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Le sort de Sharon se joue à la Knesset

Le Parlement israélien vote sur le plan de retrait de Gaza

Une famille de colons israéliens attendant l’autobus, hier à Gaza.
Photo : Agence Reuters
Une famille de colons israéliens attendant l’autobus, hier à Gaza.
Le cabinet israélien a adopté hier un projet de loi d'indemnisation des colons appelés à être évacués de la bande de Gaza où trois Palestiniens, deux membres d'un service de sécurité et un civil, ont été tués. Ce vote et ces incidents se sont produits à quelques heures de l'ouverture d'un débat crucial du parlement israélien qui doit discuter du plan de retrait de la bande de Gaza du premier ministre Ariel Sharon.

Jérusalem — L'heure de vérité approche pour Ariel Sharon. Hier, le gouvernement israélien a donné son feu vert à la loi sur l'application de son plan controversé de désengagement de la Bande de Gaza. Ce premier vote ouvre la voie à celui de la Knesset, demain, scrutin considéré comme l'un des plus importants de la longue carrière politique de Sharon.

Ce projet, adopté par le gouvernement à 13 voix contre six (dont quatre Likoud), porte sur le plan d'indemnisation pour les colons quittant leurs maisons, assorti de pénalités pour ceux qui résisteraient. Il prévoit aussi que le premier ministre puisse émettre les ordres, avec l'accord du gouvernement, en vue de l'évacuation, qu'il compte mener l'été prochain.

«Cette loi facilitera au maximum la vie des colons évacués», a déclaré Ariel Sharon au début de la réunion. «Je suis sûr que même ceux qui sont opposés au retrait ne veulent pas leur rendre la vie difficile», a-t-il ajouté, matois.

Le premier ministre doit désormais décrocher l'approbation de la Knesset, dès demain avec un premier vote sur le plan de retrait, qui sera suivi de deux autres. Et, d'ici l'évacuation, son fragile et minoritaire gouvernement peut encore tomber, sur le budget 2005 par exemple. Le projet de désengagement de Gaza et de quatre petites implantations isolées de Cisjordanie a créé la zizanie au gouvernement. Sharon affirme qu'il renforcera la sécurité de l'État hébreu, après quatre ans de violences. Les colons et leurs alliés l'accusent d'avoir cédé face à la violence palestinienne et trahi leur cause, dont il fut l'un des plus fervents défenseurs. Ils craignent que ce plan soit le prélude à un retrait plus vaste de Cisjordanie, touchant son «coeur biblique». es mois de querelles, pressions, menaces et subterfuges, Ariel Sharon espère qu'un large vote de la Knesset lui offrira la légitimité qui lui manque pour l'instant.



Tournant capital

Ce vote s'annonce aussi comme un tournant capital dans l'histoire de l'État hébreu, qui inverserait la tendance après 35 années de colonisation à Gaza et en Cisjordanie.

Sharon a été qualifié de dictateur par ses opposants «faucons», pour avoir traité par le mépris le «non» retentissant du Likoud à son projet. Désormais, seule une vaste majorité parlementaire pourrait faire taire les critiques et les appels pressants à un référendum national sur la question. La bataille a gagné la rue. À Tel Aviv, un panneau géant rappelle que 203 Israéliens ont été tués à Gaza depuis l'occupation du territoire en 1967. «Quittez la Bande de la Mort maintenant», proclame-t-il. Un groupe citoyen prévoit une grande manifestation à Jérusalem à la veille du vote. Objectif: montrer aux députés que la majorité du pays est pour le retrait.

Les colons se mobilisent quant à eux par milliers pour «assiéger» la Knesset demain, autour du slogan: «Sharon déchire la nation». Députés et premier ministre bénéficient d'une protection renforcée, de crainte d'actes de violence des extrémistes. Pour l'éditorialiste Sima Kadmon, du quotidien Yediot Ahronot, il est «impossible d'exagérer la signification et le drame» du vote: «mardi [demain] la Knesset déclarera le début de la fin de l'occupation israélienne». Uzi Landau, ministre et ennemi juré de Sharon, l'accuse de n'avoir «rien à faire du grand fossé qu'il va creuser au sein de la société israélienne». Une fracture où certains voient le risque d'une guerre civile. À gauche, on soutient le retrait, tout en craignant qu'une fois les 8000 colons partis, Israël s'arrête là. Et n'assortisse ce repli-symbole d'une annexion déguisée du reste de la Cisjordanie. Car Sharon lui-même l'a dit: le départ de Gaza permettra de consolider l'emprise d'Israël sur la plupart des implantations cisjordaniennes.

«Si ce n'est que Gaza, cela pourrait être une catastrophe», soupire Yossi Beilin, chef de file des «colombes», patron du parti Yahad et l'un des soutiens méfiants au plan Sharon. «Dès le lendemain du retrait, nous nous battrons pour être sûrs que "Gaza d'abord" ne deviendra pas "Gaza seulement".»

Pour demain, Sharon compte sur plus de 65 des 120 députés, dont 21 travaillistes et six élus Yahad. Sur les 40 «Likoudniks», seuls 22 comptent voter «oui», reflet de la scission du parti. Sharon cherche aussi à décrocher l'abstention des ultra-orthodoxes: mais le rabbin Ovadia Yosef, tout-puissant chef spirituel du Shas, a appelé samedi ses 11 ouailles de la Knesset à voter contre. Ne restent donc plus que les cinq élus de Judaïsme unifié de la Torah à être susceptibles d'apporter un semblant de caution religieuse à Sharon.

Car le scrutin de demain est avant tout un symbole: si Sharon gagne, ce sera la première fois que le parlement israélien votera un démantèlement de colonies, un tournant dans ce débat qui paralysait tout depuis 1967. La fin d'un tabou.
 
 
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