La malédiction des familles de kamikazes palestiniens
Beït Jala (Cisjordanie) — Atta Youssef était encore sous le choc du décès de son fils, auteur d'un attentat suicide, lorsque des véhicules blindés israéliens et des jeeps se sont arrêtés devant sa maison de Beït Jala.
Les soldats ont donné à Youssef, et à sa famille, 20 minutes en tout et pour tout pour faire ses bagages. Puis des sapeurs de l'armée ont dynamité la maison que cet enseignant palestinien avait fait construire avec l'argent économisé pendant 19 ans de labeur dans le Golfe.
«En un jour, j'ai perdu et mon fils et ma maison», raconte Youssef, interrogé par Reuters au milieu du bâtiment en ruines.
Devant le nombre croissant d'attentats suicide palestiniens — Israël a été la cible de 88 attaques de ce type en moins de deux ans — l'État hébreu a accentué sa politique de démolition de maisons appartenant aux familles de kamikazes. Le gouvernement israélien d'Ariel Sharon compte ainsi dissuader les candidats potentiels aux attentats suicide.
Depuis le début de la seconde intifada palestinienne, il y a deux ans, plus de 240 Israéliens ont été tués par des kamikazes. Israël affirme qu'il n'y a aucun moyen infaillible d'empêcher que de telles attaques ne se reproduisent, étant donné la détermination de leurs auteurs, que la mort n'effraie pas.
«Il s'agit de rechercher un moyen de dissuader les kamikazes ou au moins de modifier leur analyse des coûts et des bénéfices de telles opérations», explique Boaz Genor, un expert du contre-terrorisme. «Le message est le suivant: "Attention, parce que cela pourrait aussi coûter cher à votre famille".»
Vieille loi
Par le passé, Israël avait invoqué une loi sur l'état d'urgence datant du mandat britannique sur la Palestine — un texte vieux de 54 ans — qui prévoyait la destruction des maisons des familles de militants. Mais les opérations de ce type se sont multipliées récemment, le gouvernement ayant lui-même voté donné son feu vert à la répression des familles de militants, au moyen d'expulsions de Cisjordanie vers la bande de Gaza, ou de démolitions.
Au cours des quatre derniers jours, au moins onze maisons abritant des familles de militants ont été rasées ou dynamitées.
De nombreux Israéliens ainsi que des analystes palestiniens sont sceptiques quant à la pertinence de cette politique, qui selon eux ne fera qu'alimenter la haine anti-israélienne dans les territoires et susciter d'autres vocations pour les attentats suicide.
«Je ne crois pas que cela aura un effet dissuasif. Cela va renforcer au contraire la haine qu'éprouvent les Palestiniens», estime le politologue palestinien Ali al-Djabaoui.
Des responsables israéliens de la sécurité ont fait savoir que la menace de démolition de maisons avait déjà dissuadé des kamikazes potentiels au cours de la seconde intifada.
Le journal israélien Ha'aretz citait la semaine dernière un responsable de la sécurité selon lequel une femme kamikaze s'était rendue aux autorités israéliennes parce qu'elle ne voulait pas que la maison de sa famille soit détruite. Il rapportait également qu'un père avait, pour les mêmes raisons, dénoncé son fils qui s'apprêtait à perpétuer un attentat suicide.
Les groupes militants palestiniens, et tout particulièrement le Hamas, qui dispose d'importantes ressources financières, reconstruisent souvent les maisons détruites et les remplacent à l'occasion par des bâtiments bien plus avenants que ceux que Tsahal a réduits en ruines.Yoni Fighel, ancien gouverneur israélien de Ramallah, en Cisjordanie, affirme que les démolitions de maisons s'étaient révélées inefficaces lors de la première intifada, il y a plus de dix ans.
«Les démolitions de maisons n'ont pas entamé la motivation ou le recrutement des organisations terroristes. Ce type de punition était inefficace», dit-il.
Djabaoui explique pour sa part que les groupes militants pourraient trouver des moyens de contourner le problème.
Ils peuvent notamment maintenir secrète l'identité des kamikazes, comme l'a fait le Hamas après l'attentat suicide qui a visé dimanche un bus dans le nord d'Israël, faisant neuf morts en dehors du Palestinien. Mais il est également possible de perpétrer des attentats à la bombe classiques, sans qu'un militant n'ait besoin d'y laisser sa vie, comme cela a été le cas la semaine dernière dans la cafétéria de l'Université hébraïque de Jérusalem-Est (sept morts).
À Beït Jala, la famille de Youssef vit à présent sous une tente plantée sur les ruines de sa maison. Il est peu probable que les groupes militants lui en offrent une nouvelle, étant donné que son fils, Hachem, n'a tué personne d'autre que lui en actionnant, la semaine dernière, ses explosifs dans un magasin de sandwiches de Jérusalem.
