Le bouclier sera-t-il aussi canadien ?
Ottawa devra décider bientôt
Le décompte est commencé. Dans 26 jours, les États-Unis activeront la première phase de leur bouclier antimissile. Par ricochet, ce sera le premier dilemme de la rentrée parlementaire à Ottawa. Car le temps presse pour le Canada, qui doit décider s'il rejoint les Américains dans ce controversé système de défense. Avec toutes les conséquences que ça comporte.
Ottawa — À Fort Greely, en Alaska, l'installation du premier intercepteur de missiles intercontinentaux a été achevée le 22 juillet dernier, envoyant un signal sans équivoque que la course contre la montre venait de débuter. Car les États-Unis n'ont pas dévié de leur trajectoire, prévoyant la mise en service de la première phase de leur bouclier antimissile le 30 septembre prochain. Et, à moins d'un revirement de situation, les Américains atteindront leur objectif.
D'ailleurs, le déploiement s'accélère: cinq autres engins destructeurs s'ajouteront à l'intercepteur situé en Alaska au cours des prochains jours, pour un total de six installés dans cet État américain limitrophe du Canada. Quatre intercepteurs prendront également place sur la base aérienne de Vanderberg, en Californie, d'ici la fin du mois.
Les États-Unis commencent par un déploiement dans la région côtière de l'Ouest parce qu'ils estiment que la plus forte menace provient de la Corée du Nord, pays qui fait partie de «l'Axe du mal» de George W. Bush. Mais ce n'est que le début. En 2005, 34 autres intercepteurs verront le jour à différents endroits, entamant du même coup le déploiement d'un bouclier de grande envergure (voir autre texte).
C'est avec ce calendrier très chargé que le Canada doit composer pour rendre sa décision sur sa participation ou non au projet de son voisin du sud. Et le géant américain commence d'ailleurs à s'impatienter. Ainsi, le 30 juin dernier, l'ambassadeur des États-Unis à Ottawa, Paul Cellucci, a envoyé un message clair. «Le gouvernement canadien doit prendre une décision et aller de l'avant, a-t-il dit en réagissant à l'élection d'un gouvernement minoritaire. Nous espérons que le Canada prendra une décision favorable. Et, comme vous le savez, nous voulons commencer la mise en service cet automne. C'est clair que le temps presse.»
Le gouvernement canadien a réagi en permettant l'apport de modifications à l'accord sur le Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD) afin que l'organisme dirigé par les deux pays puisse contribuer au fonctionnement du bouclier. Le NORAD pourra donc dorénavant fournir des renseignements au futur organisme qui dirigera le système de défense.
Le gouvernement canadien a justifié sa décision, vue par plusieurs comme un pas de plus vers une participation complète, en disant que le NORAD aurait «perdu toute utilité» sans cette modification, puisque les États-Unis auraient créé leur propre commandement. «L'amendement au NORAD était surtout un geste politique pour faire retomber un peu de pression, pour faire patienter les Américains, explique Sébastien Barthe, spécialiste du bouclier antimissile à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l'UQAM. Mais en bout de piste, on peut s'attendre à ce que le Canada penche en sa faveur.»
Les liens sur le plan militaire sont effectivement très étroits entre les deux pays depuis un an. En plus de la modification au NORAD, l'ancien ministre de la Défense du Canada, David Pratt, a échangé des lettres avec son homologue américain, Donald Rumsfeld, dans lesquelles il explique que le gouvernement étudie comment il pourrait participer au projet.
En plus, des militaires canadiens se sont entraînés cette année aux côtés des soldats américains pour comprendre le fonctionnement du bouclier. Selon des sources militaires américaines, les soldats canadiens auraient tout appris «sauf comment peser sur le bouton de mise à feu». Des sources gouvernementales des deux côtés de la frontière ont aussi affirmé à la Presse canadienne que la participation du Canada était «presque certaine».
Les conséquences d'un oui
«Indirectement, même si on ne va pas plus loin que la modification au NORAD, on participe déjà au projet, soutient Philippe Lagassé, chercheur associé à l'Institut de recherche en politiques publiques (IRPP) et analyste de défense. Avec le nouveau NORAD, on va aider les Américains à détecter les missiles et transmettre cette information au futur commandement du bouclier. Même si on ne décide pas où on va intercepter le missile, on est déjà dans la chaîne de commandement.»
