Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    Chronique

    Sainte-Alliance contre l’Iran

    Derrière les terribles bombardements au Yémen, un pays qui prend la relève, dans l’horreur, de la Syrie exsangue; derrière les bizarres allées et venues du premier ministre du Liban – « démissionné » ou non, on ne sait – entre Beyrouth, Riyad et Paris; derrière le blocus du Qatar par ses voisins du Golfe (qu’on croyait amis, mais qui ne le sont pas)… se profile un grand face-à-face géopolitique du XXIe siècle.

     

    Celui qui oppose, des deux côtés du golfe Persique, l’Iran (chiite) des ayatollahs et l’Arabie saoudite (sunnite) des princes du pétrole.

     

    Syrie, Yémen, Liban, Qatar : tous ces conflits ou presque ont d’abord des causes et des logiques internes, nationales… Mais tous se voient tôt ou tard récupérés, voire réduits à des cas de figure singuliers d’un grand affrontement géopolitique qui les dépasse.

     

    L’hostilité et la rivalité stratégique entre chiisme et sunnisme sont connues. Derrière cette ancienne dichotomie, qui peut fouetter les solidarités tribales et le zèle de certains fanatiques, se cachent d’autres types d’intérêts – sécuritaires, économiques, stratégiques – mis en avant par les élites politiques et militaires.


     

    Les alignements peuvent évoluer. On voit bien en ce moment se développer, pour faire la vie dure à l’Iran – voire pour lui déclarer la guerre – un axe Washington-Jérusalem-Riyad, qui est inédit.

     

    Il s’agit pour les Israéliens et les Saoudiens, également obsédés par les menées iraniennes, de faire pièce à l’infiltration évidente de Téhéran sur différents théâtres nationaux. En Syrie, où les Gardiens de la révolution iraniens, avec l’armée russe, ont sauvé la mise à Bachar al-Assad. Au Yémen, où l’Iran soutient les rebelles houthis (apparentés chiites), alors que les avions saoudiens, depuis juin 2015, mettent le pays à feu et à sang. Au Liban, où le Hezbollah (chiite), aujourd’hui surarmé, représente une force de blocage, voire un « État dans l’État ».

     

    Inattendu bien que logique – au nom de la haine commune de l’Iran –, le rapprochement entre Riyad et Jérusalem a poussé le chef d’état-major de l’armée israélienne à déclarer, jeudi dernier, que « nous sommes prêts à partager du renseignement avec l’Arabie saoudite ». Du jamais vu.

     

    L’obsession et la radicalité des Israéliens face au nucléaire iranien sont connues. Mais du côté saoudien, depuis l’arrivée au pouvoir de facto du prince Salman début 2015, le zèle et la paranoïa anti-iraniens dépassent maintenant tout ce qu’on peut entendre en Israël.

     

    Salman, le jeune héritier, purge à l’intérieur (des dizaines de princes rivaux et hommes d’affaires richissimes – deux catégories qui se confondent totalement dans ce royaume privé – ont été arrêtés) avec la même brutalité qu’il guerroie à l’extérieur (les bombardements saoudiens au Yémen ont provoqué, selon l’ONU, « une des pires tragédies humanitaires au XXIe siècle »).

     

    C’est également son régime qui a retenu, apparemment contre son gré, le premier ministre libanais Saad Hariri pendant près de deux semaines, pour un mystérieux séjour forcé dans le Golfe… avant que la France, ce week-end, n’offre un sauf-conduit à cet étrange prisonnier, l’invitant à Paris et se félicitant de ce supposé « succès diplomatique ».


     

    Et toute cette brutalité saoudienne, avec l’appui explicite du président Trump, dont la politique moyen-orientale semble se résumer à un suivisme total de ce que font ou disent Israéliens et Saoudiens… alors que Barack Obama, lui, s’était graduellement et courageusement distancié de Riyad, en s’appuyant notamment sur la nouvelle indépendance énergétique des États-Unis.

     

    Mais jusqu’où les Israéliens seront-ils prêts à suivre le jeune prince de 32 ans, qui semble aujourd’hui vouloir aller très loin, très vite, avec une impulsivité inquiétante ? Si sa brutale reprise en mains, à l’interne, semble avoir efficacement cloué au sol ses ennemis des familles rivales, ses aventures à l’international, avec l’Iran dans son collimateur, sont plus hasardeuses.

     

    La guerre au Yémen, malgré une énorme puissance de feu (pour ses dépenses d’armements, l’Arabie saoudite est quatrième au monde), semble marquer le pas : sur fond de ruines fumantes et de populations décimées, les rebelles yéménites conservent leurs positions. Quant aux tentatives saoudiennes de manipuler le leadership sunnite au Liban (le « rapt » de Saad Hariri), on ne voit pas à quoi elles ont pu mener…

     

    Dans ces conditions, ouvrir maintenant un front avec l’Iran ? Susciter une nouvelle guerre avec le Hezbollah ? Nul doute que cela démange le prince Salman, mais…













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.