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Convention républicaine - Qui fera le meilleur président?

Guy Lachapelle - Université Concordia  28 août 2004  Actualités internationales
Un mois après la convention démocrate, c'est maintenant au tour du Parti républicain de tenir sa convention, la 38e de son histoire, lundi, à New York. Quatre jours intenses au cours desquels 2509 délégués réguliers et 2344 substituts — pour un grand total de 4853 — chercheront à démontrer que l'équipe Bush-Cheney mérite de nouveau la confiance des Américains pour les quatre prochaines années.

Au-delà des analyses de sociologie politique, personne aujourd'hui ne peut vraiment prédire l'issue de cette élection présidentielle. Au fil d'arrivée, la seule question qui restera présente à l'esprit des électeurs sera la suivante: peut-on faire confiance à George W. Bush pour quatre autres années?

Les organisateurs républicains ont choisi quatre thèmes pour démontrer aux Américains que l'équipe de George W. Bush peut assurer stabilité et continuité à la Maison-Blanche.

- Jour 1: le courage d'une nation.

- Jour 2: une Amérique généreuse.

- Jour 3: un pays de possibilités.

- Jour 4: pour un monde plus sécuritaire et une Amérique remplie d'espoir.

Chaque jour, des personnalités politiques viendront prendre la parole et feront le bilan de l'administration Bush. Voyons rapidement chacun de ces thèmes et les objectifs poursuivis.

Jour 1

Le choix de la ville de New York pour cette convention n'est pas le fruit du hasard. Il s'agit de la première convention républicaine dans cette ville. On voudra rappeler aux Américains les terribles événements du 11 septembre 2001 pour faire vibrer de nouveau la corde patriotique. Le témoignage du maire de New York, Michael Bloomberg, et surtout celui de l'ancien maire Rudolf Giuliani raviveront de douloureux souvenirs. Pour de nombreuses familles, l'exercice sera certainement pénible.

Depuis le dépôt du rapport sur les événements du 11 septembre, les Américains s'interrogent sur l'efficacité de leurs services de renseignement et de sécurité et surtout sur la capacité décisionnelle de la Maison-Blanche. Mais à New York, les républicains parleront d'une seule voix de courage, de bravoure et d'héroïsme. Reste à vérifier si le mélo réussira à cacher certains gestes controversés de l'administration Bush. Michael Moore, qui sera présent à la convention, se fera un malin plaisir de le leur rappeler.

De son côté, le sénateur John McCain viendra dire aux Américains pourquoi leur président a décidé de mener sa «guerre contre le terrorisme». Il oubliera de questionner l'administration Bush sur les motifs réels de la guerre en Irak et sur les lacunes de sa gestion.

Pendant ce temps, à l'extérieur du Madison Square Garden, des centaines, voire des milliers de manifestants rappelleront le nombre élevé de soldats américains tués en Irak et le fait que cette guerre n'est toujours pas terminée. Ils répéteront que le président Bush a menti à l'Amérique et au monde entier à propos des armes de destruction massive. Aujourd'hui, 56 % des Américains pensent que les politiques du gouvernement américain, aussi bien sur le plan intérieur que sur le plan extérieur, ont entraîné le pays sur une mauvaise voie. La campagne présidentielle se jouera autour de cet enjeu et les républicains espèrent démontrer qu'il s'agit d'une guerre «nécessaire». Y parviendront-ils?

Jour 2

Durant la deuxième journée de la convention, on insistera particulièrement sur l'importance de s'engager au sein de sa communauté. On soulignera, entre autres, la création par l'administration Bush de groupes de volontaires, USA Freedom Corps, dont le rôle est d'aider les citoyens les plus démunis. Ils enverront d'ailleurs à la tribune la femme du président, Laura Bush, qui parlera de la contribution de son mari au développement social aux États-Unis. Elle insistera sur l'aide apportée aux jeunes afin qu'ils aient un encadrement adéquat autant pendant qu'après les classes. Elle rappellera que, sous l'administration de son mari, les montants alloués aux écoles secondaires afro-américaines n'ont jamais été aussi élevés. Mme Bush est une figure très populaire aux États-Unis, plus populaire que Teresa Heinz, l'épouse de John Kerry, auprès des protestants fondamentalistes. Les républicains insisteront sur les valeurs républicaines dans une Amérique respectueuse des individus.

