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    Que faire avec les djihadistes du groupe EI à leur retour au Canada?

    La déradicalisation et la réinsertion des combattants devraient être priorisées, croit le directeur d’un centre de prévention

    De la fumée se dresse derrière un drapeau et une bannière du groupe État islamique, dans le district de Daquq, en 2015.
    Photo: Marwan Ibrahim Agence France-Presse De la fumée se dresse derrière un drapeau et une bannière du groupe État islamique, dans le district de Daquq, en 2015.

    Alors que le territoire du groupe armé État islamique (EI) se réduit comme peau de chagrin, des familles québécoises désespèrent de revoir leurs filles vivantes. Le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence demande au gouvernement « d’envoyer un message clair » sur les procédures de rapatriement pour ces Québécoises.

     

    Ces femmes ont rejoint le groupe terroriste depuis au moins deux ans et la plupart ont eu des enfants avec des combattants.

     

    Cinq familles de ces filles sont en lien presque chaque jour avec le Centre, indique son directeur, Herman Deparice-Okomba. Les communications se sont fortement réduites dans les derniers mois alors que les bombardements s’intensifient sur le territoire du groupe EI.

     

    « Le désespoir de ces familles est à son comble. Depuis les cinq derniers mois, les parents voyaient que c’était la fin. On nous demande quoi faire, comment espérer les faire revenir », expose M. Deparice-Okomba.

     

    Ces femmes qui ont rejoint le groupe EI en Irak et en Syrie auraient fait part de leur volonté de revenir dans leurs communications avec leur famille au Québec. Elles l’ont fait à mots couverts pour ne pas alerter leur entourage djihadiste, explique-t-il : « C’est toujours de façon indirecte. Elles vont dire : “On va se revoir bientôt si tu m’envoies telle somme d’argent.” »

     

    D’autres utilisent leur langue d’origine dans des courriels ou des messages textes avec leurs parents pour éviter d’ébruiter leur désir de repartir.

     

    Accusations

     

    À leur retour au pays, les Canadiens, hommes ou femmes, qui ont voyagé jusqu’au groupe extrêmement radical peuvent faire face à des accusations. « Il est certain qu’ils doivent subir à leur retour les conséquences des actes qu’ils ont commis », reconnaît M. Deparice-Okomba.

     

    Mais il ajoute que la judiciarisation n’apporte pas une réponse complète, réitérant que « l’équilibre devrait être trouvé entre l’aspect sécuritaire et l’aspect psychosocial ».

     

    Un ancien combattant accusé pourrait devoir porter un bracelet électronique, par exemple. Il devrait toutefois aussi être obligé d’accepter de l’aide psychologique, croit le directeur du centre.

     

    Les familles des Québécoises ont raconté en détail à cet accompagnateur psychosocial le lavage de cerveau infligé par des « agents de radicalisation ». La perception d’une injustice devant l’action limitée du Canada et des pays occidentaux devant la mort de milliers d’enfants syriens peut avoir joué au départ, ou encore de simples questions humanitaires, « puis des gens ont détourné ces motivations », indique-t-il.

     

    La déradicalisation et la réinsertion des individus qui ont quitté le groupe EI devraient ainsi être priorisées dans une politique nationale, conclut-il.

     

    Peu de retours, selon Ottawa

     

    Chacun des cas est examiné individuellement pour l’instant, confirme le cabinet du ministre de la Sécurité publique Ralph Goodale. Questionné sur les procédures à suivre pour ces femmes, M. Goodale, a déclaré « que toutes les précautions seront prises pour s’assurer que les Canadiens sont en sécurité ».

     

    « L’analyse d’experts suggère que peu de ces extrémistes reviendront au Canada. Pour ceux qui ne sont pas déjà morts, il peut être difficile de partir », écrit quant à lui au Devoir Scott Bardsley, son attaché de presse.

     

    Ils seraient une trentaine de Québécois à avoir rejoint les rangs du groupe EI, selon le Centre de prévention de la radicalisation.

     

    Le professeur de criminologie Stéphane Leman-Langlois expose que les femmes constituent 15 % des djihadistes canadiens enregistrés dans la base de données de l’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent (OSR), dont il est cofondateur.

     

    Il y a environ 180 personnes ayant des liens avec le Canada qui « mènent des activités terroristes à l’étranger, dont la moitié se trouverait en Syrie ou en Irak », estime le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS). Ce service a été mis au courant du retour d’une soixantaine d’individus, un chiffre qui n’a pratiquement pas bougé depuis deux ans.

     

    Ces situations soulèvent de rares questions, par exemple sur le sort à réserver aux enfants de ces femmes.













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