianoukovitch, avait remercié ses électeurs sur la chaîne de télévision publique et assuré qu'il allait entamer dès aujourd'hui des négociations avec l'opposition «pour que les électeurs d'Iouchtchenko ne se sentent pas lésés».
De son côté, l'opposition restait très mobilisée hier soir. L'Ukraine se trouve «au bord d'une guerre civile», a déclaré M. Iouchtchenko devant plus de 100 000 manifestants réunis malgré un froid vif sur la place de l'Indépendance à Kiev. La proclamation de la victoire de Viktor Ianoukovitch est «illégale», a-t-il affirmé.
«Nous allons chercher une solution dans une lutte ouverte. Le pouvoir est sur la voie d'une escalade du conflit. Il a rejeté la possibilité d'un dialogue politique», a estimé M. Iouchtchenko. Il a annoncé la mise en place d'un comité de salut national qui, a-t-il dit, appellera à «une grève politique dans toute l'Ukraine».
Deuxième figure de proue de l'opposition, la députée Ioulia Timochenko a affirmé dans la soirée devant la foule que les contestataires allaient «organiser dans le détail toutes les actions nécessaires pour bloquer les voies ferrées, les routes et les aéroports».
Mme Timochenko a également annoncé que l'opposition allait «présenter un appel bien argumenté devant la Cour suprême». Cette instance est «loin d'être indépendante, mais nous allons au moins essayer de la convaincre et de la contraindre à voir qu'en Ukraine, il y a un peuple et une Constitution», a-t-elle déclaré.
Selon les résultats officiels annoncés hier par le président de la commission électorale centrale, Serhiy Kivalov, M. Ianoukovitch a obtenu 49,46 % des voix, et M. Iouchtchenko, 46,61 %.
Les États-Unis ont immédiatement fait savoir qu'ils ne reconnaissaient pas la légitimité du scrutin tout en estimant qu'il n'était «pas trop tard pour que les autorités trouvent une solution qui respecte la volonté du peuple ukrainien».
«Nous ne pouvons accepter ce résultat comme légitime parce qu'il ne remplit pas les critères internationaux et qu'il n'y a pas eu d'enquête sur les informations nombreuses et crédibles faisant état de fraudes et d'abus», a déclaré le secrétaire d'État Colin Powell lors d'une conférence de presse à Washington.
Le chef de la diplomatie américaine a adressé des menaces implicites au pouvoir en place à Kiev. «Si le gouvernement ukrainien n'agit pas immédiatement et de façon responsable, il y aura des conséquences sur nos relations, sur l'espoir de l'Ukraine d'une intégration euro-atlantique et sur les individus responsables des fraudes», a ajouté M. Powell.
Dans la journée, M. Powell a eu des entretiens téléphoniques avec le président ukrainien sortant, Léonid Koutchma (qu'il a appelé à ne pas recourir à la force contre les manifestants), et d'autres responsables de la région, dont le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.
À Ottawa, les grandes manifestations et les allégations sérieuses de fraude lors des récentes élections en Ukraine ont incité le gouvernement fédéral à rejeter le résultat du scrutin hier. À une question posée par le Parti conservateur, la vice-première ministre Anne McLellan, qui remplace Paul Martin pendant sa visite en Afrique, n'a pas hésité. «Compte tenu des allégations sérieuses et significatives de fraude électorale dénoncée par les observateurs canadiens et internationaux sur place, le gouvernement du Canada ne peut pas accepter les résultats annoncés par la commission électorale comme reflétant la volonté démocratique du peuple ukrainien.»
Les députés à la Chambre se sont levés d'un bond pour applaudir la décision du gouvernement. «Le Canada demande une révision complète et transparente du processus électoral, à défaut de quoi le Canada n'aura d'autre choix que d'examiner ses relations avec l'Ukraine», a continué Anne McLellan.
