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    Idées

    Armer l’Ukraine ou éviter l’effondrement?

    29 décembre 2017 | G. Daniel Caron - Ancien ambassadeur du Canada en Ukraine et chercheur associé à l’Institut des hautes études internationales de l’Université Laval | Actualités internationales
    La mission d’entraînement UNIFIER, composée de 200 militaires canadiens en Ukraine jusqu’en 2019, est une contribution importante, voire essentielle, du Canada à la professionnalisation des forces ukrainiennes.
    Photo: Force opérationnelle interarmées – Ukraine La mission d’entraînement UNIFIER, composée de 200 militaires canadiens en Ukraine jusqu’en 2019, est une contribution importante, voire essentielle, du Canada à la professionnalisation des forces ukrainiennes.

    Le Canada et les États-Unis s’engagent dans le conflit armé en Ukraine. Il y a deux semaines, les États-Unis ont décidé de fournir des armes à l’Ukraine, incluant possiblement des missiles, alors que, depuis le 13 décembre dernier, le Canada permet aux entreprises et aux particuliers canadiens d’y exporter des armes automatiques et autres « dispositifs prohibés ».

     

    On a ainsi jugé qu’il fallait plus que la diplomatie, les sanctions imposées à la Russie, les missions d’entraînement militaire en Ukraine, l’aide financière ou les gestes politiques, comme la première visite à Kyiv (Kiev) récemment de la ministre des Affaires étrangères du Canada, Chrystia Freeland.

     

    Le président Barack Obama avait longuement hésité puis avait refusé de franchir cette ligne. Quant à Stéphane Dion, alors ministre des Affaires étrangères du Canada, il soutenait que de couper les ponts avec la Russie n’avait « aucune conséquence positive », et souhaitait plutôt un réchauffement des relations. Ces décisions récentes vont autrement.

     

    Il est vrai que la mission d’entraînement UNIFIER, composée de 200 militaires canadiens en Ukraine jusqu’en 2019, est une contribution importante, voire essentielle, du Canada à la professionnalisation des forces ukrainiennes. On ne les sait ni disciplinées ni bien préparées.

     

    Qui plus est, la situation sur le terrain est des plus alambiquées. Kristopher Reeves, commandant de la mission canadienne, déclarait au magazine Business Ukraine du 14 décembre que « l’Ukraine est un laboratoire de batailles. Si vous voulez comprendre la guerre hybride, vous devez étudier l’Ukraine. Vous pouvez en voir tout le spectre en action ici ». Les rebelles sont soutenus par des intérêts présumés russes alors que l’armée ukrainienne serait aidée par des groupes paramilitaires qui ne sont pas directement sous le contrôle de Kyiv. Les nombreuses cyberattaques et les propagandes étatiques viennent encore plus embroussailler la crise.

     

    Dans ce contexte, est-ce donc une bonne décision de devenir fournisseurs d’armes létales ?

     

    C’est ce que croit Anders Fogh Rasmussen, ex-secrétaire général de l’OTAN et maintenant lobbyiste international à la solde de l’Ukraine. Depuis plusieurs mois, il multiplie les rencontres dans les grandes capitales. Rasmussen réclame que les États-Unis arment mieux les forces ukrainiennes. Ces partisans avancent qu’envenimer le conflit forcera la Russie à reconnaître son soutien aux séparatistes et permettra de sortir de cette guerre hybride. C’est certain que ce nouvel armement sera employé et il est prévisible que la Russie répondra en renforçant son présumé engagement militaire. Mais quelqu’un croit-il vraiment en la solution militaire du conflit ?

     

    Sans surprise, la décision du président des États-Unis est déjà qualifiée de « sabotage du processus de paix » par la Russie. De leur côté, les politiciens européens, y compris le président allemand Steinmeier, se sont opposés à cet engagement. La France et l’Allemagne, envoyés de l’Union européenne (UE) au coeur du conflit dont les diplomates sont derrière les véritables efforts de paix, ont déclaré au lendemain de l’annonce américaine « qu’il n’y a pas d’autres solutions qu’un règlement exclusivement pacifique du conflit ».

     

    Éviter l’effondrement financier

     

    Le Fonds monétaire international, la Banque mondiale, l’UE et d’autres partenaires, dont le Canada, ont soutenu l’économie ukrainienne depuis son indépendance. Seulement au titre de l’aide au développement, le Canada a déjà fourni un demi-milliard de dollars. Le récent rapport du Comité permanent de la défense nationale de la Chambre des communes à Ottawa rapporte que seul le conflit dans l’est du pays aurait causé des dommages de plus de 50 milliards à l’économie ukrainienne. Sans compter la perte de la Crimée et des troubles à Kyiv.

     

    Si l’Union européenne ne croit pas à une solution militaire, la solution économique reçoit pour sa part beaucoup d’appuis. Depuis plusieurs semaines maintenant, l’ancien premier ministre de la Lituanie Andrius Kubilius dirige une campagne pour soutenir un plan européen pour l’Ukraine. L’idée, développée à Paris, Berlin et Bruxelles, également connue sous le nom de plan Marshall pour l’Ukraine, s’inspire du grand stratège militaire Clausewitz qui considérait que « l’économie est la continuation de la guerre mais avec des moyens pacifiques ». Le but du Plan est de reconstruire l’économie ukrainienne coûte que coûte. Pour ses promoteurs européens, c’est la meilleure réponse à la crise actuelle et l’incitatif essentiel pour convaincre l’Ukraine de réformer ses institutions.

     

    Les Européens espèrent que cette idée sera discutée à La Malbaie les 8 et 9 juin prochains. Cette rencontre du G7 est aussi soulignée dans le rapport du Comité permanent de la défense nationale qui recommande que le Canada fasse la promotion des intérêts ukrainiens au G7.

     

    Le Canada se veut l’un des plus ardents défenseurs de l’Ukraine à l’échelle mondiale. Son gouvernement clame le retour du pays sur la scène diplomatique mondiale. Le Canada, en tant que président du G7, doit saisir cette occasion et mettre cette initiative européenne à l’agenda de la rencontre de La Malbaie.













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