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Les Marines au coeur de la ville sainte

L'attaque américaine indigne les chiites du Proche-Orient et de l'Iran

Partout en Irak, les sympathisants de Moqtada al-Sadr sont descendus hier dans la rue pour manifester leur colère.
Photo : Agence France-Presse
Partout en Irak, les sympathisants de Moqtada al-Sadr sont descendus hier dans la rue pour manifester leur colère.
Najaf — Les Marines américains, appuyés par des chars et une couverture aérienne, se sont emparés hier du coeur de la ville sainte chiite de Najaf, allant jusqu'à prendre le contrôle de la résidence de l'imam Moqtada al-Sadr, chef de l'Armée du Mehdi, alors que des bombardements américains sans précédent contre la cité de Kout ont tué 84 personnes.

Le dignitaire religieux se trouverait à deux kilomètres de sa résidence, dans le sanctuaire de l'imam Ali. Pour l'heure, les forces américaines n'ont pas osé pénétrer à l'intérieur des différents sanctuaires de la ville, sacrés pour les milliers de chiites du monde entier.

Après une semaine de combats, les Américains sont passés à l'offensive, pilonnant des positions des miliciens de l'Armée du Mehdi dans un cimetière situé près de la mosquée de l'imam Ali, ce qui a déclenché des manifestations dans au moins deux autres villes d'Irak.

L'aviation américaine a bombardé des objectifs situés près de la résidence de Sadr à Najaf, avant de s'en emparer en fin d'après-midi. Les Marines ont bloqué l'entrée au sanctuaire de l'imam Ali, l'un des plus sacrés du chiisme, où un grand nombre de miliciens se sont retranchés.

Selon des témoins, la ville avait retrouvé le calme à la tombée de la nuit.

Fort de cette poussée américaine, le premier ministre irakien par intérim, Iyad Allaoui, a exhorté les miliciens chiites à déposer les armes dans le pays. Dans une déclaration faite par la voix d'un conseiller, Allaoui a proposé de nouveau aux chiites radicaux de participer au processus politique en cours, ce que Sadr avait exclu ces derniers jours.

Depuis mercredi, au moins 165 personnes ont été tuées et 600 blessées en Irak dans des combats survenus principalement dans les villes chiites de Kout et Najaf ainsi qu'à Sadr City, quartier chiite déshérité de Bagdad, selon un bilan du ministère irakien de la Santé incluant civils et miliciens.

En dépit de ces événements — les plus sanglants entre forces de la coalition et chiites depuis l'insurrection d'avril dernier —, le gouvernement irakien a maintenu à dimanche l'ouverture de la conférence nationale, à laquelle incombe de choisir un Conseil national de cent membres. Ce conseil aura pour rôle de contrôler le travail du gouvernement intérimaire d'ici les élections législatives prévues pour janvier prochain.

Les miliciens de Sadr ne montrent aucun signe de vouloir baisser la garde. «Le moral des combattants est très bon», a assuré Ahmed al Chibani, porte-parole de Sadr à Najaf. L'Armée du Mehdi jure de ne pas se rendre et laisse augurer une sanglante bataille, assurant que Sadr dirige les opérations de défense de son sanctuaire et du vaste cimetière, l'un des plus étendus de tout le Proche-Orient.

Appels à des rassemblements en Iran et au Liban

Najaf n'est pas la seule ville concernée par les violences. À Kout, ville du Sud-Est irakien, au moins 72 personnes ont péri hier dans des attaques aériennes américaines et dans des combats entre la police irakienne et l'Armée du Mehdi, selon le ministère irakien de la Santé.

L'armée américaine a précisé qu'elle avait déployé des hélicoptères armés AC-130 pour attaquer les insurgés et que plus de 20 bâtiments avaient été détruits.

À Bagdad, 25 personnes ont été tuées dans des affrontements et 21 autres l'ont été dans d'autres villes du pays au cours des dernières 24 heures. Des manifestations ont eu lieu à Bagdad et, dans le Sud, à Bassora, pour protester contre le déclenchement de l'offensive américaine visant à briser la résistance dans les sept villes où l'insurrection faisait rage.

Malgré les menaces de s'en prendre aux oléoducs lancées par l'Armée du Mehdi en cas d'assaut contre Najaf, l'Irak a rouvert son principal pipeline permettant d'exporter son pétrole via le Sud, fermé depuis un sabotage survenu lundi. Les cours du pétrole sont restés hier proches de leurs records, le brut léger américain se situant à 44,92 $ le baril, à 12 ¢ en dessous du record enregistré mardi à New York, qui était de 45,04 $ pour les contrats sur le brut.

Les analystes mettent en garde contre le risque de graves répercussions en Irak, même si les Américains ne touchent pas à la mosquée de l'imam Ali et si les miliciens sont bel et bien défaits dans Najaf. Selon eux, le ressentiment de la population chiite envers Allaoui aura des conséquences à long terme sur celui-ci.

L'assaut lancé par les Américains contre Najaf a suscité une vive inquiétude chez les chiites du Proche-Orient et d'Iran, où dignitaires religieux et hommes politiques ont condamné les combats et appelé à des manifestations antiaméricaines.

Actuellement à Londres où il est soigné pour des troubles cardiaques, le grand ayatollah irakien Ali al Sistani, plus haute sommité chiite irakienne, a appelé à la retenue.

En Iran, la télévision nationale a diffusé presque continuellement des images des combats à Najaf et appelé la population à se rendre en masse aux rassemblements qui suivront les grandes prières du vendredi.

Au Liban, une organisation, le Mouvement populaire de soutien à la Palestine et à l'Irak, a invité à un rassemblement du même genre. Le Hezbollah, organisation chiite libanaise, a appelé à la constitution d'un front uni contre l'assaut lancé contre Najaf.
 
 
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