Cela dit, les républicains oublieront de dire que, depuis l'arrivée de George W. Bush à la Maison-Blanche, le nombre de personnes pauvres a augmenté de 1,5 million alors qu'il avait diminué de 800 000 sous Bill Clinton. Que le nombre d'Américains sans aucune couverture médicale a fait un bond de 1,8 million. Que le coût des médicaments ampute une bonne partie de leurs ressources financières. Quant au surplus fédéral de cinq milliards laissé par les démocrates, il s'est transformé en un gouffre de 521 milliards. La croissance économique a également connu un fort recul. Les républicains espèrent renverser la vapeur et démontrer qu'en politique intérieure le président Bush n'est pas resté les bras croisés.

Jour 3

Au cours des dernières semaines, les organisateurs de la convention républicaine ont été particulièrement fiers de souligner que plus de 800 délégués (17 %) proviennent de groupes minoritaires américains, le plus fort total dans l'histoire de ce parti. En cette troisième journée de la convention, on insistera sur le fait que le président Bush a nommé deux Afro-Américains à des postes clés: le secrétaire d'État, Colin Powell, et la conseillère à la Sécurité nationale, Condoleezza Rice. Dick Cheney et sa femme viendront rappeler aux Américains l'importance de l'entrepreneurship comme valeur fondamentale de la société américaine.

À ce chapitre, on fera remarquer que 68,6 % des Américains sont aujourd'hui propriétaires de leur maison, un nombre record. Mais on soulignera surtout que l'un des objectifs du tandem Bush-Cheney était de permettre à plus de 5,5 millions d'individus et de familles appartenant à des groupes minoritaires d'avoir accès à la propriété. Depuis la fin de 2003, et pour la première fois, le nombre de propriétaires issus de groupes minoritaires a dépassé le cap des 50 % pour se situer à 50,6 %.

Il est clair que, sans un appui substantiel des groupes minoritaires, surtout dans certains États clés, l'élection de George W. Bush ne tient qu'à un fil. Si les démocrates espèrent faire des gains parmi la communauté hispanique, on pense surtout à la Floride, il demeure que celle-ci reste profondément divisée, comme le pays tout entier. L'ascendance de George W. Bush au Texas et dans les États du Sud sera pour lui un atout. Mais, parmi les travailleurs syndiqués minoritaires, les syndicats qui appuient les démocrates insisteront sur la détérioration des conditions de travail des travailleurs immigrés. La «nouvelle» politique d'immigration de l'administration Bush, le resserrement des mesures aux frontières seront aussi soulignés afin de rappeler que les États-Unis ne sont plus cette terre d'accueil et de possibilités qu'ils ont déjà été.

Jour 4

Le discours d'acceptation est toujours un moment fort des conventions américaines. Souvenons-nous de 1960 à Los Angeles, quand John F. Kennedy parla de la «nouvelle frontière». Mais George W. Bush a-t-il réussi à faire entrer les États-Unis dans le XXIe siècle? Dans son discours, le président Bush s'inspirera largement de cette conception de la présidence qui est apparue au moment de la crise économique des années 30 et du «New Deal» de Roosevelt. Il insistera pour démontrer que le président doit être un majordome, un intendant de la politique américaine (stewardship theory).

Plusieurs documents pré-convention publiés par les républicains soulignent à grands traits ce caractère de l'administration Bush. Le président a non seulement le droit mais aussi le devoir de faire tous les gestes qu'il estime nécessaires dans l'intérêt national. Pour légitimer ses actions, le président cherchera à appuyer ses décisions sur le plus large consensus populaire.

Si l'électorat américain semble de plus en plus prêt à accepter une certaine ascendance de la présidence sur le Congrès, la sécurité nationale étant une priorité, il n'en reste pas moins que George W. Bush a peut-être abusé de ce pouvoir. Le président a eu les coudées franches dans la poursuite de ses objectifs internationaux, mais sur le plan domestique, il a souvent été guidé par son idéologie, notamment sur les questions controversées du droit à l'avortement, des droits des homosexuels et de la nomination des juges.

Le discours d'acceptation que prononcera George W. Bush jeudi soir sera le moment fort de la convention. Réussira-t-il à convaincre les Américains qu'il est l'homme de la situation? Plusieurs d'entre eux se demandent s'il saura redorer le blason américain sur la scène internationale. Ils sont nombreux à en douter.

La semaine sera donc fébrile pour les républicains. Le défi est important. L'électorat américain regardera certainement avec attention ce qui se passera au Madison Square Garden. Le sort de George W. Bush et celui de John Kerry sont en jeu. Les stratèges le savent, celui des deux qui sera en avance dans les sondages au début de septembre sera sans doute celui qui occupera le fauteuil à la Maison-Blanche. Cette convention, après celle du mois dernier, pourrait déterminer lequel des deux hommes fera le meilleur président aux yeux des Américains.
 
 
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