Terrible constat d'Oxfam-Québec au Darfour
Surpeuplés, les camps de réfugiés, comme celui de Kalma, risquent d’exploser.
Source: oxfam-Québec
En dépit des cris d'alarme de plus en plus pressants, la situation continue à se détériorer au Darfour. Le bilan de la crise humanitaire, qui a déjà fait 70 000 morts, pourrait même s'alourdir et faire jusqu'à 500 000 victimes d'ici la fin de l'année prochaine si la communauté internationale continue à tergiverser plutôt que d'agir, a dénoncé hier une équipe d'Oxfam-Québec, au retour d'un séjour tourmenté de deux semaines dans la province occidentale du Soudan.
Navrant, le constat tracé par l'organisme québécois fait état d'une rare insécurité dans cette région de l'Afrique. «La violence s'est insinuée partout sur le terrain, portée à la fois par les forces gouvernementales, les milices rebelles et les brigands d'occasion, qui profitent impunément de l'absence d'un État de droit au Soudan pour faire régner la terreur», a raconté avec émotion Danielle Valiquette, directrice du programme Oxfam-Québec dans la région de la Corne de l'Afrique.
Depuis la prise des armes en 2003 par les rebelles ouvertement en guerre contre le gouvernement de Khartoum, l'insécurité a fait plus de 1,6 million de déplacés dans la province. Ceux-ci ont pour la plupart trouvé refuge dans des camps qui menacent aujourd'hui d'exploser, tant ils sont surpeuplés. La soif, la faim, la promiscuité et le manque d'hygiène sont le lot quotidien de ces réfugiés, en majorité des femmes et des enfants dans le plus grand besoin.
Mais les réfugiés des camps n'en sont pas pour autant à l'abri des foudres de l'un ou l'autre des belligérants, comme en témoignait hier la prise de plusieurs camps de réfugiés du Darfour-Ouest par l'armée et la police soudanaises. Selon les Nations unies, celles-ci auraient même poussé l'audace jusqu'à interdire l'accès à ces camps aux organisations humanitaires.
L'information n'a nullement surpris Danielle Valiquette, qui a pris la pleine mesure de la tension qui règne dans la région lors de son bref séjour dans les environs de Kaas, au sud du Darfour. «On revient avec un sentiment de désespoir très fort. C'est comme mettre un pansement sur une hémorragie. Il faut que la communauté internationale sorte de sa torpeur et de son indifférence», a-t-elle dit.
Trop souvent, ce sont les femmes qui font encore les frais de toute cette insécurité. Plusieurs sont battues, enlevées et violées avec une rare violence. «Généralement, les femmes sont violées par plusieurs hommes à la fois. On leur coud ensuite les grandes lèvres afin que les semences ne coulent pas et qu'elles tombent bien enceintes», a raconté Mme Valiquette, qui s'indigne du sort de ces femmes qui sont souvent rejetées par leur famille après un tel viol.
Accompagnée par l'agente de plaidoyer Lina Holguin, Mme Valiquette a notamment visité le camp de Kalma et la ville de Kaas. «Kalma est né de façon spontanée. Les gens venus principalement du sud et du nord du Darfour y ont trouvé refuge après avoir marché 15, 50, 100 kilomètres. Ils y ont construit leur campement pour échapper à la violence des campagnes», explique Mme Valiquette.
Des centaines de petits abris s'entassent les uns sur les autres dans ce camp, où défilent des toits de plastique bleus, blancs, des bouts de bois, de la paille, du jute et d'autres matériaux hétéroclites trouvés sur place. Prévu pour 25 000 personnes mais en accueillant déjà 93 000, le camp de Kalma a pu bénéficier de nouvelles latrines, d'un système d'aqueduc performant et de plusieurs biens de première nécessité grâce à Oxfam. Mais si les choses ne s'améliorent pas bien vite, tous ces efforts pourraient bien s'avérer vains.
