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Les enquêtes sur les sévices s'étendent à l'Afghanistan et à Guantanamo

Washington — Le scandale des sévices perpétrés sur des prisonniers par des soldats américains en Irak menace de s'étendre à l'Afghanistan et à la base de Guantanamo (Cuba). Les missions d'inspection sur les conditions de détention dans cette dernière se succèdent alors que d'anciens détenus récemment libérés affirment y avoir été victimes de mauvais traitements.

En Afghanistan, le général Charles Jacoby a commencé à examiner les conditions de détention dans la vingtaine de prisons gérées par l'armée américaine, a annoncé hier le Pentagone. Au moins trois prisonniers y sont morts et d'anciens détenus disent y avoir subi des sévices. Le général Jacoby devrait remettre son rapport à la mi-juin.

Concernant Guantanamo, le vice-amiral Albert Church, qui a visité brièvement la base début mai, à la demande du secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, a recommandé un examen plus approfondi des conditions de détention. Il a estimé que les prisonniers étaient bien traités, mais que la situation avait pu être différente auparavant.

Plusieurs anciens détenus britanniques récemment libérés affirment avoir été victimes de mauvais traitements à Guantanamo et que les sévices auraient été filmés. Le sénateur américain Patrick Leahy a demandé au Pentagone que tout document vidéo en sa possession sur ces faits soit rendu public.

Une délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) va retourner sur place fin mai pour mener une inspection: la Croix-Rouge est la seule organisation indépendante autorisée à rencontrer les quelque 600 détenus de la base.

Elle a critiqué la nature des détentions à Guantanamo, où des prisonniers soupçonnés d'avoir des liens avec l'ancien régime taliban ou avec al-Qaïda sont incarcérés sans aucune inculpation et sans limitation de durée.

Elle a également dénoncé la décision de l'administration Bush en 2002 de ne pas y appliquer les conventions de Genève. Washington justifie ce régime d'exception en affirmant qu'il ne s'agit pas de prisonniers de guerre, mais de personnes soupçonnées de terrorisme et de détenir des informations sur des projets d'attentats.

Les premiers détenus de Guantanamo sont arrivés le 11 janvier 2002 en provenance d'Afghanistan. Les responsables du Pentagone affirment que les détenus ont été traités humainement dès le début, mais ils reconnaissent des zones d'ombre. «Nous en découvrons beaucoup alors que nous nous efforçons d'avoir une vue globale de toutes les opérations de détention», souligne Larry Di Rita, porte-parole de Donald Rumsfeld.

M. Di Rita a confirmé la semaine dernière que des avocats militaires du Pentagone avaient élevé des objections sur certaines méthodes d'interrogatoire à Guantanamo en 2002, notamment concernant un prisonnier soupçonné d'avoir des informations sur un projet d'attentat. Mais il n'a pas fourni de précisions, ces techniques d'interrogatoire étant secrètes, selon lui.

Entendu par une commission sénatoriale, le général Geoffrey Miller, récemment muté en Irak après avoir dirigé la prison de Guantanamo pendant 17 mois, a affirmé qu'il «n'y a pas eu d'abus systématiques» sur les prisonniers à Cuba, «à aucun moment». Et de faire allusion à trois ou quatre incidents selon lui mineurs.

Le vice-amiral Albert Church, qui a inspecté brièvement Guantanamo le 6 et 7 mai, a déclaré avoir recensé huit «infraction mineures» au règlement. Quatre impliquant des gardiens, trois des interrogateurs et la dernière un coiffeur, pour avoir fait «une coupe non autorisée» à un détenu. Un des gardiens en cause a été dégradé pour avoir frappé un détenu, cas le plus grave recensé, selon Albert Church.

Reste que plusieurs Britanniques récemment libérés de Guantanamo ont donné une tout autre version, affirmant que les détenus étaient forcés à se dévêtir, enchaînés au sol pendant des heures et que les geôliers utilisaient des chiens ou de la musique assourdissante pour leur extorquer des aveux. Ils ont notamment déclaré avoir été battus et soumis à des traitements dégradants.
 
 
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