À la fin de la période de questions, le chef du NPD, Jack Layton, s'est dit très heureux de la décision. «C'est important d'indiquer la solidarité du Canada avec le peuple ukrainien», a-t-il dit. Si le verdict ne change pas, il faudra voir quelles sanctions pourraient être prises sans nuire à la population de ce pays, a déclaré Jack Layton. «On peut envisager des sanctions économiques, mais il ne faut pas pénaliser le peuple. Il faut une stratégie très précise afin que la pression soit exercée uniquement sur le gouvernement.»
Même son de cloche au Bloc québécois. «Nous appuyons la décision du gouvernement», a affirmé le leader en Chambre du parti souverainiste, Michel Gauthier. «Je pense que le monde entier est désireux que la démocratie suive son cours en Ukraine.»
À Bruxelles, le haut représentant pour la politique étrangère de l'Union européenne, Javier Solana, a appelé les différents protagonistes de la crise ukrainienne à trouver «une solution politique négociée».
Le président ukrainien sortant Léonid Koutchma a accusé hier soir l'opposition d'avoir voulu «mettre en oeuvre un plan de recours à la force, celui d'un coup d'État». «Le pouvoir contrôle la situation [...] et ne laissera mettre en oeuvre aucun scénario de force, quelle que soit la pression exercée, que ce soit de l'intérieur comme de l'extérieur», a-t-il ajouté en appelant les parties en présence à «s'asseoir sans attendre à la table des négociations».
Dans une entrevue accordée à la chaîne de télévision EuroNews, Viktor Iouchtchenko a lui aussi fait état d'une tentative de coup d'État. «Nous croyons que le groupe de Koutchma-Ianoukovitch a essayé de commettre un coup d'État en falsifiant les élections. C'est un crime contre le peuple, et les actions de ces personnes officielles devront être examinées au regard du code pénal», a déclaré le dirigeant de l'opposition. «Nous appelons les institutions européennes, les chefs d'État à demander à Léonid Koutchma de ne pas faire usage de la force et de donner le pouvoir au président légitime de l'Ukraine, celui qui a été élu par la majorité des citoyens ukrainiens», a-t-il ajouté.
Comme à Kiev, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Lviv, dans l'ouest du pays, région nationaliste acquise à l'opposition, sous les slogans «Iouchtchenko est notre président» et «Nous avons vaincu les nazis, nous vaincrons les bandits». Les manifestants brandissaient des drapeaux oranges sous l'oeil de centaines de policiers portant eux aussi des rubans oranges.
L'Assemblée régionale de cette ville a voté une motion de défiance envers le gouverneur de la région, nommé par Kiev, et désigné à sa place un responsable de l'opposition. Six villes du pays, dont Kiev et Lviv, ont depuis lundi refusé de reconnaître la victoire de M. Ianoukovitch.
L'opposition avait exclu dans la matinée de négocier avec le pouvoir autre chose que les modalités d'une passation de pouvoirs. Le porte-parole de M. Iouchtchenko, Irina Herachtchenko, a expliqué que l'opposition exigeait que les autorités reconnaissent les fraudes électorales pour engager des négociations et qu'il s'agissait là d'une «condition sine qua non».
Le sommet Union européenne-Russie qui a lieu aujourd'hui à La Haye, en pleine crise ukrainienne, sera l'occasion d'un face-à-face entre le président russe Vladimir Poutine et des Européens très critiques d'une élection présidentielle en Ukraine officiellement gagnée par le candidat de Moscou. Le ton est monté, à distance jusqu'ici, entre Moscou et l'UE, le gouvernement russe accusant l'UE d'«encourager ouvertement l'opposition à des actions illégales et violentes» en appelant à un «réexamen du résultat de l'élection».
Le haut représentant pour la politique étrangère de l'UE, Javier Solana, attendu aujourd'hui à La Haye, a appelé à «revoir» le résultat, soulignant que les 25 n'accepteraient pas un scrutin «frauduleux» ayant donné la victoire au candidat du pouvoir, le pro-russe Viktor Ianoukovitch.
Avec l'Agence France-Presse et Associated Press
L'opposition a affirmé sa détermination à recourir à tous les moyens pour contester la victoire de M. Ianoukovitch. Outre la grève, elle a annoncé un blocage des aéroports, des voies ferrées et des routes ainsi qu'une saisine de la Cour suprême.