Selon des gens du voisinage, la famille Youssef n'entretient aucun lien avec des organisations terroristes.
Les soldats ont donné à Youssef, et à sa famille, 20 minutes en tout et pour tout pour faire ses bagages. Puis des sapeurs de l'armée ont dynamité la maison que cet enseignant palestinien avait fait construire avec l'argent économisé pendant 19 ans de labeur dans le Golfe.
«En un jour, j'ai perdu et mon fils et ma maison», raconte Youssef, interrogé par Reuters au milieu du bâtiment en ruines.
Devant le nombre croissant d'attentats suicide palestiniens — Israël a été la cible de 88 attaques de ce type en moins de deux ans — l'État hébreu a accentué sa politique de démolition de maisons appartenant aux familles de kamikazes. Le gouvernement israélien d'Ariel Sharon compte ainsi dissuader les candidats potentiels aux attentats suicide.
Depuis le début de la seconde intifada palestinienne, il y a deux ans, plus de 240 Israéliens ont été tués par des kamikazes. Israël affirme qu'il n'y a aucun moyen infaillible d'empêcher que de telles attaques ne se reproduisent, étant donné la détermination de leurs auteurs, que la mort n'effraie pas.
«Il s'agit de rechercher un moyen de dissuader les kamikazes ou au moins de modifier leur analyse des coûts et des bénéfices de telles opérations», explique Boaz Genor, un expert du contre-terrorisme. «Le message est le suivant: "Attention, parce que cela pourrait aussi coûter cher à votre famille".»
Vieille loi
Par le passé, Israël avait invoqué une loi sur l'état d'urgence datant du mandat britannique sur la Palestine — un texte vieux de 54 ans — qui prévoyait la destruction des maisons des familles de militants. Mais les opérations de ce type se sont multipliées récemment, le gouvernement ayant lui-même voté donné son feu vert à la répression des familles de militants, au moyen d'expulsions de Cisjordanie vers la bande de Gaza, ou de démolitions.
Au cours des quatre derniers jours, au moins onze maisons abritant des familles de militants ont été rasées ou dynamitées.
De nombreux Israéliens ainsi que des analystes palestiniens sont sceptiques quant à la pertinence de cette politique, qui selon eux ne fera qu'alimenter la haine anti-israélienne dans les territoires et susciter d'autres vocations pour les attentats suicide.
«Je ne crois pas que cela aura un effet dissuasif. Cela va renforcer au contraire la haine qu'éprouvent les Palestiniens», estime le politologue palestinien Ali al-Djabaoui.
Des responsables israéliens de la sécurité ont fait savoir que la menace de démolition de maisons avait déjà dissuadé des kamikazes potentiels au cours de la seconde intifada.
Le journal israélien Ha'aretz citait la semaine dernière un responsable de la sécurité selon lequel une femme kamikaze s'était rendue aux autorités israéliennes parce qu'elle ne voulait pas que la maison de sa famille soit détruite. Il rapportait également qu'un père avait, pour les mêmes raisons, dénoncé son fils qui s'apprêtait à perpétuer un attentat suicide.
Les groupes militants palestiniens, et tout particulièrement le Hamas, qui dispose d'importantes ressources financières, reconstruisent souvent les maisons détruites et les remplacent à l'occasion par des bâtiments bien plus avenants que ceux que Tsahal a réduits en ruines.Yoni Fighel, ancien gouverneur israélien de Ramallah, en Cisjordanie, affirme que les démolitions de maisons s'étaient révélées inefficaces lors de la première intifada, il y a plus de dix ans.
«Les démolitions de maisons n'ont pas entamé la motivation ou le recrutement des organisations terroristes. Ce type de punition était inefficace», dit-il.
Djabaoui explique pour sa part que les groupes militants pourraient trouver des moyens de contourner le problème.
Ils peuvent notamment maintenir secrète l'identité des kamikazes, comme l'a fait le Hamas après l'attentat suicide qui a visé dimanche un bus dans le nord d'Israël, faisant neuf morts en dehors du Palestinien. Mais il est également possible de perpétrer des attentats à la bombe classiques, sans qu'un militant n'ait besoin d'y laisser sa vie, comme cela a été le cas la semaine dernière dans la cafétéria de l'Université hébraïque de Jérusalem-Est (sept morts).
À Beït Jala, la famille de Youssef vit à présent sous une tente plantée sur les ruines de sa maison. Il est peu probable que les groupes militants lui en offrent une nouvelle, étant donné que son fils, Hachem, n'a tué personne d'autre que lui en actionnant, la semaine dernière, ses explosifs dans un magasin de sandwiches de Jérusalem.
Selon des gens du voisinage, la famille Youssef n'entretient aucun lien avec des organisations terroristes.
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