«L'insécurité alimentaire au Darfour est plus que préoccupante. Les réserves d'eau sont rares, l'hygiène difficile. Au camp de Kalma, les ressources seront à sec dès avril prochain. Que ferons-nous alors de tous ces gens?», s'est interrogée Mme Valiquette. La situation est d'autant plus alarmante que les épidémies de choléra et de typhoïde menacent à tout moment d'éclater avec la surpopulation grandissante des camps.
Toutes ces tensions n'épargnent pas les grandes villes, qui doivent aussi faire leur part, qu'elles en aient les moyens ou non. Kaas, par exemple, a vu sa communauté doubler en moins d'un an. Ses 30 000 habitants ont en effet peu à peu accueilli 43 000 déplacés, qui s'entassent aujourd'hui jusque dans les écoles de la ville, ce qui crée un fort sentiment d'injustice.
Au bout du rouleau, le peuple du Darfour est en train d'entrer dans une spirale dangereuse qui pourrait bien s'avérer très complexe à dénouer. «Chaque famille a perdu un, deux, trois membres depuis le début de la crise, explique Lina Holguin. Un fort sentiment de vengeance plane, la colère est grande et c'est très inquiétant.»
Impuissantes devant autant de petites bombes qui menacent d'exploser à tout moment, les deux femmes ont pressé hier les Québécois de faire leur part comme ils l'ont si bien fait pour Haïti après le passage de l'ouragan Jeanne. Mais le projet risque d'être plus ardu, les crises issues de conflits internes étant moins sympathiques aux yeux du public que celles nées de catastrophes naturelles.
«Plusieurs causes expliquent l'indifférence des Québécois, d'abord la distance, le fait que la communauté soudanaise au Canada soit très petite et que le Soudan est un pays musulman, où Ben Laden a d'ailleurs séjourné. Les gens mettent un peu tout ça dans le même panier et hésitent à agir», croit Mme Valiquette.
L'exemple pourrait bien venir en premier d'Ottawa, alors que le premier ministre Paul Martin annonçait hier son intention de se rendre au Soudan ce mois-ci pour presser le gouvernement de faire cesser les violences ethniques et religieuses dans le Darfour. Oxfam-Québec, qui a vu d'un très bon oeil la visite prochaine du premier ministre Martin dans la province, espère bien que ce mouvement fera boule de neige.
Pour faire un don, composez le 1 (877) 937-1614.
Navrant, le constat tracé par l'organisme québécois fait état d'une rare insécurité dans cette région de l'Afrique. «La violence s'est insinuée partout sur le terrain, portée à la fois par les forces gouvernementales, les milices rebelles et les brigands d'occasion, qui profitent impunément de l'absence d'un État de droit au Soudan pour faire régner la terreur», a raconté avec émotion Danielle Valiquette, directrice du programme Oxfam-Québec dans la région de la Corne de l'Afrique.
Depuis la prise des armes en 2003 par les rebelles ouvertement en guerre contre le gouvernement de Khartoum, l'insécurité a fait plus de 1,6 million de déplacés dans la province. Ceux-ci ont pour la plupart trouvé refuge dans des camps qui menacent aujourd'hui d'exploser, tant ils sont surpeuplés. La soif, la faim, la promiscuité et le manque d'hygiène sont le lot quotidien de ces réfugiés, en majorité des femmes et des enfants dans le plus grand besoin.
Mais les réfugiés des camps n'en sont pas pour autant à l'abri des foudres de l'un ou l'autre des belligérants, comme en témoignait hier la prise de plusieurs camps de réfugiés du Darfour-Ouest par l'armée et la police soudanaises. Selon les Nations unies, celles-ci auraient même poussé l'audace jusqu'à interdire l'accès à ces camps aux organisations humanitaires.
L'information n'a nullement surpris Danielle Valiquette, qui a pris la pleine mesure de la tension qui règne dans la région lors de son bref séjour dans les environs de Kaas, au sud du Darfour. «On revient avec un sentiment de désespoir très fort. C'est comme mettre un pansement sur une hémorragie. Il faut que la communauté internationale sorte de sa torpeur et de son indifférence», a-t-elle dit.
