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Faux-semblant au Congo

L'accord de paix signé par la République démocratique du Congo et le Rwanda risque fort de sombrer dans l'échec. Pourquoi? Trop de pays ayant participé à la première guerre africaine ont été écartés des négociations menées sous l'égide de l'Afrique du Sud.

Il s'agit d'un conflit qui a duré quatre ans, qui a enflammé la région des Grands Lacs en son entier et qui a fait plus de deux millions de victimes. À trois reprises, des États africains ont essayé, avec le concours actif de l'ONU, d'imposer un cessez-le-feu. Rien n'y fit, tant les protagonistes étaient enclins à vouloir la ruine du plus riche des pays du continent. On a nommé: le Congo.

Toujours est-il qu'aujourd'hui, le Congolais Joseph Kabila et le Rwandais Paul Kagamé ont convenu d'un accord se résumant à un troc, et un seul. Les autorités congolaises s'engagent à désarmer les milices rassemblant les Hutus qui ont fui la justice du Rwanda. Celle-ci souhaite les traduire devant les tribunaux pour répondre du génocide commis en 1994. En échange de la neutralisation des milices, le Rwanda ordonnera un retrait de ses troupes qui occupent l'est du Congo depuis au moins trois ans. Le tout devrait être achevé d'ici 90 jours, un délai jugé largement insuffisant par les experts en questions militaires.

En effet, plus d'une voix s'est élevée pour souligner que le calendrier fixé sera impossible à respecter. Parmi les raisons invoquées, on rappelle fréquemment que le Congo, c'est l'Europe de l'Ouest sans les routes. En clair, entre la superficie du pays et l'absence totale d'infrastructures, les 25 000 miliciens hutus que recherchent le Rwanda peuvent aisément se camoufler et continuer à faire le coup de feu contre les uns et les autres.

Cela étant, s'il faut évidemment espérer la réussite de cet accord, on se doit de souligner dans la foulée que l'absence des pays qui ont fait de ce conflit la première guerre africaine, par analogie à la Première Guerre mondiale, laisse entrevoir un échec. Comment et pourquoi l'Angola, l'Ouganda, le Zimbabwe, le Burundi, la Namibie et le Tchad cesseraient-ils de dépecer un pays qui est l'objet de convoitises d'autant plus fermes que son sous-sol regorge de richesses?

Que ces nations n'aient pas été directement impliquées dans les négociations est tout simplement un faux pas. Parmi les nations mentionnées, on pense surtout à l'Angola, au Zimbabwe et à l'Ouganda. Dans le cas de l'Angola, son intérêt est double. En soutenant le régime de Kabila, l'Angola s'assure que c'est son pétrole et seulement le sien qui est vendu aux Congolais, en plus d'avoir la possibilité de poursuivre les bandes armées de l'UNITA qui se sont réfugiées au Congo. Autre allié imposant du Congo, le Zimbabwe a toujours monnayé sa présence militaire contre l'exploitation du diamant de Kasai et des mines du Katanga.

Dans le camp adverse, aux côtés du Rwanda, on retrouvait l'Ouganda et le Burundi. En ce qui a trait au Rwanda, il est bon de rappeler qu'outre sa volonté d'emprisonner des centaines des 25 000 miliciens hutus pour cause de génocide, ce pays a mis à profit le conflit qui perdure depuis 1998 en occupant et en exploitant tout l'est du Congo. Et l'Ouganda? Un jour, il est allié du Rwanda; un autre jour, il est son adversaire. La raison de cette volte-face incessante se résume une fois encore aux gains économiques, aux gains de la guerre. Ce pays a toujours voulu, sans le dire ouvertement, qu'un partage de l'est du Congo soit réalisé entre lui et le Rwanda.

Pour ajouter à la complexité du dossier, il faut également souligner que le régime de Kabila demeure vacillant. Grâce à l'aide militaire de l'Ouganda, les dirigeants du Mouvement de libération du Congo, fondé par les proches de l'ex-dictateur Mobutu Sesse Seko, sont parvenus à maîtriser un territoire de 800 000 km2, soit le... tiers du Congo! Comment et pourquoi les patrons de l'ex-Zaïre accepteraient-ils d'abandonner le contrôle d'une région, eux qui rêvent de renverser un régime qui les a... renversés?

Il est difficile de s'expliquer comment il se fait que l'on n'ait pas retenu les leçons des accords antérieurs. Si ceux de Lusaka et d'Alger ont échoué, c'est justement parce que, chaque fois, les organisateurs de ces sommets avaient omis d'inviter certains protagonistes autour de la table.

Il y a fort à parier que l'entente annoncée ces jours-ci s'achève comme les précédentes: dans un cul-de-sac!
 
 
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