Le chaos que Bush nous laisse
Paul Martin s'acharne avec une férocité méprisable à noircir le plus possible l'héritage de Jean Chrétien, comme s'il poursuivait aveuglément une guerre de clans. Il devrait au moins remercier haut et fort son prédécesseur de nous avoir évité le bourbier irakien en refusant de se joindre à la «coalition».
Au cours des mois qui ont précédé l'invasion de l'Irak, les envoyés du président américain ont parcouru la planète. Saddam Hussein possédait peut-être des armes nucléaires et menaçait la planète tout entière. Ses laboratoires produisaient des tonnes d'agents chimiques et bactériologiques, il entretenait des liens étroits avec Oussama ben Laden et le finançait probablement. Neutraliser le tyran de Bagdad, instaurer la démocratie, voilà qui apporterait la paix dans la région, faciliterait la résolution du conflit israélo-palestinien et transformerait la planète en havre de paix. Certains pays comme la Pologne ont été convaincus par ces arguments. Le premier ministre polonais déclare aujourd'hui qu'on lui a menti. D'autres pays comme le Salvador et le Honduras, craignant que leurs ressortissants aux États-Unis ne soient expulsés, ont plié devant le chantage exercé par Washington. Aujourd'hui, ces pays rapatrient leurs troupes. De grâce, M. Martin, remerciez Jean Chrétien de vous avoir épargné de présider à des funérailles de militaires canadiens au beau milieu d'une campagne électorale.
Le président Bush et ses faucons bibliques ont plongé la planète dans le chaos. Aucune de leurs prédictions ne s'est avérée. Les soldats américains ou polonais n'ont pas été accueillis comme des libérateurs mais comme des occupants. Pas un seul gramme de gaz n'a été découvert. Vivre en Irak n'a jamais été aussi pénible pour les Irakiens. La région s'est transformée en volcan. L'Arabie Saoudite est en proie à une entreprise sourde et permanente de déstabilisation. Les conservateurs en Iran ont repris le pouvoir. Sharon et les extrémistes palestiniens ont les mains libres pour multiplier les assassinats. L'Espagne pleure encore ses morts, comme les autres victimes du terrorisme islamiste, le Maroc, Bali, le Pakistan. Partout en Europe, des dizaines de milliers de gendarmes et de soldats patrouillent les aéroports, les gares, les stations de métro, et inspectent les voies ferrées. Le monde n'a jamais été un endroit aussi dangereux. Voilà le chaos que nous laisse George Bush. Il a entraîné toute la planète dans sa guerre et, pendant ce temps, Oussama ben Laden, la véritable menace, joue au scrabble.
On se réjouit peut-être à Ottawa de ne pas être partie prenante de cette tourmente et de ce chaos, mais ce n'est qu'illusion. Ne serait-ce que du point de vue économique, nous subissons les contrecoups du prix élevé du pétrole. Mais plus grave encore, le temps viendra (et il n'est pas loin) où, comme tous les pays de la communauté internationale, nous nous retrouverons devant une question angoissante: que faire avec le bordel irakien que Bush nous a légué?
Le paradoxe est fascinant. La planète pouvait, même en se bouchant le nez, contenir Saddam Hussein et faire en sorte que la région vive dans une relative stabilité. La seule utilité de Saddam était qu'il maintenait un couvercle hermétique sur une marmite qui risque bien d'exploser et d'entraîner toute la région dans un chaos absolu. Nous pouvions composer avec Saddam, mais nous ne pourrons pas vivre avec un Irak fracturé, divisé selon les ethnies ou les appartenances religieuses. Essayons d'imaginer ce qui surviendrait après un retrait précipité des Américains, comme ce fut le cas au Vietnam. Nous sommes donc condamnés, pour la stabilité de la région, à occuper l'Irak durant des années. Mais quelle occupation? Certainement pas une occupation américaine comme celle qui existe aujourd'hui.
Autrefois vilipendée et ridiculisée par l'administration américaine, l'organisation des Nations unies est appelée à la rescousse. Aujourd'hui, elle ne joue qu'un rôle de consultant, d'intermédiaire et de «facilitateur», mais bientôt, les Américains, empêtrés dans un nouveau Vietnam, mais aussi les Français, les Allemands et bien sûr les Canadiens devront faire face à l'avenir de l'Irak. En effet, à cause de Bush, l'avenir de Bagdad est un peu devenu l'avenir de la planète.
On évoque pour les Nations unies la possibilité de jouer un rôle de protectorat international, un peu comme au Kosovo. En tant que pays membre de la communauté internationale, accepterons-nous de superviser le passage à la démocratie d'un pays occupé par une armée étrangère et non pas par des forces internationales détenant un mandat des Nations unies, comme c'est le cas au Kosovo? Kofi Annan acceptera-t-il de devenir une sorte de proconsul politique dont la sécurité repose sur les épaules d'une armée qui n'obéit pas à ses ordres? Et si une véritable force internationale est instituée, sera-t-elle perçue comme une force pacificatrice ou comme une autre armée d'occupation obéissant secrètement aux ordres de Washington? Voilà dans quel chaos George Bush a plongé la planète tout entière, par ignorance, par bêtise, par manipulation. Et bientôt, Paul Martin devra répondre à ces questions. Je lui conseille d'aller secrètement demander conseil à Jean Chrétien.
