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Côte d'Ivoire - L'évacuation des expatriés se poursuit

Des activistes ivoiriens auraient violé des Françaises

12 novembre 2004  Actualités internationales
Abidjan — La France et plusieurs pays occidentaux ont continué hier à évacuer leurs ressortissants d'Abidjan, fuyant les violences meurtrières des derniers jours, alors que le régime ivoirien est toujours confronté à la menace de sanctions internationales.

L'armée française a confirmé hier soir «les viols» de Françaises pendant les violences des derniers jours à Abidjan, dont plusieurs témoins avaient fait état après leur évacuation de Côte d'Ivoire.

Ces violences, essentiellement dirigées contre la France accusée de colonialisme par les milices progouvernementales, ont fait des blessés parmi les Français, dont certains ont reçu des coups de machette, selon une source diplomatique à Abidjan. Depuis samedi, entre 22 et 64 Ivoiriens auraient été tués et «plus d'un millier» blessés dans les rues d'Abidjan, selon des sources ivoiriennes.

Fuyant violences et pillages, en quatre jours, quelque 1500 Européens s'étaient réfugiés dans la base française d'Abidjan et plus de 1600 étaient sous la protection de l'ONU. Après l'évacuation mercredi de 900 étrangers, deux nouveaux avions affrétés par Paris et transportant au total 770 personnes ont quitté hier l'aéroport d'Abidjan, rouvert aux vols civils depuis la matinée.

Deux autres avions affrétés par la France, d'une capacité totale d'environ 770 places, devaient quitter Abidjan dans la nuit, ainsi qu'un appareil de l'armée de l'air allemande. Une centaine d'Européens ont déjà été évacués à leur demande hier à bord d'un avion des Pays-Bas.

Les États-Unis devaient évacuer une centaine de leurs ressortissants par un vol militaire espagnol et le Maroc a annoncé hier soir le rapatriement de 254 des siens.

Annan s'en prend aux médias

Dans un climat de peur, partagé par la communauté des expatriés, la radio-télévision publique ivoirienne, étroitement contrôlée par le pouvoir, a cessé hier ses appels à la mobilisation contre la présence militaire française. Depuis New York, le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a condamné ces «médias de la haine» et a appelé les parties au calme.

Les «jeunes patriotes», partisans du président Laurent Gbagbo, ont levé hier matin de nombreux barrages à Abidjan. Dans les grandes artères de la ville, quelques employés municipaux ont commencé à charger dans un camion-benne les déchets qui débordent des poubelles et à nettoyer les dégâts des derniers jours. «La ville est méconnaissable», selon un agent municipal.

Dans la matinée, la circulation est redevenue fluide dans la capitale économique. Profitant de ce début de normalisation, les travailleurs de l'administration se sont détournés des bureaux pour affluer vers les guichets automatiques des banques, formant de longues files d'attente. Les «patriotes» n'étaient plus que quelques centaines rassemblés hier près de la présidence et du siège de la télévision dans le quartier résidentiel de Cocody, ainsi qu'au siège de la radio dans le quartier du Plateau.

Leur dirigeant, Charles Blé Goudé, qui avait ces derniers jours accusé la France de tentative de coup d'État, était intervenu à la télévision hier matin pour «demander aux jeunes de quitter les rues», de ne pas s'attaquer aux Français, tout en appelant «à la vigilance». Les militaires français continuaient d'aller chercher des Occidentaux, notamment dans des hôtels, tandis que les forces de sécurité ivoiriennes étaient déployées à tous les points stratégiques de la ville.

Sur le plan diplomatique, la présidence nigériane a annoncé la tenue dimanche à Abuja d'un sommet de l'Union africaine sur la crise ivoirienne, à la veille d'une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU, qui doit adopter une résolution prévoyant l'imposition conditionnelle de sanctions à la Côte d'Ivoire à partir du 10 décembre, en cas de non-respect de points clés des accords de paix.

À Pretoria, où devait débuter dans la soirée des entretiens entre le président sud-africain Thabo Mbeki, médiateur de l'Union africaine, et des membres de l'opposition ivoirienne, l'ancien premier ministre Alassane Ouattara a refusé «de négocier un nouvel accord» de paix et a plaidé en faveur de l'organisation d'élections en octobre 2005. En revanche, Guillaume Soro, chef des rebelles des Forces nouvelles, a fait savoir depuis son fief de Bouaké (centre) qu'il ne participerait pas à cette médiation qui «ne marchera pas».

«On s'avance vers la guerre civile, il n'y a plus de doute», a renchéri hier dans un entretien avec l'AFP le porte-parole des FN, Sidiki Konaté, depuis Bouaké, privée d'eau potable et d'électricité depuis une semaine, comme toute la moitié nord du pays (contrôlée par les rebelles depuis septembre 2002).
 
 
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