À la Chambre des communes, le gouvernement minoritaire de Paul Martin devra faire attention et bien évaluer ses appuis s'il ne veut pas en rester là. Le NPD et le Bloc québécois sont farouchement opposés au projet et aucun compromis ne semble possible. Plusieurs députés libéraux, au moins une vingtaine, sont aussi en défaveur du bouclier et voteraient probablement contre la participation du Canada.
Les conservateurs, qui n'ont officiellement pas pris position depuis leur fusion, sont plutôt favorables, si on en croit le vote sans nuance de l'Alliance canadienne l'hiver dernier, lors d'une motion présentée en Chambre. Le PC représente donc le meilleur appui possible si le gouvernement veut aller de l'avant. Mais Paul Martin pourrait aussi décider ne pas faire voter les députés, puisque les questions internationales relèvent exclusivement du premier ministre. Sauf que, à la tête d'un gouvernement minoritaire, le pari serait risqué.
Avec un peu de concertation politique, le Canada pourrait donc s'associer sans trop de difficultés au système de défense antimissile. Est-ce qu'un tel acte constituerait un abandon de la souveraineté militaire du pays? Le ciel serait alors entre les mains d'un commandement binational? «C'est déjà le cas avec le NORAD, souligne Houchang Hassan-Yari, directeur du département de science politique et économique au Collège militaire royal du Canada, à Kingston. Au moins, là, le Canada aurait son mot à dire, même si les Américains vont en mener plus large.»
Pour Philippe Lagassé, le oui s'impose pour deux raisons... qui ne compensent pas nécessairement les mauvaises! «Ça vaut la peine si on veut que notre industrie militaire puisse accéder aux contrats de défense, dit-il. Ça vaut la peine également pour garder un certain contrôle sur notre ciel, même si, avec la modification au NORAD, on le garde en partie. Est-ce que ce sont des motivations suffisantes pour se joindre à un système qui ne marche toujours pas? Je ne suis pas sûr.»
En effet, le bouclier, qui coûte une fortune à mettre en place, ne fonctionnera pas lors de sa mise en oeuvre dans quelques semaines. «Certaines composantes fonctionnent, comme la détection, mais pas l'ensemble du système, explique au Devoir Victoria Samson, analyste principale au Center for Defense Information, basé à Washington. D'ailleurs, il manque encore des portions majeures qui n'ont pas été testées. Et une fois en place, je ne pense pas que ça va fonctionner, même dans le futur.»
Car le but principal du système n'est pas tant d'assurer la sécurité des Américains que de leur donner l'illusion de vivre dans un pays impossible à attaquer par des missiles à longue portée. Surtout que les élections présidentielles du 2 novembre approchent. «C'est pour ça qu'ils se dépêchent à mettre la phase un en place, George W. Bush veut s'en servir pour dire qu'il protège mieux les citoyens américains», confirme Philippe Lagassé.
La vision mondiale... et américaine.
L'opinion publique américaine tient à ce projet, selon Victoria Samson, peu importe son efficacité. «Oui, pour le peuple américain c'est important, même s'il ne comprend pas tout du projet, dit-elle. On demande aux gens: "Voulez-vous une protection contre les missiles?", c'est sûr qu'ils disent oui. Par contre, si on leur expliquait les coûts par rapport aux bénéfices, et l'efficacité du bouclier qui leur a coûté 10 milliards $US juste cette année, je ne suis pas sûr si la réponse serait la même.»
Et que ce soit George W. Bush ou John Kerry qui s'installe à la Maison-Blanche en novembre, rien ne changera. Depuis 1999, une loi du Congrès impose la mise en place du bouclier. «Il faut relativiser l'idée selon laquelle un gouvernement démocrate ferait volte-face, soutient Sébastien Barthe. Depuis l'annonce du projet en 1996, sous Clinton, c'est devenu un consensus à Washington. La loi a renforcé ce consensus. Kerry a donné des signes que sa position était moins ambitieuse, mais il n'est pas contre.»
