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    Éditorial

    Vice d’opacité au Honduras

    Le Honduras sous couvre-feu, l’armée dans la rue contre les manifestants. La crise politique dans laquelle s’enfonce ce petit pays d’Amérique centrale depuis la présidentielle du 26 novembre montre à quel point sa démocratie est fragile.


    Au Honduras, le « vol des élections » a fait descendre des milliers de Honduriens dans la rue. Un vol par lequel le candidat de la gauche Salvador Nasralla, chef de l’Alliance de l’opposition contre la dictature, a vu fondre l’avance de cinq points de pourcentage dont il disposait dans le décompte des voix — et que les experts jugeaient irréversible — à l’avantage du président sortant, Juan Orlando Hernandez (Parti national, droite), suivant des pannes louches du système informatique du Tribunal suprême électoral (TSE) et la décision de cet organisme de « vérifier » 30 % des votes…

     

    Samedi, l’opposition a donc déposé un recours en annulation pour fraude de l’élection présidentielle devant le TSE. Le lendemain, ce dernier annonçait, non pas le résultat définitif, mais que M. Hernandez était maintenant en tête avec 1,6 point d’avance — pendant que les forces de l’ordre délogeaient à coups de gaz lacrymogène les manifestants qui bloquaient plusieurs routes du pays.

     

    L’opposition a toutes les raisons de se méfier. D’abord parce que le processus électoral pèche manifestement par opacité. Ensuite parce que M. Hernandez avait déjà préparé le terrain à sa réélection, alors que la Constitution interdit le double mandat présidentiel. Membre du Congrès hondurien en 2012, il aura joué un rôle clé dans le congédiement de quatre juges de la Cour suprême, plus tard remplacés par des sympathisants de son Parti national (PN). Ce sont ces juges qui ont permis l’année dernière, dans la plus grande controverse, que l’interdiction constitutionnelle soit levée. Signe que les institutions honduriennes sont fragiles et que ceux qui tiennent le pouvoir arrivent à en faire ce qu’ils veulent.

     

    Car ce que M. Hernandez se trouve à vouloir faire est justement ce contre quoi le PN s’est opposé pour justifier le renversement par l’armée de l’ex-président Manuel Zelaya en 2009. M. Zelaya avait voulu réviser la Constitution et, pour avoir simplement voulu tenir à ce sujet une consultation populaire, il a été envoyé en exil au Costa Rica.

     

    À vrai dire, le tort de M. Zelaya aura surtout été de pencher à gauche, comme M. Nasralla. Issu d’une famille de grands propriétaires, M. Zelaya n’avait pas les mains propres, accusé d’avoir participé à une meurtrière campagne de répression de paysans sans terre dans les années 1970. Il aura apparemment su évoluer. Devenu président, il effectua un étonnant virage social : il augmenta le salaire minimum de façon inédite, s’attaqua à la mainmise des grandes pétrolières étrangères, adhéra à l’Alternative bolivarienne pour les Amériques d’Hugo Chávez… Au grand dam de Washington et de la bourgeoisie nationale.

     

    La crise actuelle s’inscrit dans ce conflit. Ce qui est encourageant, c’est que la société civile se mobilise — d’ailleurs inspirée en partie par les manifestations anticorruption qui ont débouché sur la démission du président Pérez Molina au Guatemala voisin.

     

    Le Canada pourrait se rendre utile dans ce combat pour la démocratie. Les minières canadiennes, régulièrement montrées du doigt pour leur complaisance à l’égard des pouvoirs politiques en place, sont partout présentes en Amérique latine. Justin Trudeau avait promis en campagne électorale de créer un poste d’ombudsman pour le secteur extractif, s’agissant de responsabiliser socialement les entreprises canadiennes à l’étranger. C’est un minimum, et pourtant Ottawa n’a toujours pas tenu promesse. La crise au Honduras est un appel à procéder.













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