Au cours des mois qui ont précédé l'invasion de l'Irak, les envoyés du président américain ont parcouru la planète. Saddam Hussein possédait peut-être des armes nucléaires et menaçait la planète tout entière. Ses laboratoires produisaient des tonnes d'agents chimiques et bactériologiques, il entretenait des liens étroits avec Oussama ben Laden et le finançait probablement. Neutraliser le tyran de Bagdad, instaurer la démocratie, voilà qui apporterait la paix dans la région, faciliterait la résolution du conflit israélo-palestinien et transformerait la planète en havre de paix. Certains pays comme la Pologne ont été convaincus par ces arguments. Le premier ministre polonais déclare aujourd'hui qu'on lui a menti. D'autres pays comme le Salvador et le Honduras, craignant que leurs ressortissants aux États-Unis ne soient expulsés, ont plié devant le chantage exercé par Washington. Aujourd'hui, ces pays rapatrient leurs troupes. De grâce, M. Martin, remerciez Jean Chrétien de vous avoir épargné de présider à des funérailles de militaires canadiens au beau milieu d'une campagne électorale.
Le président Bush et ses faucons bibliques ont plongé la planète dans le chaos. Aucune de leurs prédictions ne s'est avérée. Les soldats américains ou polonais n'ont pas été accueillis comme des libérateurs mais comme des occupants. Pas un seul gramme de gaz n'a été découvert. Vivre en Irak n'a jamais été aussi pénible pour les Irakiens. La région s'est transformée en volcan. L'Arabie Saoudite est en proie à une entreprise sourde et permanente de déstabilisation. Les conservateurs en Iran ont repris le pouvoir. Sharon et les extrémistes palestiniens ont les mains libres pour multiplier les assassinats. L'Espagne pleure encore ses morts, comme les autres victimes du terrorisme islamiste, le Maroc, Bali, le Pakistan. Partout en Europe, des dizaines de milliers de gendarmes et de soldats patrouillent les aéroports, les gares, les stations de métro, et inspectent les voies ferrées. Le monde n'a jamais été un endroit aussi dangereux. Voilà le chaos que nous laisse George Bush. Il a entraîné toute la planète dans sa guerre et, pendant ce temps, Oussama ben Laden, la véritable menace, joue au scrabble.
On se réjouit peut-être à Ottawa de ne pas être partie prenante de cette tourmente et de ce chaos, mais ce n'est qu'illusion. Ne serait-ce que du point de vue économique, nous subissons les contrecoups du prix élevé du pétrole. Mais plus grave encore, le temps viendra (et il n'est pas loin) où, comme tous les pays de la communauté internationale, nous nous retrouverons devant une question angoissante: que faire avec le bordel irakien que Bush nous a légué?
Le paradoxe est fascinant. La planète pouvait, même en se bouchant le nez, contenir Saddam Hussein et faire en sorte que la région vive dans une relative stabilité. La seule utilité de Saddam était qu'il maintenait un couvercle hermétique sur une marmite qui risque bien d'exploser et d'entraîner toute la région dans un chaos absolu. Nous pouvions composer avec Saddam, mais nous ne pourrons pas vivre avec un Irak fracturé, divisé selon les ethnies ou les appartenances religieuses. Essayons d'imaginer ce qui surviendrait après un retrait précipité des Américains, comme ce fut le cas au Vietnam. Nous sommes donc condamnés, pour la stabilité de la région, à occuper l'Irak durant des années. Mais quelle occupation? Certainement pas une occupation américaine comme celle qui existe aujourd'hui.
Autrefois vilipendée et ridiculisée par l'administration américaine, l'organisation des Nations unies est appelée à la rescousse. Aujourd'hui, elle ne joue qu'un rôle de consultant, d'intermédiaire et de «facilitateur», mais bientôt, les Américains, empêtrés dans un nouveau Vietnam, mais aussi les Français, les Allemands et bien sûr les Canadiens devront faire face à l'avenir de l'Irak. En effet, à cause de Bush, l'avenir de Bagdad est un peu devenu l'avenir de la planète.
On évoque pour les Nations unies la possibilité de jouer un rôle de protectorat international, un peu comme au Kosovo. En tant que pays membre de la communauté internationale, accepterons-nous de superviser le passage à la démocratie d'un pays occupé par une armée étrangère et non pas par des forces internationales détenant un mandat des Nations unies, comme c'est le cas au Kosovo? Kofi Annan acceptera-t-il de devenir une sorte de proconsul politique dont la sécurité repose sur les épaules d'une armée qui n'obéit pas à ses ordres? Et si une véritable force internationale est instituée, sera-t-elle perçue comme une force pacificatrice ou comme une autre armée d'occupation obéissant secrètement aux ordres de Washington? Voilà dans quel chaos George Bush a plongé la planète tout entière, par ignorance, par bêtise, par manipulation. Et bientôt, Paul Martin devra répondre à ces questions. Je lui conseille d'aller secrètement demander conseil à Jean Chrétien.
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