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    Éditorial

    Les non-dits du pape au Myanmar

    Le pape François n’a pas osé briser mardi le tabou qui interdit de prononcer le mot « Rohingya » au Myanmar ? Mais qu’il l’ait prononcé, qu’est-ce que ça aurait changé ? Dans ce pays de 53 millions d’habitants, bouddhistes à 90 %, les catholiques sont une microminorité (1,3 % de la population), à peine moins nombreux d’ailleurs que les musulmans. La toute petite Église catholique n’a pas au Myanmar le poids qu’elle a à Cuba, par exemple. C’est dire. Combien d’années aura-t-il fallu attendre avant que la visite « historique » de Jean-Paul II à Cuba en 1998 et la diplomatie discrète du Vatican ne donnent enfin des résultats ? Si tant est qu’elles en ont donné.

     

    Le pape François s’enveloppant dans sa diplomatie moralisatrice au premier jour de sa visite dans ce pays violent et compliqué — un pays où se perpétue la dictature militaire derrière le masque qu’accepte de lui prêter Aung San Suu Kyi —, il a donc évoqué le sort des Rohingyas en filigrane, appelant les dirigeants myanmarais à « construire un ordre juste, réconcilié et inclusif », de manière à garantir « le respect des droits de tous ceux qui considèrent cette terre comme leur maison ». En écho, Aung San Suu Kyi a déclaré en termes lénifiants que le but de son gouvernement était de « mettre en évidence la beauté de notre diversité et d’en faire notre force ».

     

    Autant de courbettes et de non-dits qui mettent surtout en évidence le joug qu’exerce l’armée sur la vie nationale et la profondeur des sentiments antimusulmans qui habitent la majorité bouddhiste, y compris dans les milieux de l’opposition démocratique.

     

    Des pressions internationales peuvent et doivent être exercées sur le régime myanmarais afin que l’armée et ses milices ultrareligieuses mettent un terme aux attaques de nature génocidaire — exécutions sommaires, viols, terres et villages incendiés — qu’elles mènent contre les Rohingyas. Mais alors que plus de 600 000 Rohingyas ont aujourd’hui fui au Bangladesh voisin, on voit bien que l’empathie des capitales occidentales se heurte à leurs intérêts géostratégiques (lire : contenir l’influence chinoise).

     

    Au-delà, le sort fait à ces « Bengalis », que les Myanmarais considèrent comme des illégaux sans droit du sol alors qu’ils y sont souvent depuis des générations, témoigne de la répression dont sont victimes depuis des décennies l’ensemble des minorités ethniques qui forment ce pays mosaïque. Le fait est que le Myanmar est un pays tenu par la force depuis toujours, d’abord par les Britanniques, ensuite par les généraux. Rien ne peut changer vraiment tant que tiendra ce joug — dont la peur irraisonnée de l’islamisation est un rouage.













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