À l'extérieur des États-Unis, la vision est complètement différente. Aucun pays n'est favorable à la mise en place du bouclier américain. Les grands pays militaires, comme la Russie et la Chine, se sont montrés irrités par le système. Le Bloc québécois et le NPD soulignent à grands traits ce constat, estimant que le Canada «ternirait son dossier international» en emboîtant le pas aux Américains.
«Ça dépend par qui on veut être bien vu ou mal vu, tempère Sébastien Barthe. La Grande-Bretagne ne serait pas outrée du tout, mais la France et l'Allemagne probablement plus. Mais il ne faut pas exagérer, chacun a ses obligations et un pays comme la France le comprend. Il n'y aurait pas de froid diplomatique avec un oui du Canada.»
L'enjeu n'est pas limité au Canada, mais s'étend bien à l'échelle de la planète, selon Houchang Hassan-Yari. «Le bouclier crée des tensions sur le plan international, car la plupart des pays y sont défavorables. Surtout que peu de pays peuvent se permettre de suivre les Américains, car ils n'ont pas assez d'argent à investir dans un projet militaire semblable.»
Cette insatisfaction n'est rien pour ébranler les États-Unis, trop obnubilés par leur sécurité depuis le 11 septembre 2001. N'empêche, le doigt est mis sur le bobo: la plupart des pays ne peuvent pas suivre le rythme et s'armer pour faire face au bouclier... mais les autres? Les États-Unis relancent-ils une course aux armements? Déjà, l'Inde et la Russie regardent attentivement le déploiement américain. Sans compter la Chine, qui ne cache pas que la course est bel et bien commencée.
«Ça ne relancera pas une course aux armements comme au temps de la guerre froide, alors que les États-Unis et la Russie s'affrontaient, mais c'est vrai qu'il y a quelques pays comme la Chine qui utilisent le bouclier antimissile comme prétexte pour faire grimper leur armement, soutient Victoria Samson. Pourtant, ces pays savent que le bouclier pourrait ne jamais fonctionner, mais pour leur politique intérieure, dans leur pays, ça les arrange d'avoir cette raison.»
Et le Canada est bien conscient de ce danger, puisqu'un groupe d'experts a récemment rédigé un document confidentiel à l'intention du ministère des Affaires étrangères, le prévenant que plusieurs pays utiliserait le bouclier «comme motivation à long terme» pour s'armer davantage. Reste à voir si ce ne sont que des paroles en l'air.
Le Devoir
Ottawa — À Fort Greely, en Alaska, l'installation du premier intercepteur de missiles intercontinentaux a été achevée le 22 juillet dernier, envoyant un signal sans équivoque que la course contre la montre venait de débuter. Car les États-Unis n'ont pas dévié de leur trajectoire, prévoyant la mise en service de la première phase de leur bouclier antimissile le 30 septembre prochain. Et, à moins d'un revirement de situation, les Américains atteindront leur objectif.
D'ailleurs, le déploiement s'accélère: cinq autres engins destructeurs s'ajouteront à l'intercepteur situé en Alaska au cours des prochains jours, pour un total de six installés dans cet État américain limitrophe du Canada. Quatre intercepteurs prendront également place sur la base aérienne de Vanderberg, en Californie, d'ici la fin du mois.
Les États-Unis commencent par un déploiement dans la région côtière de l'Ouest parce qu'ils estiment que la plus forte menace provient de la Corée du Nord, pays qui fait partie de «l'Axe du mal» de George W. Bush. Mais ce n'est que le début. En 2005, 34 autres intercepteurs verront le jour à différents endroits, entamant du même coup le déploiement d'un bouclier de grande envergure (voir autre texte).
C'est avec ce calendrier très chargé que le Canada doit composer pour rendre sa décision sur sa participation ou non au projet de son voisin du sud. Et le géant américain commence d'ailleurs à s'impatienter. Ainsi, le 30 juin dernier, l'ambassadeur des États-Unis à Ottawa, Paul Cellucci, a envoyé un message clair. «Le gouvernement canadien doit prendre une décision et aller de l'avant, a-t-il dit en réagissant à l'élection d'un gouvernement minoritaire. Nous espérons que le Canada prendra une décision favorable. Et, comme vous le savez, nous voulons commencer la mise en service cet automne. C'est clair que le temps presse.»
