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L'«affaire Sharon» refait surface

Jérusalem — L'affaire de corruption pour laquelle le premier ministre israélien Ariel Sharon a été disculpé mardi dernier est revenue hier devant la plus haute juridiction de l'État, après des recours présentés par deux députés d'opposition de gauche.

Yossi Sarid (Meretz) et Eitan Cabel (travailliste) ont appelé la Cour suprême d'Israël à annuler la décision du conseiller juridique du gouvernement, Menahem Mazuz, qui fait office de procureur général de l'État, de classer l'affaire dite de «l'île grecque» impliquant M. Sharon et son fils cadet Gilad.

«Le député Sarid demande l'annulation de cette décision ou son réexamen», a déclaré à l'AFP Roï Yelin, son porte-parole.

«La corruption en Israël est aujourd'hui plus dangereuse que tous les Arabes réunis. Une inculpation [de M. Sharon] servirait de mise en garde à quiconque lui succéderait», a affirmé M. Sarid. Allant à l'encontre des recommandations de l'ancien procureur de l'État Edna Arbel, M. Mazuz avait annoncé le 15 juin sa décision de clore le dossier de l'«île grecque», faute de preuves suffisantes pour des inculpations.

Cette annonce avait suscité des remous, la gauche criant au scandale et la droite demandant la tête de Mme Arbel, accusée d'avoir voulu salir M. Sharon.

Dans son recours à la Cour suprême, M. Sarid affirme que la décision de M. Mazuz «entache l'ensemble de l'appareil de décision du bureau du procureur et porte atteinte à la confiance du public envers l'appareil judiciaire».

Il accuse en outre M. Mazuz d'avoir délibérément voulu blanchir M. Sharon et demande à la Cour suprême de publier le brouillon de l'acte d'inculpation du premier ministre établi par l'équipe de Mme Arbel.

«M. Mazuz est venu mettre de l'ordre et nous dire que tout est en ordre. Mais il nous a finalement laissés avec le terrible sentiment que le barrage s'est effondré et que la corruption s'est répandue dans le pays du fait qu'il n'y a plus ni juge ni justice», écrit le Yédiot Aharonot dans un éditorial hier.

Selon un sondage de ce journal, 44 % des Israéliens soutiennent la décision de M. Mazuz contre 42 % qui la critiquent.

Dans cette affaire, qui remonte à 1998, la justice soupçonnait M. Sharon, alors chef de la diplomatie, d'avoir reçu, par l'intermédiaire de son fils Gilad, des pots-de-vin de la part d'un promoteur immobilier israélien en vue d'un projet touristique sur une île grecque. Cette affaire a des implications politiques puisque M. Sharon, étant privé de majorité au Parlement depuis que son cabinet a adopté le principe d'un retrait unilatéral de la bande de Gaza, souhaitait rallier le Parti travailliste à un cabinet d'union nationale.

Or les travaillistes exigeaient que le premier ministre soit lavé de tout soupçon de corruption avant d'engager des tractations en ce sens.

M. Sharon a par ailleurs indiqué hier en conseil des ministres qu'Israël n'avait pas l'intention de creuser une énorme tranchée à la frontière entre la bande de Gaza et l'Égypte sans avoir préalablement consulté Le Caire.
 
 
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