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    Éditorial

    La valse des armes au Proche-Orient

    Toute une mise en scène, jeudi, dans une base militaire de Washington, de la part de l’ambassadrice américaine aux Nations unies, Nikki Haley, dans le cadre de la campagne trumpiste contre Téhéran. Debout parmi des débris de missiles qu’elle a présentés comme « preuves irréfutables » de la vente d’armes de l’Iran à ses alliés houthis au Yémen, elle a accusé le régime iranien d’être en « violation flagrante » de ses obligations internationales et de l’accord sur le nucléaire. Sur quoi, l’allié saoudien, qui n’en finit pas de s’étrangler d’indignation depuis le tir de missile effectué début novembre par les rebelles yéménites en direction de l’aéroport de Riyad, a lancé un appel on ne peut plus télégraphié à la communauté internationale afin qu’elle agisse contre l’Iran « immédiatement ».

     

    Il faut que les États-Unis, plus grand vendeur d’armes au monde devant la Russie et l’Arabie saoudite, une dictature armée jusqu’aux dents par les bons soins du Canada, entre autres fournisseurs, se sentent drôlement libres de rouler les opinions internationales dans la farine pour pousser d’aussi peu crédibles cris d’orfraie. Qui, de toute façon, ne sait pas déjà que l’Iran apporte son appui logistique aux Houthis, au vu de la violence avec laquelle la coalition de pays arabes emmenés par Riyad fait pleuvoir des bombes sur le Yémen ?

     

    C’est que, coïncidence utile, un rapport sur les circuits d’approvisionnement en armes du groupe État islamique (EI), publié le même jour par l’ONG Conflict Armament Research (CAR), montre à quel point les États-Unis ont une poutre dans l’oeil.

     

    La circulation d’armes dans le monde est une affaire aussi opaque que complexe. Fruit de trois ans d’enquête à Kobané, Bagdad, Fallouja et Mossoul, le rapport détaille sans surprise qu’une grande partie des armes du groupe EI a été pillée aux armées syrienne et irakienne. Il est plus éclairant en ce qu’il montre que des armes fournies aux rebelles syriens par les États-Unis et l’Arabie saoudite sont tombées aux mains du groupe EI. Plus précisément, il révèle que les livraisons américaines ont été faites dans la plupart des cas en violation des accords conclus avec les fournisseurs européens — notamment la Bulgarie et la Roumanie —, des accords qui interdisaient la réexportation des armes.

     

    Si donc Téhéran trahit sa signature, Washington fait pareil. En fait, Washington trahit doublement la sienne, étant signataire, lui, du Traité sur le commerce des armes (TCA, conclu en 2013), censé lutter contre le commerce illicite des armes classiques. Ce qui revient à ceci : en amont, des États pyromanes distribuent des armes à tort et à travers. En aval, les diplomaties sont priées d’éteindre les feux et les ONG, face aux crises humanitaires, de jouer les pompiers.













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