Le gouvernement canadien a réagi en permettant l'apport de modifications à l'accord sur le Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD) afin que l'organisme dirigé par les deux pays puisse contribuer au fonctionnement du bouclier. Le NORAD pourra donc dorénavant fournir des renseignements au futur organisme qui dirigera le système de défense.
Le gouvernement canadien a justifié sa décision, vue par plusieurs comme un pas de plus vers une participation complète, en disant que le NORAD aurait «perdu toute utilité» sans cette modification, puisque les États-Unis auraient créé leur propre commandement. «L'amendement au NORAD était surtout un geste politique pour faire retomber un peu de pression, pour faire patienter les Américains, explique Sébastien Barthe, spécialiste du bouclier antimissile à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l'UQAM. Mais en bout de piste, on peut s'attendre à ce que le Canada penche en sa faveur.»
Les liens sur le plan militaire sont effectivement très étroits entre les deux pays depuis un an. En plus de la modification au NORAD, l'ancien ministre de la Défense du Canada, David Pratt, a échangé des lettres avec son homologue américain, Donald Rumsfeld, dans lesquelles il explique que le gouvernement étudie comment il pourrait participer au projet.
En plus, des militaires canadiens se sont entraînés cette année aux côtés des soldats américains pour comprendre le fonctionnement du bouclier. Selon des sources militaires américaines, les soldats canadiens auraient tout appris «sauf comment peser sur le bouton de mise à feu». Des sources gouvernementales des deux côtés de la frontière ont aussi affirmé à la Presse canadienne que la participation du Canada était «presque certaine».
Les conséquences d'un oui
«Indirectement, même si on ne va pas plus loin que la modification au NORAD, on participe déjà au projet, soutient Philippe Lagassé, chercheur associé à l'Institut de recherche en politiques publiques (IRPP) et analyste de défense. Avec le nouveau NORAD, on va aider les Américains à détecter les missiles et transmettre cette information au futur commandement du bouclier. Même si on ne décide pas où on va intercepter le missile, on est déjà dans la chaîne de commandement.»
À la Chambre des communes, le gouvernement minoritaire de Paul Martin devra faire attention et bien évaluer ses appuis s'il ne veut pas en rester là. Le NPD et le Bloc québécois sont farouchement opposés au projet et aucun compromis ne semble possible. Plusieurs députés libéraux, au moins une vingtaine, sont aussi en défaveur du bouclier et voteraient probablement contre la participation du Canada.
Les conservateurs, qui n'ont officiellement pas pris position depuis leur fusion, sont plutôt favorables, si on en croit le vote sans nuance de l'Alliance canadienne l'hiver dernier, lors d'une motion présentée en Chambre. Le PC représente donc le meilleur appui possible si le gouvernement veut aller de l'avant. Mais Paul Martin pourrait aussi décider ne pas faire voter les députés, puisque les questions internationales relèvent exclusivement du premier ministre. Sauf que, à la tête d'un gouvernement minoritaire, le pari serait risqué.
Avec un peu de concertation politique, le Canada pourrait donc s'associer sans trop de difficultés au système de défense antimissile. Est-ce qu'un tel acte constituerait un abandon de la souveraineté militaire du pays? Le ciel serait alors entre les mains d'un commandement binational? «C'est déjà le cas avec le NORAD, souligne Houchang Hassan-Yari, directeur du département de science politique et économique au Collège militaire royal du Canada, à Kingston. Au moins, là, le Canada aurait son mot à dire, même si les Américains vont en mener plus large.»
Pour Philippe Lagassé, le oui s'impose pour deux raisons... qui ne compensent pas nécessairement les mauvaises! «Ça vaut la peine si on veut que notre industrie militaire puisse accéder aux contrats de défense, dit-il. Ça vaut la peine également pour garder un certain contrôle sur notre ciel, même si, avec la modification au NORAD, on le garde en partie. Est-ce que ce sont des motivations suffisantes pour se joindre à un système qui ne marche toujours pas? Je ne suis pas sûr.»
En effet, le bouclier, qui coûte une fortune à mettre en place, ne fonctionnera pas lors de sa mise en oeuvre dans quelques semaines. «Certaines composantes fonctionnent, comme la détection, mais pas l'ensemble du système, explique au Devoir Victoria Samson, analyste principale au Center for Defense Information, basé à Washington. D'ailleurs, il manque encore des portions majeures qui n'ont pas été testées. Et une fois en place, je ne pense pas que ça va fonctionner, même dans le futur.»
