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    Idées

    Le partage de la Palestine: 70 ans d’un conflit qui n’en finit plus

    7 décembre 2017 | Guy Durand - Professeur émérite de l’Université de Montréal, spécialisé en éthique. Auteur du livre «Israël et Palestine. Histoire ancienne et fractures actuelles». | Actualités internationales
    La solution à deux États indépendants préconisée par l’ONU représente encore le meilleur compromis , mais il faut faire vite avant que la situation actuelle en Palestine ne soit irréversible, croit l'auteur.
    Photo: Abbas Momani Agence France-Presse La solution à deux États indépendants préconisée par l’ONU représente encore le meilleur compromis , mais il faut faire vite avant que la situation actuelle en Palestine ne soit irréversible, croit l'auteur.

    Le 29 novembre 1947, après la Deuxième Guerre mondiale et le génocide des Juifs par les nazis, alors que la grande Palestine (sous mandat britannique depuis une trentaine d’années) est sujette à des violences constantes (Juifs contre Britanniques, Juifs et Arabes entre eux), l’ONU adopte une résolution prévoyant un plan de partage de la Palestine en deux États indépendants, l’un juif, l’autre arabe, ainsi que l’instauration d’une zone internationale sous contrôle de l’ONU, comprenant les lieux saints, Jérusalem et Bethléem. L’État juif devait couvrir un peu plus de 56 % du territoire, alors que les Juifs composaient environ 33 % de la population globale. La résolution comprend de nombreuses dispositions : garantie des droits des minorités dans chacun des États ; libre accès aux lieux saints à tous les citoyens des deux États, etc.

     

    Les autorités juives annoncent qu’elles acceptent le plan de l’ONU. De leur côté, les Arabes de la région, hostiles à la création d’un État juif au Proche-Orient, s’y opposent.

     

    Suivent 70 ans de conflits, de violence, de répression, de déclarations contradictoires, de condamnation, de processus de conciliation.

     

    Des guerres entre Israël et les pays voisins où Israël, chaque fois vainqueur, agrandit son territoire. Puis élargit son contrôle en autorisant la construction de logements à Jérusalem-Est, l’établissement de colons juifs dans une partie de la Cisjordanie (Territoires occupés), la construction de grandes routes réservées aux Juifs et l’instauration de postes de contrôle minutieux des Palestiniens. Sans compter le contrôle étroit de la bande de Gaza.

     

    Des violences entre Juifs et Palestiniens. Des Palestiniens se font exploser, attaquent au couteau ou foncent sur des gens avec une voiture ; des gens de Gaza lancent des roquettes artisanales sur le sud d’Israël. La violence s’accentue jusqu’à devenir de vrais soulèvements populaires (les Intifadas). De l’autre côté, des colons juifs détruisent des oliveraies palestiniennes, s’approprient des maisons et des terres ; des soldats ripostent de manière disproportionnée, comme le prônent les autorités israéliennes.

     

    Des déclarations d’indépendance. Proclamation de l’État d’Israël, le 14 mai 1948. Reconnue par l’ONU en mai 1949, après avoir été condamnée à l’origine. Proclamation d’un État de Palestine indépendant par l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) le 15 novembre 1988. Non reconnue par l’ONU, qui avait pourtant reconnu l’OLP comme représentant du peuple palestinien en mai 1974 et accordé le statut d’État observateur un plus tard. Revendications incompatibles des uns et des autres sur Jérusalem.

     

    Pour compliquer la situation, la violence éclate parfois entre les diverses organisations palestiniennes, notamment le Fatah (majoritaire à l’OLP) et le Hamas, qui gouverne à Gaza depuis janvier 2006.

     

    Et toutes ces années sont entrecoupées de dénonciations de l’ONU et d’organismes humanitaires, ainsi que de tentatives de négociation de paix, suscitées par divers pays, en particulier les États-Unis. Sans compter l’initiative française en mai 2016.

     

    Situation actuelle et idéologies en présence

     

    La situation actuelle est complexe : dans chaque nation existent des points de vue opposés.

     

    Chez les Juifs, d’abord. Un grand nombre, y compris des rabbins, critique le sionisme (retour des Juifs dans le Grand Israël), affirmant que la spiritualité juive est de vivre dans divers pays (en diaspora) en ne se distinguant des autres citoyens que par la religion. Plusieurs Juifs israéliens, plusieurs partis politiques sont favorables à la solution à deux États, des soldats refusent d’aller guerroyer en Cisjordanie, etc.

     

    Mais la majorité de droite, et surtout d’extrême droite, tient fortement à construire le Grand Israël : un État unique, juif, de la Méditerranée au Jourdain. Déjà, en 1848, Ben Gourion affirmait : « L’acceptation de la partition ne nous engage pas à renoncer à la Cisjordanie. » L’idée est reprise par presque tous les premiers ministres, notamment par Menahem Begin en 1967 et surtout Benjamin Nétanyahou. C’est d’ailleurs la base idéologique du Likoud (coalition politique), fondé en 1973. Et cette volonté de construire le Grand Israël se concrétise dans la « politique des petits pas » signalée précédemment.

     

    Dans le camp palestinien, par contre, l’évolution des idées s’est faite en sens contraire. À l’origine, appuyés par les États arabes voisins, les Palestiniens se sont opposés au partage du territoire. Ce fut l’objectif de l’OLP lors de sa création en 1964 et le rêve de Yasser Arafat au début de son engagement. Mais, au cours des ans, l’OLP a changé de stratégie, rejeté la violence et reconnu la solution à deux États en 1973. Encore plus explicitement en 1988, puis lors de la modification de sa Charte en 1996.

     

    C’est toutefois encore l’objectif de divers groupes islamistes, dont le Hamas présent surtout à Gaza. Mais ce dernier s’est montré plusieurs fois disposé à faire des concessions, à renoncer à la violence et à reconnaître l’État d’Israël, notamment quand il a accepté un gouvernement palestinien d’union en avril 2014. Encore plus explicitement début mai 2017 et en octobre 2017.

     

    La solution à deux États préconisée par l’ONU a-t-elle encore du sens ? Plusieurs n’y croient plus. Elle est pourtant le meilleur compromis. Pour deux raisons principales. 1) La réparation d’une injustice, que fut l’acceptation par l’ONU de la Déclaration d’indépendance unilatérale d’Israël, en 1949, sans une reconnaissance identique pour les Palestiniens. 2) Le sens même de la déclaration de l’ONU en 1947, qui portait sur l’existence de deux peuples égaux en dignité et en droits.

     

    Mais il faut faire vite avant que la situation actuelle ne soit irréversible. Ou avant que le président américain Trump ne fasse l’irréparable.













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