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Bosnie, Croatie et Yougoslavie - Résultats timides pour une rencontre historique

Les présidents bosniaque, croate et yougoslave se sont rencontrés pour la première fois lors d'un sommet tripartite, hier à Sarajevo. Ils ont jeté les bases d'une future coopération entre ces trois États, ennemis lors des guerres qui les ont vu naître.

Sarajevo — Ce n'était pas arrivé depuis le début des années 1990, avant le début des guerres de l'ex-Yougoslavie: les présidents Beriz Belkic, Bosniaque, Stipe Mesic, Croate et Vojislav Kostunica, Yougoslave, se sont rencontrés lors d'un sommet tripartite, hier à Sarajevo. Ils ont signé une déclaration commune qui annonce une future coopération entre ces trois États, ennemis il y a seulement sept ans.

Stipe Mesic, au cours de son intervention, a rejeté le plus clairement les nationalismes. «Nos trois pays doivent dépasser le souvenir de leurs guerres brutales. Il faut se rapprocher de nouveau, faciliter le passage de nos frontières et dire clairement qu'elles ne changeront pas, qu'il faut abandonner les illusions de la Grande Serbie ou de la Grande Croatie.» Parlant de la Bosnie, où les graves problèmes de nationalisme persistent et freinent la reconstruction d'un pays dévasté, il a souhaité que cet État «ait un fonctionnement normal». Ce discours très direct n'est pas sans rappeler l'un des premiers voyages à l'étranger du président croate. Peu après son élection de février 2000, Stipe Mesic s'était rendu à Sarajevo et avait évoqué sans détour la part de responsabilité croate dans les hostilités.

En revanche, Vojislav Kostunica, lorsqu'il revendique la paternité de la rencontre, n'a pas les mêmes accents de sincérité. «Après son arrivée au pouvoir en octobre 2000, rappelle un observateur, Kostunica s'était rendu très vite en République serbe de Bosnie. Il avait déclaré son souhait de mettre en place une "relation privilégiée" entre la Yougoslavie et les Serbes de Bosnie. Au cours de sa première visite à l'étranger, il n'avait passé que 20 minutes à Sarajevo, à l'aéroport.»

Beriz Belkic, président de la présidence collégiale de Bosnie, ne s'attendait sans doute pas à une annonce surprise de la part du président yougoslave. Beriz Belkic avait déclaré à la presse qu'il ne fallait pas s'attendre à des excuses des Serbes pour leurs actes au cours de la guerre. «D'autres hommes viendront et le feront.» Ces paroles d'apaisement n'ont pourtant pas empêché certains groupes de Bosniaques, dont l'association religieuses des «Frères musulmans» de réserver un accueil glacial au président yougoslave. Ces manifestations sont restées minoritaires, la grande majorité de la population bosniaque se désintéressant complètement de l'événement.

On pouvait s'attendre à plus lors de cette première rencontre. Quelques grands principes ont tout de même été énoncés, comme la volonté de travailler à un but commun, l'intégration à l'Europe, mais aussi des objectifs à plus court terme: permettre le retour des réfugiés dans leur foyer, régler la question des disparus, mettre en place une coopération régionale pour lutter contre la criminalité, ouvrir les frontières aux flux de personnes et de marchandises.

Formel, consensuel, sans émotion, l'accord signé par les trois présidents mentionne tout de même l'atmosphère «amicale» des discussions et ne retient que les méthodes «pacifiques» de résolution des différends. Posés sur le papier, ces mots seront peut-être la base d'un nouveau départ «historique» salué par la communauté internationale. On peut regretter cependant qu'aucune structure spécifique ne soit créée pour organiser la nouvelle coopération. Les présidents ont promis par ailleurs de se rencontrer de plus en plus. Transformeront-ils ce voeu en un nouvel élan pour les Balkans?
 
 
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