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Les deux Simona prennent enfin «un pont pour Rome»

29 septembre 2004  Actualités internationales
Simona Pari et Simona Toretta sont descendues hier soir à l’aéroport Ciampino de Rome.
Photo : Agence Reuters
Simona Pari et Simona Toretta sont descendues hier soir à l’aéroport Ciampino de Rome.
Bagdad — La rumeur courait à Bagdad depuis plusieurs jours, aussi précise qu'invérifiable, d'une libération imminente des deux volontaires italiennes enlevées à Bagdad le 7 septembre. En début de soirée hier, Simona Torretta et Simona Pari ont été remises discrètement à leur ambassade.

Deux travailleurs humanitaires irakiens, qui avaient été kidnappés en même temps qu'elles dans la villa de l'organisation «Un pont pour Bagdad», ont également été relâchés. Sans attendre, l'Italie a affrété un avion pour évacuer ses ressortissantes, qui sont arrivées à Rome dans la nuit. Les ravisseurs se sont montrés d'une étonnante discrétion. Pas un communiqué, pas une revendication. En fait, personne ne sait vraiment quel est ce groupe armé qui avait été capable d'agir en plein jour, avec une audace inouïe et des renseignements d'une extrême précision, dans le centre de la capitale irakienne.

Sur Internet, un site islamiste avait bien publié, au début de l'affaire, un texte d'ultimatum exigeant la libération de toutes les prisonnières irakiennes détenues dans les prisons de la coalition.

Organisation inconnue

Exigence signée par une organisation inconnue, Ansar al-Zawahiri, les partisans du lieutenant égyptien d'Oussama ben Laden. Aucun mouvement au sein de la résistance irakienne ne semblait connaître un tel groupe. À la veille du week-end, un second site annonçait la mort des otages. Mais aucun dirigeant italien ne semblait lui accorder le moindre crédit. Bien au contraire, depuis vendredi, plusieurs déclarations rassurantes affirmaient que les deux Simona étaient toujours en vie et laissaient entendre que des négociations avaient été engagées en vue de leur libération. Des émissaires très habitués à négocier le sort des étrangers enlevés en Irak affirmaient à un journal koweïtien que des tractations avaient abouti au versement d'une forte rançon. Dans une entrevue accordée à La Repubblica, Ali al-Roz, le directeur d'Al-Rai al-Aam, assurait que les ravisseurs traitaient leurs otages «avec égards», leur donnant à boire de l'eau minérale «dans un pays où l'eau est si précieuse».

«L'information dont je dispose en ce moment est que les deux jeunes femmes sont vivantes», a ensuite déclaré le roi Abdallah de Jordanie dans une entrevue publiée lundi par le Corriere della Sera. «Tout ce que nous pourrons faire pour les deux femmes sera fait. J'espère et je prie pour avoir de bonnes nouvelles d'ici mardi. Ce serait merveilleux.» À l'évidence, le monarque hachémite savait de quoi il parlait. Les Jordaniens ont d'ailleurs obtenu de nombreuses libérations de travailleurs enlevés en Irak, souvent des chauffeurs routiers employés par des sociétés arabes et sous contrat pour les grandes entreprises américaines qui se partagent les juteux contrats de reconstruction du pays.

Des marchandages par le biais d'intermédiaires douteux car une bonne part des kidnapping sont l'oeuvre de bandes mafieuses dont le seul but est l'argent. Certaines s'affublent parfois d'un nom farfelu, aux accents islamiques, afin de tromper les services de police ou pour justifier leurs larcins. Mais d'autres ne prennent même pas cette peine dès lors que leurs otages sont des ouvriers arabes, pakistanais ou népalais, dont la coalition se soucie fort peu.

Dans le cas des deux otages italiennes, les soupçons se sont rapidement portés sur une bande d'anciens agents des services spéciaux, sans lien direct avec la résistance. Leur mode opératoire a surpris jusqu'aux groupes armés clandestins. Le commando qui a pris d'assaut la villa de l'organisation humanitaire semblait avoir parfaitement préparé son coup. Deux hommes aux costumes impeccables ont présenté au gardien des papiers les identifiant comme des officiers attachés au bureau du premier ministre irakien alors que le reste du commando attendait, dans trois véhicules, en uniformes de la Garde nationale. Une sophistication que n'ont jamais montrée les criminels. Des éléments, dans la rébellion, auraient peut-être pu monter une telle opération, mais on comprend alors mal pourquoi ils ne l'auraient pas exploitée politiquement. L'Armée islamique en Irak, le mouvement qui détient toujours les correspondants français Georges Malbrunot et Christian Chesnot, n'avait pas hésité à exécuter le journaliste italien Enzo Baldoni.

L'Italie soupire de soulagement

L'Italie a accueilli hier avec un énorme soupir de soulagement et un élan de joie la libération et le retour au pays des deux otages italiennes, dont le sort avait plongé le pays dans l'angoisse pendant trois semaines.

Le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, est monté avec les familles des deux jeunes femmes à bord de l'appareil de l'aviation militaire italienne qui a ramené celles-ci en Italie, en compagnie du chef de la Croix rouge italienne, Maurizio Scelli.

«Nous allons bien», ont lancé à la presse les deux Simona avant d'abandonner le tarmac de l'aéroport militaire de Rome-Ciampino pour être conduites au parquet de Rome où elles devaient être entendues par des magistrats en charge de l'enquête sur leur enlèvement.

De nombreuses personnalités se sont rendues à l'aéroport pour accueillir les deux volontaires italiennes.

Plus tôt dans la journée, M. Berlusconi avait convoqué une conférence de presse improvisée pour confirmer la nouvelle donnée quelques instants plus tôt par la chaîne al-Jazira, affirmant que «c'est un moment de grande joie».

M. Berlusconi n'a pas précisé dans quelles conditions les deux Italiennes et leurs collègues irakiens ont été libérés.

Le ministre de la Défense, Antonio Martino, a simplement affirmé que le rôle des services de renseignement militaires (SISMI) avait été «décisif», mais Ali Al Roz, le directeur du journal koweïtien Al Rai al-Aam, a réaffirmé qu'une rançon d'un million de dollars avait été payée pour la libération des deux Simona.

L'Italie, avec environ 3000 soldats déployés dans le pays, fait partie de la coalition placée sous le commandement des États-Unis en Irak et elle a refusé à plusieurs reprises de retirer son contingent, en dépit des menaces de preneurs d'otages.

Témoignant de l'importance qu'ont prise les jeunes femmes dans le coeur de leurs concitoyens, les réactions enthousiastes se sont multipliées dans tout le pays et le pape Jean Paul II a lui aussi fait savoir, par son porte-parole, que la libération des deux Simona le remplissait de joie.

Le soulagement dans la péninsule a été d'autant plus grand que l'enlèvement des jeunes femmes a suivi l'exécution, le 26 août, du journaliste italien Enzo Baldoni.

En exprimant sa joie, le chef de l'État, Carlo Azeglio Ciampi, a aussi eu une pensée pour les otages qui n'ont pas été libérés.
 
 
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