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    Chronique

    Métastases de l’islamisme

    La défaite militaire, à de terrifiants coûts humains et matériels, du groupe armé État islamique en Irak et en Syrie ne signifie ni la fin de la guerre dans ces deux pays ni la fin de l’islam guerrier et violent dans le monde.

     

    En Syrie, l’irruption, dès l’automne 2011, d’une violente insurrection islamiste, en parallèle de l’insurrection démocratique panarabe déclenchée ce printemps-là par les événements de Tunisie et d’Égypte, a fourni une paradoxale et perverse « bouée de sauvetage » au régime.

     

    Elle lui a permis d’assimiler au « terrorisme » tout soulèvement armé quel qu’il fût, voire toute manifestation hostile au régime, et de justifier dès le début la répression contre des protestataires pacifiques.

     

    Il s’agissait d’agiter les mots-clés « Terrorisme islamiste ! » Les protestataires – hommes, femmes, vieux, jeunes ou très jeunes – qui avaient défilé, cheveux au vent, entre mars et juin 2011 en Syrie, sous le slogan « Démocratie ! »… n’étaient pourtant ni terroristes ni islamistes.

     

    Si on y ajoute (1) la libération délibérée, par les autorités de Damas dès le début de la guerre, de milliers de prisonniers susceptibles de rejoindre l’opposition djihadiste armée encore embryonnaire, et (2) le non-bombardement délibéré, par le régime de Damas et son allié russe, des zones tenues par les djihadistes les plus radicaux pendant une bonne partie de la guerre (Raqqa), on a réuni les ingrédients d’une « prophétie autoréalisatrice ».

     

    Le djihadisme sunnite en Irak a été une réaction, entre autres, à la désastreuse intervention militaire américaine de 2003. Le djihadisme en Syrie, lui, a été soigneusement suscité, voire entretenu, par le régime de Damas, de manière à en faire un épouvantail utile et autojustificateur, pour se maintenir au pouvoir.

     

    Aujourd’hui, les djihadistes s’effacent dans ces deux pays ; la guerre a diminué d’intensité. Bachar al-Assad, le miraculé, peut maintenant se montrer comme un « moindre mal », après cette apparente défaite islamiste (même si son régime a probablement tué, depuis 2011, entre cinq et dix fois plus de civils innocents que tous les djihadistes du Levant réunis !).

     

    Du côté de l’Irak, de nouveaux fronts pourraient s’ouvrir entre Arabes et Kurdes au nord, entre chiites majoritaires et sunnites déchus dans l’est et le sud, sur fond d’ingérences iraniennes et saoudiennes…

     

    Déclinant au Levant, le djihadisme — ce mouvement, dérivé du fondamentalisme, qui prétend imposer par la force une version intégrale de l’islam — veut rappeler à notre souvenir sa vigueur conquérante.
     

    En Occident bien entendu, où de nouveaux attentats sont toujours possibles, voire probables, et où l’islamisme idéologique se bat pour avancer et s’insinue dans nos débats de société.

     

    Mais aussi :

     

    Cet été, les ministres de la Défense de l’Asie du Sud-Est — il s’agit surtout de l’Indonésie et des Philippines, longtemps réputées « terres d’islam modéré » — se sont réunis à Singapour pour déclarer que l’islamisme y est devenu « une menace grave à la sécurité des États de la région ».

     

    Le mois dernier, les « shebabs » de Somalie (jeunes milices islamistes), affiliés à al-Qaïda, ont perpétré au centre de la capitale Mogadiscio l’attentat le plus meurtrier de l’histoire du pays : 358 personnes ont trouvé la mort en quelques minutes.

     

    Vendredi en Égypte, dans cette péninsule du Sinaï en bonne partie aux mains de djihadistes pro-groupe État islamique, une mosquée soufie (variante pacifiste et mystique de l’islam, considérée hérétique par de nombreux sunnites) a été l’objet d’un carnage sans précédent. Plus de 300 morts : un record dans l’histoire du pays pour un seul attentat. Le président Abdel Fattah al-Sissi, qui a pris le pouvoir en 2013 par un putsch sanglant contre des islamistes (relativement) modérés, élus démocratiquement, se retrouve aujourd’hui avec la variante la plus féroce de l’islam violent.

     

    En ce moment même au coeur d’Islamabad, la capitale du Pakistan, un sit-in d’islamistes intégristes bloque des artères importantes pour demander le départ d’un ministre accusé de blasphème. Détail significatif : l’armée, elle-même sympathisante envers les islamistes, a déclaré qu’elle n’utiliserait pas la force contre les manifestants.

     

    Ainsi vont, après la chute de l’organisation État islamique à Mossoul et à Raqqa, les métastases de l’extrémisme politico-religieux. Aux quatre coins du monde, en 2017, la guérilla islamiste, qu’elle soit militaire, politique ou idéologique, avance ses pions.













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