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L'Europe condamne la torture des prisonniers

Washington réfute les accusations du New Yorker

Les geôliers d’Abou Ghraïb sont dans le collimateur.
Photo : Agence Reuters
Les geôliers d’Abou Ghraïb sont dans le collimateur.
Bruxelles — Les chefs de la diplomatie de l'Union européenne ont condamné hier les sévices infligés par des gardiens américains à des prisonniers irakiens, estimant qu'ils enfreignaient le droit international.

Washington a imputé à des soldats isolés et situés au bas de la hiérarchie le recours à des méthodes brutales de préparation des prisonniers aux interrogatoires, mais l'hebdomadaire New Yorker vient de publier un article selon lequel les plus hautes autorités du Pentagone, dont le Secrétaire à la défense Donald Rumsfeld, aurait elles-mêmes approuvé un projet autorisant l'usage de méthodes d'interrogatoire non conventionnelles.

Tout en condamnant «tous les cas d'abus et d'humiliations envers des prisonniers en Irak», les chefs de la diplomatie européenne ont salué hier «la volonté affichée par les gouvernements concernés de traduire en justice les auteurs de tels abus contre des prisonniers irakiens, et leur détermination à prendre des mesures pour corriger toute contravention au droit humanitaire international».

Sept réservistes de la police militaire américaine ont été inculpés après la publication de photos montrant des soldats souriants posant devant des détenus nus et empilés les uns sur les autres, ou sujets à d'autres formes d'humiliation dans la prison d'Abou Ghraïb, près de Bagdad.

Le secrétaire britannique au Foreign Office, dont le pays est le plus fidèle allié de Washington dans sa campagne militaire en Irak, a qualifié ces abus de «monstrueux».

Le Pentagone a vivement démenti dimanche les allégations du New Yorker selon lequel le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld aurait lui-même approuvé un projet autorisant l'usage de méthodes d'interrogatoire non conventionnelles pour obtenir des renseignements sur l'insurrection irakienne.

«Les sévices que montrent les photos reprises par la presse du monde entier ne s'appuient sur aucun programme approuvé, pas plus que sur quelque instruction ou ordre du département de la Défense», assure Lawrence du Rita, porte-parole du Pentagone, dans un communiqué.

«Les assertions du dernier article du New Yorker au sujet d'Abou Ghraïb et des sévices infligés aux détenus irakiens sont étranges, dignes d'une conspiration, bourrées de conjectures anonymes. Aucun responsable du département de la Défense n'a approuvé de programme susceptible de mener à des abus tels que ceux dont témoignent les photos et vidéos vues récemment», insiste-t-il.

L'expérience afghane

Selon le New Yorker, le projet autorisait à tuer, à capturer ou à interroger les personnalités dites de valeur dans le cadre de la lutte antiterroriste. Largement utilisées en Afghanistan, ces pratiques ont été appliquées en Irak avec davantage de modération et d'abord uniquement dans la traque de Saddam Hussein et la recherche des armements non conventionnels.

À mesure que l'insurrection gagnait en intensité et que les pertes américaines s'accumulaient, Rumsfeld et Stephen Cambone, sous-secrétaire à la Défense chargé du renseignement, ont décidé de les étendre aux interrogatoires pratiqués dans la prison d'Abou Ghraïb, affirme l'hebdomadaire, qui se fonde sur les déclarations de plusieurs responsables des services de renseignement encore en fonction ou non.

Sur le plateau de l'émission Face The Nation de CBS, Carl Levin, sénateur démocrate du Michigan et membre de la commission sénatoriale des Forces armées qui a entendu Rumsfeld il y a dix jours à l'occasion de l'enquête sur les sévices, a jugé que l'article avait apporté un élément «très significatif» à étudier.

John McCain, élu républicain de l'Arizona qui siège également au sein de la commission des Forces armées, a pour sa part estimé sur NBC que les réservistes américains mis en cause dans l'affaire n'avaient certainement pas agi sans instruction.

Ajoutant au trouble, Newsweek a publié dimanche une note de service datée du 25 janvier 2002 et signée de la main d'Alberto Gonzales, conseiller juridique de la Maison-Blanche. «La guerre contre le terrorisme est une nouvelle forme de guerre, explique-t-il. À mon sens, ce nouveau paradigme rend obsolètes les strictes limitations de la Convention de Genève sur l'interrogatoire des prisonniers ennemis [...].»

«Nous sommes une nation en guerre et nous sommes un État de droit, a rappelé dimanche Allen Abney, porte-parole de la Maison-Blanche. Notre responsabilité la plus importante consiste à protéger le peuple américain et nous agissons conformément à cette responsabilité. La politique des États-Unis est de respecter toutes nos lois et toutes les obligations prises dans le cadre de traités.»
 
 
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