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    Une révolte iranienne limitée

    3 janvier 2018 | Le Devoir - Propos recueillis par Annabelle Caillou | Actualités internationales
    Des manifestants iraniens scandent des slogans lors d'un rassemblement à Téhéran, en Iran, le 30 décembre dernier.
    Photo: Ebrahim Noroozi Associated Press Des manifestants iraniens scandent des slogans lors d'un rassemblement à Téhéran, en Iran, le 30 décembre dernier.

    Les Iraniens enchaînent les manifestations depuis le 28 décembre, dénonçant le gouvernement au pouvoir et les difficultés économiques. Le mouvement a pris de l’ampleur et une vingtaine de personnes ont perdu la vie. Pour mieux comprendre la situation, Le Devoir a interrogé Thomas Juneau, professeur à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa.


    Quelles sont les raisons de ce mouvement de protestation ?

     

    Ce qui semble avoir été le catalyseur, ce sont les problèmes économiques, le coût de la vie, l’inflation, le chômage et la frustration face à la corruption des hauts dirigeants du régime.

     

    Il y a aussi beaucoup d’insatisfaction face à des facteurs plus politiques : la répression du régime, l’étouffement politique. Le régime a certains éléments démocratiques, mais [reste] très répressif à plusieurs égards.

     

    Qui est à l’origine des manifestations ?

     

    Il semble qu’il n’y ait pas de parti politique ou de dirigeant qui organise et motive les gens à aller dans la rue. [Les manifestations] sont complètement spontanées, formées de gens qui sont monsieur et madame Tout-le-Monde descendus dans la rue.

     

    Est-ce qu’on assiste à une nouvelle révolution verte, comme en 2009 ?

     

    Ç’a été un mouvement majeur après l’élection truquée en faveur du président Mahmoud Ahmadinejad ; c’est la dernière fois qu’il y a eu des protestations à grande échelle en Iran. Mais il y avait des dirigeants associés aux factions réformistes du régime qui se posaient en leaders.

     

    Aujourd’hui, ça grossit depuis le 28 décembre, mais on n’a pas du tout la même échelle qu’en 2009. Est-ce qu’on va y arriver dans les prochains jours ? Je crois que les chances sont de moins de 50 %. Ça pourrait escalader encore, mais c’est aussi possible que les manifestations diminuent progressivement.

     

    Comment le gouvernement gère-t-il la crise actuellement, alors qu’une vingtaine de personnes ont perdu la vie ?

     

    Il gère la crise de façon relativement prudente. C’est un gouvernement répressif, mais efficace dans sa répression. Il comprend que lui-même est arrivé au pouvoir il y a presque 40 ans dans un contexte de révolution populaire qui a profité de la répression extrêmement violente du régime précédent.

     

    Le gouvernement de Rohani sait que [la répression] est plus efficace quand il utilise de façon calibrée les moyens dont il dispose.

     

    L’accès à Internet et aux réseaux sociaux a été restreint. Tout comme l’accès à la messagerie cryptée Telegram. Cette mesure peut-elle vraiment contenir le mouvement ?

     

    Le gouvernement ne sera pas capable de contenir le mouvement au complet. Bloquer certains médias sociaux et outils de communication, ça s’est déjà fait en 2009. La différence c’est [qu’à l’époque], on estimait que seulement 1 million d’Iraniens avaient des téléphones intelligents [contre] des dizaines de millions aujourd’hui. Les gens vont trouver d’autres moyens.

     

    Les États-Unis ont demandé à l’Iran de débloquer l’accès à Internet et ont encouragé les Iraniens à trouver des moyens détournés pour communiquer. Quel rôle peuvent jouer les États-Unis dans ce conflit et quel est leur intérêt ?

     

    Difficile de dire quelle est la position américaine. Le président Donald Trump a tweeté, mais ce sont juste des tweets. Que fait le gouvernement américain concrètement ?

     

    Idéalement, il ne devrait rien faire, car ce sont des problèmes iraniens qui ont une solution iranienne. Plus le président Trump, extrêmement impopulaire au Moyen-Orient, apporte son soutien aux manifestants, plus il leur nuit, car ça permet au gouvernement iranien de présenter les manifestants comme des marionnettes américaines. Ce n’est pas hypothétique de dire ça, le gouvernement iranien l’a déjà fait.

     

    La situation pourrait-elle empirer pour les manifestants ?

     

    Le bilan pourrait s’aggraver, car pour reprendre le pouvoir sur la situation le gouvernement va utiliser de plus en plus la force, il n’y a aucun doute.

     

    Le gouvernement est-il menacé ?

     

    La survie du gouvernement est loin d’être en danger. Il est solidement en place. Il fait face à beaucoup d’insatisfaction populaire, mais il y a des secteurs importants de la population qui l’acceptent. Tant que le régime demeure uni et bénéficie d’un soutien réel, il est en sécurité.

     

    Il va utiliser la force dans la rue, mais aussi les promesses habituelles. Le président Rohani le dit : il faut permettre un espace de contestation, mieux répondre aux demandes économiques et politiques de la population. Mais ces promesses fonctionnent de moins en moins dans une population plus critique et cynique.













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