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Torture: nouvelles accusations contre les dirigeants du Pentagone

Les États-Unis se disent prêts à accepter tout gouvernement irakien, même théocratique

À Najaf, des centaines de Chiites ont profité des funérailles de 22 miliciens pour réitérer bruyamment leur appui à Moqtada al Sadr.
Photo : Agence Reuters
À Najaf, des centaines de Chiites ont profité des funérailles de 22 miliciens pour réitérer bruyamment leur appui à Moqtada al Sadr.
Bagdad — De nouvelles accusations ont été lancées hier contre les dirigeants du Pentagone dans le scandale des sévices infligés aux détenus irakiens, tandis que sur le terrain des affrontements sanglants se poursuivaient entre les forces de la coalition et des éléments radicaux dans les grandes villes chiites du sud de l'Irak, notamment à Kerbala.

Selon un article du New Yorker dont l'auteur est Seymour Hersh, le journaliste réputé qui a révélé le scandale avec la chaîne CBS, les sévices infligés à des détenus irakiens par des militaires américains dans la prison d'Abou Ghraïb ont été la résultante d'une décision approuvée secrètement en 2003 par le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld lui-même, par son adjoint Paul Wolfowitz et par le chef de l'état-major interarmes Richard Myers.

Ils auraient autorisé l'envoi dans les prisons irakiennes d'une unité secrète des services de renseignement de l'armée, dont les membres opéraient sous de fausses identités et pratiquaient des méthodes d'interrogatoire coercitives.

Le Pentagone a démenti ces informations, mais des parlementaires influents ont indiqué hier leur volonté d'établir les responsabilités dans le scandale.

«Il va encore y avoir de nombreuses auditions, avec de nombreuses personnes qui seront appelées à comparaître», a assuré hier le sénateur démocrate Carl Levin, de la commission des forces armées du Sénat.

«Il y a encore tant de questions auxquelles il faut répondre», a pour sa part déclaré sur NBC le sénateur républicain John McCain, membre de la même commission. «Nous devons mener cette enquête aussi loin que possible», a-t-il dit.

En déplacement en Jordanie, le secrétaire d'État Colin Powell a lui aussi estimé important de «faire la lumière» sur cette affaire. Il a par ailleurs déclaré que les États-Unis accepteraient tout gouvernement irakien, même théocratique, qui serait issu d'élections démocratiques.

«Nous devrons accepter ce que le peuple irakien choisira», a-t-il dit à la chaîne de télévision NBC. Cette prise de position marque un revirement dans la politique du gouvernement américain, qui a jusqu'ici combattu toute tentative des dirigeants religieux chiites en Irak de suivre les pas de leurs coreligionnaires iraniens.

M. Powell a toutefois averti que pour qu'un gouvernement islamique théocratique soit accepté dans le monde, les Irakiens «doivent respecter les droits de tous les individus et ne pas permettre l'arrivée d'un régime purement fondamentaliste».

À Berlin où elle était en visite, Condoleezza Rice, la conseillère pour la sécurité nationale du président George W. Bush, a déclaré que les troupes américaines allaient rester en Irak «jusqu'à ce que le travail soit achevé», dans une interview au quotidien allemand Tagesspiegel à paraître aujourd'hui.

Kerbala sous tension

Sur le terrain en Irak, les forces américaines ont accentué hier leur pression sur les miliciens chiites radicaux à Kerbala (110 km au sud de Bagdad), faisant une incursion à l'intérieur de leur enclave, à quelques mètres seulement des mausolées de l'imam Hussein et de l'imam Abbas. Treize civils auraient été blessés lors des affrontements.

Un soldat américain a par ailleurs été tué et un autre blessé dans l'explosion d'une bombe artisanale au passage de leur véhicule à Bagdad, a indiqué la coalition dans un communiqué. Deux Irakiennes employées par la coalition ont aussi été tuées et deux personnes blessées dans une embuscade contre leur véhicule dans la capitale.

Dans les villes chiites, les affrontements ont fait de nombreuses victimes civiles, notamment à Nasiriya, où un obus a explosé dans un marché, blessant vingt personnes.

Plusieurs soldats du contingent italien stationné dans cette ville ont été blessés, dont l'un grièvement, dans les combats d'hier avec des miliciens chiites, selon des sources militaires citées par l'agence de presse italienne Ansa. Les militaires italiens ont dû abandonner provisoirement un de leurs postes, qui contrôlait un des principaux ponts de Nasiriya.

Dans la ville sainte de Najaf, une délégation de dignitaires sunnites de la ville de Fallouja, à l'ouest de Bagdad, a rencontré hier le chef radical chiite Moqtada Sadr pour lui apporter son soutien, a déclaré l'un des conseillers de Sadr, Houssam al-Moussaoui.

À Téhéran, les offensives américaines contre les villes saintes chiites en Irak ont soulevé l'indignation. Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, les a condamnées, tandis que plusieurs centaines d'islamistes dénonçaient devant l'ambassade de Grande-Bretagne les «crimes américains et britanniques» dans l'Irak voisin.
 
 
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