Trop souvent, ce sont les femmes qui font encore les frais de toute cette insécurité. Plusieurs sont battues, enlevées et violées avec une rare violence. «Généralement, les femmes sont violées par plusieurs hommes à la fois. On leur coud ensuite les grandes lèvres afin que les semences ne coulent pas et qu'elles tombent bien enceintes», a raconté Mme Valiquette, qui s'indigne du sort de ces femmes qui sont souvent rejetées par leur famille après un tel viol.
Accompagnée par l'agente de plaidoyer Lina Holguin, Mme Valiquette a notamment visité le camp de Kalma et la ville de Kaas. «Kalma est né de façon spontanée. Les gens venus principalement du sud et du nord du Darfour y ont trouvé refuge après avoir marché 15, 50, 100 kilomètres. Ils y ont construit leur campement pour échapper à la violence des campagnes», explique Mme Valiquette.
Des centaines de petits abris s'entassent les uns sur les autres dans ce camp, où défilent des toits de plastique bleus, blancs, des bouts de bois, de la paille, du jute et d'autres matériaux hétéroclites trouvés sur place. Prévu pour 25 000 personnes mais en accueillant déjà 93 000, le camp de Kalma a pu bénéficier de nouvelles latrines, d'un système d'aqueduc performant et de plusieurs biens de première nécessité grâce à Oxfam. Mais si les choses ne s'améliorent pas bien vite, tous ces efforts pourraient bien s'avérer vains.
«L'insécurité alimentaire au Darfour est plus que préoccupante. Les réserves d'eau sont rares, l'hygiène difficile. Au camp de Kalma, les ressources seront à sec dès avril prochain. Que ferons-nous alors de tous ces gens?», s'est interrogée Mme Valiquette. La situation est d'autant plus alarmante que les épidémies de choléra et de typhoïde menacent à tout moment d'éclater avec la surpopulation grandissante des camps.
Toutes ces tensions n'épargnent pas les grandes villes, qui doivent aussi faire leur part, qu'elles en aient les moyens ou non. Kaas, par exemple, a vu sa communauté doubler en moins d'un an. Ses 30 000 habitants ont en effet peu à peu accueilli 43 000 déplacés, qui s'entassent aujourd'hui jusque dans les écoles de la ville, ce qui crée un fort sentiment d'injustice.
Au bout du rouleau, le peuple du Darfour est en train d'entrer dans une spirale dangereuse qui pourrait bien s'avérer très complexe à dénouer. «Chaque famille a perdu un, deux, trois membres depuis le début de la crise, explique Lina Holguin. Un fort sentiment de vengeance plane, la colère est grande et c'est très inquiétant.»
Impuissantes devant autant de petites bombes qui menacent d'exploser à tout moment, les deux femmes ont pressé hier les Québécois de faire leur part comme ils l'ont si bien fait pour Haïti après le passage de l'ouragan Jeanne. Mais le projet risque d'être plus ardu, les crises issues de conflits internes étant moins sympathiques aux yeux du public que celles nées de catastrophes naturelles.
«Plusieurs causes expliquent l'indifférence des Québécois, d'abord la distance, le fait que la communauté soudanaise au Canada soit très petite et que le Soudan est un pays musulman, où Ben Laden a d'ailleurs séjourné. Les gens mettent un peu tout ça dans le même panier et hésitent à agir», croit Mme Valiquette.
L'exemple pourrait bien venir en premier d'Ottawa, alors que le premier ministre Paul Martin annonçait hier son intention de se rendre au Soudan ce mois-ci pour presser le gouvernement de faire cesser les violences ethniques et religieuses dans le Darfour. Oxfam-Québec, qui a vu d'un très bon oeil la visite prochaine du premier ministre Martin dans la province, espère bien que ce mouvement fera boule de neige.
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