Car le but principal du système n'est pas tant d'assurer la sécurité des Américains que de leur donner l'illusion de vivre dans un pays impossible à attaquer par des missiles à longue portée. Surtout que les élections présidentielles du 2 novembre approchent. «C'est pour ça qu'ils se dépêchent à mettre la phase un en place, George W. Bush veut s'en servir pour dire qu'il protège mieux les citoyens américains», confirme Philippe Lagassé.
La vision mondiale... et américaine.
L'opinion publique américaine tient à ce projet, selon Victoria Samson, peu importe son efficacité. «Oui, pour le peuple américain c'est important, même s'il ne comprend pas tout du projet, dit-elle. On demande aux gens: "Voulez-vous une protection contre les missiles?", c'est sûr qu'ils disent oui. Par contre, si on leur expliquait les coûts par rapport aux bénéfices, et l'efficacité du bouclier qui leur a coûté 10 milliards $US juste cette année, je ne suis pas sûr si la réponse serait la même.»
Et que ce soit George W. Bush ou John Kerry qui s'installe à la Maison-Blanche en novembre, rien ne changera. Depuis 1999, une loi du Congrès impose la mise en place du bouclier. «Il faut relativiser l'idée selon laquelle un gouvernement démocrate ferait volte-face, soutient Sébastien Barthe. Depuis l'annonce du projet en 1996, sous Clinton, c'est devenu un consensus à Washington. La loi a renforcé ce consensus. Kerry a donné des signes que sa position était moins ambitieuse, mais il n'est pas contre.»
À l'extérieur des États-Unis, la vision est complètement différente. Aucun pays n'est favorable à la mise en place du bouclier américain. Les grands pays militaires, comme la Russie et la Chine, se sont montrés irrités par le système. Le Bloc québécois et le NPD soulignent à grands traits ce constat, estimant que le Canada «ternirait son dossier international» en emboîtant le pas aux Américains.
«Ça dépend par qui on veut être bien vu ou mal vu, tempère Sébastien Barthe. La Grande-Bretagne ne serait pas outrée du tout, mais la France et l'Allemagne probablement plus. Mais il ne faut pas exagérer, chacun a ses obligations et un pays comme la France le comprend. Il n'y aurait pas de froid diplomatique avec un oui du Canada.»
L'enjeu n'est pas limité au Canada, mais s'étend bien à l'échelle de la planète, selon Houchang Hassan-Yari. «Le bouclier crée des tensions sur le plan international, car la plupart des pays y sont défavorables. Surtout que peu de pays peuvent se permettre de suivre les Américains, car ils n'ont pas assez d'argent à investir dans un projet militaire semblable.»
Cette insatisfaction n'est rien pour ébranler les États-Unis, trop obnubilés par leur sécurité depuis le 11 septembre 2001. N'empêche, le doigt est mis sur le bobo: la plupart des pays ne peuvent pas suivre le rythme et s'armer pour faire face au bouclier... mais les autres? Les États-Unis relancent-ils une course aux armements? Déjà, l'Inde et la Russie regardent attentivement le déploiement américain. Sans compter la Chine, qui ne cache pas que la course est bel et bien commencée.
«Ça ne relancera pas une course aux armements comme au temps de la guerre froide, alors que les États-Unis et la Russie s'affrontaient, mais c'est vrai qu'il y a quelques pays comme la Chine qui utilisent le bouclier antimissile comme prétexte pour faire grimper leur armement, soutient Victoria Samson. Pourtant, ces pays savent que le bouclier pourrait ne jamais fonctionner, mais pour leur politique intérieure, dans leur pays, ça les arrange d'avoir cette raison.»
Et le Canada est bien conscient de ce danger, puisqu'un groupe d'experts a récemment rédigé un document confidentiel à l'intention du ministère des Affaires étrangères, le prévenant que plusieurs pays utiliserait le bouclier «comme motivation à long terme» pour s'armer davantage. Reste à voir si ce ne sont que des paroles en l'air.
Le Devoir
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