Peu auparavant, le vainqueur proclamé du scrutin, Viktor Ianoukovitch, avait remercié ses électeurs sur la chaîne de télévision publique et assuré qu'il allait entamer dès aujourd'hui des négociations avec l'opposition «pour que les électeurs d'Iouchtchenko ne se sentent pas lésés».
De son côté, l'opposition restait très mobilisée hier soir. L'Ukraine se trouve «au bord d'une guerre civile», a déclaré M. Iouchtchenko devant plus de 100 000 manifestants réunis malgré un froid vif sur la place de l'Indépendance à Kiev. La proclamation de la victoire de Viktor Ianoukovitch est «illégale», a-t-il affirmé.
«Nous allons chercher une solution dans une lutte ouverte. Le pouvoir est sur la voie d'une escalade du conflit. Il a rejeté la possibilité d'un dialogue politique», a estimé M. Iouchtchenko. Il a annoncé la mise en place d'un comité de salut national qui, a-t-il dit, appellera à «une grève politique dans toute l'Ukraine».
Deuxième figure de proue de l'opposition, la députée Ioulia Timochenko a affirmé dans la soirée devant la foule que les contestataires allaient «organiser dans le détail toutes les actions nécessaires pour bloquer les voies ferrées, les routes et les aéroports».
Mme Timochenko a également annoncé que l'opposition allait «présenter un appel bien argumenté devant la Cour suprême». Cette instance est «loin d'être indépendante, mais nous allons au moins essayer de la convaincre et de la contraindre à voir qu'en Ukraine, il y a un peuple et une Constitution», a-t-elle déclaré.
Selon les résultats officiels annoncés hier par le président de la commission électorale centrale, Serhiy Kivalov, M. Ianoukovitch a obtenu 49,46 % des voix, et M. Iouchtchenko, 46,61 %.
Les États-Unis ont immédiatement fait savoir qu'ils ne reconnaissaient pas la légitimité du scrutin tout en estimant qu'il n'était «pas trop tard pour que les autorités trouvent une solution qui respecte la volonté du peuple ukrainien».
«Nous ne pouvons accepter ce résultat comme légitime parce qu'il ne remplit pas les critères internationaux et qu'il n'y a pas eu d'enquête sur les informations nombreuses et crédibles faisant état de fraudes et d'abus», a déclaré le secrétaire d'État Colin Powell lors d'une conférence de presse à Washington.
Le chef de la diplomatie américaine a adressé des menaces implicites au pouvoir en place à Kiev. «Si le gouvernement ukrainien n'agit pas immédiatement et de façon responsable, il y aura des conséquences sur nos relations, sur l'espoir de l'Ukraine d'une intégration euro-atlantique et sur les individus responsables des fraudes», a ajouté M. Powell.
Dans la journée, M. Powell a eu des entretiens téléphoniques avec le président ukrainien sortant, Léonid Koutchma (qu'il a appelé à ne pas recourir à la force contre les manifestants), et d'autres responsables de la région, dont le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.
À Ottawa, les grandes manifestations et les allégations sérieuses de fraude lors des récentes élections en Ukraine ont incité le gouvernement fédéral à rejeter le résultat du scrutin hier. À une question posée par le Parti conservateur, la vice-première ministre Anne McLellan, qui remplace Paul Martin pendant sa visite en Afrique, n'a pas hésité. «Compte tenu des allégations sérieuses et significatives de fraude électorale dénoncée par les observateurs canadiens et internationaux sur place, le gouvernement du Canada ne peut pas accepter les résultats annoncés par la commission électorale comme reflétant la volonté démocratique du peuple ukrainien.»
Les députés à la Chambre se sont levés d'un bond pour applaudir la décision du gouvernement. «Le Canada demande une révision complète et transparente du processus électoral, à défaut de quoi le Canada n'aura d'autre choix que d'examiner ses relations avec l'Ukraine», a continué Anne McLellan.
