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Au Japon, les otages devront payer leur libération

21 avril 2004  Actualités internationales
Tokyo — C'est la tête basse et le visage sombre que les trois premiers otages japonais sont arrivés dimanche 18 avril à Tokyo. Ils n'ont fait aucune déclaration. Une discrétion révélatrice d'un «stress post-traumatisme» qui n'est peut-être pas dû à leur seul enlèvement. Tous trois — les deux autres kidnappés nippons libérés samedi étaient attendus hier au Japon — ont apparemment été choqués par les critiques reçues par leurs familles au motif que leurs enfants auraient mis le gouvernement en difficulté. Et leur entourage a préféré les tenir à l'écart de la presse pour ne pas envenimer les choses.

Juste après leur libération, deux des otages ont annoncé leur intention de retourner en Irak. Nahoko Takato a déclaré vouloir poursuivre son activité humanitaire, tandis que Soichiro Koriyama a indiqué son intention de prolonger son travail de photographe. Leurs déclarations ont provoqué un tollé d'incompréhension et d'exaspération au sein de la presse conservatrice et du gouvernement.

S'érigeant en «père fouettard», le premier ministre Junichiro Koizumi a tancé les bénévoles: «Comment osent-ils dire des choses pareilles après que l'on a travaillé sans dormir ni manger pour les faire libérer? Ils doivent se réveiller!» «Qu'ils aillent où ils veulent, mais, s'il arrive quelque chose, ce sera leur faute», a renchéri le ministre de l'Industrie et du Commerce international, Shoichi Nakagawa.

Ce manque de retenue s'accompagne de demandes de sanctions. «Les familles doivent s'excuser pour les problèmes qu'elles ont causés et pour avoir demandé le retrait de nos troupes», a déclaré le ministre chargé de la prévention des désastres, Kiichi Inoue. Elles l'ont pourtant déjà fait à plusieurs reprises, comme le veut l'usage au Japon, où celui qui a troublé l'ordre social doit exprimer ses regrets. Mais le même ministre a demandé qu'elles assument partiellement les frais de rapatriement.

Selon la presse, les otages libérés devront débourser chacun de 350 000 à 400 000 yens (3600 à 4100 $CAN) pour les examens médicaux qu'ils ont subis et leur rapatriement. Des parlementaires réclament même qu'ils participent au coût de leur libération (évalué à deux milliards de yens par le journal de droite Sankei Shimbun). À Bagdad, en revanche, le comité des oulémas musulmans (sunnite) déplore que le premier ministre japonais n'ait pas eu un mot de remerciement pour son rôle déterminant dans la libération des cinq otages.

Alors qu'ils devraient être fiers d'une jeunesse animée de valeurs humanitaires, dont la candeur et la témérité ne peuvent que rehausser l'image pas toujours flatteuse de leur pays (maintien de la peine de mort, politique restrictive du droit d'asile), les dirigeants politiques et la presse conservatrice du Japon éreintent à plaisir l'«irresponsabilité» des otages libérés. Et c'est du secrétaire d'État américain Colin Powell qu'ils ont reçu un mot d'encouragement: «Si personne ne veut prendre de risque, on ne progressera jamais», a-t-il déclaré à la télévision.
 
 
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