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Kerry attaque, Bush tient bon

L'insulte en moins, les deux adversaires réitèrent leurs accusations réciproques

Un débat musclé mais empreint de civilité.
Photo : Agence Reuters
Un débat musclé mais empreint de civilité.
Les dizaines de millions d'Américains et d'autres citoyens du monde qui ont assisté hier soir au débat Bush-Kerry ont entendu jusqu'à plus soif les deux adversaires se lancer, l'insulte en moins, les mêmes accusations réciproques que les deux camps s'échangent depuis le début de la campagne .

Le président a fait «une erreur colossale» en lançant précipitamment une guerre contre Saddam Hussein au lieu de finir le travail avec Oussama Ben Laden, a martelé d'entrée de jeu le candidat démocrate John Kerry, à qui le président républicain a reproché à de nombreuses reprises d'envoyer des «messages contradictoires» quant à la volonté des États-Unis de triompher en Irak.

En réponse à la question de savoir quel candidat serait le plus à même d'empêcher une nouvelle attaque terroriste de l'ampleur de celle du 11 septembre 2001, le sénateur démocrate du Massachusetts a reproché à son adversaire d'avoir laissé filer Oussama Ben Laden dans les montagnes de Tora Bora (Afghanistan) à la fin de 2001 en «sous-contractant» les opérations militaires à des chefs de tribus locaux . «Nous n'avons pas su utiliser les forces américaines, les mieux entraînées au monde pour le tuer», a-t-il dénoncé.

Bien que les questions posées par le journaliste Jim Lehrer aient porté sur une large palette d'enjeux de politique étrangère — dont la Corée du Nord, l'Iran et même la Russie et le Soudan —, le débat a eu tendance à vite se recentrer sur la question irakienne. Ainsi, George W. Bush a dit, concernant sa politique de lutte contre le terrorisme: «Les gens savent quelle est ma position. Notre pays a le devoir de détruire l'idéologie de haine. Mais la façon de le faire n'est pas d'hésiter, c'est de demeurer fort et de rester sur l'offensive et de promouvoir la liberté.»

Ce à quoi John Kerry a répondu qu'«on peut être fort tout en étant intelligent», notamment en ne détournant pas la guerre contre le terrorisme (d'al-Qaïda) au profit de celle en Irak.

À ce sujet, M. Kerry a insisté, comme il l'a souvent fait dans le passé, sur l'absence de liens entre le régime de Saddam Hussein et al-Qaïda et sur l'inexistence des armes de destruction massive en Irak.

Accusant Bush de n'avoir pas joué le jeu du Conseil de sécurité de l'ONU et d'avoir trahi sa promesse de ne recourir à la guerre qu'en «dernier recours» , il a déploré que «90 % des pertes humaines et des coûts» de la guerre (pour la coalition anti-Saddam) aient été subis par les États-Unis.

Comme il probablement inévitable pour un président sortant, M. Bush a souvent paru sur la défensive.

Les attaques de son adversaire ont porté sur plusieurs fronts. Toujours sur l'Irak, le sénateur du Massachusetts a semblé marquer des points lorsqu'il a insisté sur l'absence «de plan pour gagner la paix» au moment de déclencher la guerre. Il a insisté sur l'isolement dans lequel se trouvent aujourd'hui les États-Unis. Il a également déploré le mauvais équipement dont doivent selon lui se contenter les soldats sur le front.

À ces critiques multiples, le président sortant a répondu à satiété que les tergiversations de son adversaire ne sont pas de nature à susciter les alliances internationales que celui-ci appelle de ses voeux. Disposant des mêmes informations venant des services de renseignements, M. Kerry avait voté au Congrès la loi autorisant le président à recourir à la force contre l'Irak, a-t-il rappelé à plusieurs occasions. Depuis ce temps, pourtant, le sénateur Kerry prétend que les États-Unis livrent «la mauvaise guerre, au mauvais endroit et au mauvais moment», a déploré M. Bush.

John Kerry a également reproché à son adversaire républicain d'avoir peu fait peu «sécuriser» les matières radioactives présentes dans l'ex-Union soviétique afin de les empêcher de tomber entre les mains de groupes terroristes.

Il a également reproché à M. Bush de dépenser plus d'argent pour former les policiers et les pompiers irakiens que pour favoriser l'embauche de nouveaux agents ou sécuriser les infrastructures aux États-Unis. De son côté, le président sortant a vanté les mérites du Patriot Act, tout en signalant qu'il a triplé le budget de la sécurité intérieure depuis l'automne 2001.

Sur la Corée du Nord, le candidat démocrate se dit convaincu que la rupture du dialogue bilatéral a mené à la radicalisation du régime de Pyongyang, tandis que le président Bush estime que l'approche actuelle, impliquant tous les voisins de la Corée du Nord, est supérieure. Défendant sa politique en matière de non-prolifération, il a mentionné la nouvelle attitude pacifique de la Libye de Mouamar Kadhafi.
 
 
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