À la fin de la période de questions, le chef du NPD, Jack Layton, s'est dit très heureux de la décision. «C'est important d'indiquer la solidarité du Canada avec le peuple ukrainien», a-t-il dit. Si le verdict ne change pas, il faudra voir quelles sanctions pourraient être prises sans nuire à la population de ce pays, a déclaré Jack Layton. «On peut envisager des sanctions économiques, mais il ne faut pas pénaliser le peuple. Il faut une stratégie très précise afin que la pression soit exercée uniquement sur le gouvernement.»
Même son de cloche au Bloc québécois. «Nous appuyons la décision du gouvernement», a affirmé le leader en Chambre du parti souverainiste, Michel Gauthier. «Je pense que le monde entier est désireux que la démocratie suive son cours en Ukraine.»
À Bruxelles, le haut représentant pour la politique étrangère de l'Union européenne, Javier Solana, a appelé les différents protagonistes de la crise ukrainienne à trouver «une solution politique négociée».
Le président ukrainien sortant Léonid Koutchma a accusé hier soir l'opposition d'avoir voulu «mettre en oeuvre un plan de recours à la force, celui d'un coup d'État». «Le pouvoir contrôle la situation [...] et ne laissera mettre en oeuvre aucun scénario de force, quelle que soit la pression exercée, que ce soit de l'intérieur comme de l'extérieur», a-t-il ajouté en appelant les parties en présence à «s'asseoir sans attendre à la table des négociations».
Dans une entrevue accordée à la chaîne de télévision EuroNews, Viktor Iouchtchenko a lui aussi fait état d'une tentative de coup d'État. «Nous croyons que le groupe de Koutchma-Ianoukovitch a essayé de commettre un coup d'État en falsifiant les élections. C'est un crime contre le peuple, et les actions de ces personnes officielles devront être examinées au regard du code pénal», a déclaré le dirigeant de l'opposition. «Nous appelons les institutions européennes, les chefs d'État à demander à Léonid Koutchma de ne pas faire usage de la force et de donner le pouvoir au président légitime de l'Ukraine, celui qui a été élu par la majorité des citoyens ukrainiens», a-t-il ajouté.
Comme à Kiev, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Lviv, dans l'ouest du pays, région nationaliste acquise à l'opposition, sous les slogans «Iouchtchenko est notre président» et «Nous avons vaincu les nazis, nous vaincrons les bandits». Les manifestants brandissaient des drapeaux oranges sous l'oeil de centaines de policiers portant eux aussi des rubans oranges.
L'Assemblée régionale de cette ville a voté une motion de défiance envers le gouverneur de la région, nommé par Kiev, et désigné à sa place un responsable de l'opposition. Six villes du pays, dont Kiev et Lviv, ont depuis lundi refusé de reconnaître la victoire de M. Ianoukovitch.
L'opposition avait exclu dans la matinée de négocier avec le pouvoir autre chose que les modalités d'une passation de pouvoirs. Le porte-parole de M. Iouchtchenko, Irina Herachtchenko, a expliqué que l'opposition exigeait que les autorités reconnaissent les fraudes électorales pour engager des négociations et qu'il s'agissait là d'une «condition sine qua non».
Le sommet Union européenne-Russie qui a lieu aujourd'hui à La Haye, en pleine crise ukrainienne, sera l'occasion d'un face-à-face entre le président russe Vladimir Poutine et des Européens très critiques d'une élection présidentielle en Ukraine officiellement gagnée par le candidat de Moscou. Le ton est monté, à distance jusqu'ici, entre Moscou et l'UE, le gouvernement russe accusant l'UE d'«encourager ouvertement l'opposition à des actions illégales et violentes» en appelant à un «réexamen du résultat de l'élection».
Le haut représentant pour la politique étrangère de l'UE, Javier Solana, attendu aujourd'hui à La Haye, a appelé à «revoir» le résultat, soulignant que les 25 n'accepteraient pas un scrutin «frauduleux» ayant donné la victoire au candidat du pouvoir, le pro-russe Viktor Ianoukovitch.
Avec l'Agence France-Presse et Associated Press
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

