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    Éditorial

    Élections au Liberia: attentes et corruption

    Elle aura sans doute soulevé trop d’espoirs pour ne pas décevoir. Élue présidente en 2005 dans la foulée d’une guerre civile (1989-2003) qui a fait quelque 250 000 morts, Ellen Johnson Sirleaf, ancienne économiste de la Banque mondiale, incarnait le rêve de voir enfin les conditions de vie s’améliorer pour le commun des Libériens dans un pays où les infrastructures, à commencer par l’approvisionnement en électricité, sont dans un état lamentable et où les deux tiers de la population se débrouillent avec moins de 2 $US par jour… Des attentes d’autant plus grandes que, symbole fort, elle devenait la première femme élue chef d’État en Afrique.

     

    Au final, les progrès sont très partiels.

     

    Certes, les Libériens peuvent lui savoir gré d’avoir élargi le champ de la liberté d’expression, dans un climat où la paix reste malgré tout fragile quatorze ans après la fin de la guerre civile. Mme Sirleaf a ensuite le mérite de ne pas avoir essayé de modifier la Constitution pour briguer un troisième mandat, annonçant très tôt qu’elle ne serait pas candidate à l’élection présidentielle dont le premier tour avait lieu mardi. Elle a fait là preuve d’un bel esprit démocratique, ce qu’on ne peut certainement pas dire de tous ces chefs d’État africains qui décident de s’accrocher au pouvoir coûte que coûte. Si bien qu’en ce pays de quatre millions d’habitants, fondé en 1822 par des esclaves américains noirs affranchis, le prochain président sera le premier en 70 ans à arriver à la présidence par alternance électorale. Ce n’est pas rien, mais ce n’est pas tout.

     

    À la décharge de Mme Sirleaf, il faut dire que ses efforts pour relancer l’activité économique ont été gravement plombés par l’épidémie d’Ebola (2014-2015) et la chute du cours des matières premières. Cela peut-il pour autant excuser sa plus grande défaite, ou sa plus grande lâcheté, c’est-à-dire d’en avoir fait trop peu pour endiguer le fléau de la corruption ? Mme Sirleaf aura été, en ce sens, pareille à tant d’autres, voyant vite sa bonne volonté politique se heurter au vieux système de copinage et de clientélisme. Dans l’actualité, le tout petit Liberia est après tout une illustration parmi tant d’autres d’un obstacle majeur au progrès social, d’un obstacle qui ne connaît pas de frontières.

     

    Mme Sirleaf quitte donc la présidence dans un état de grande impopularité. L’un des principaux meneurs à sa succession est George Weah, ancien joueur vedette de soccer, et sa colistière à la vice-présidence est Jewel Howard Taylor, l’ex-femme de l’ancien président Charles Taylor, condamné en 2012 à 50 ans de prison pour crimes contre l’humanité. Ainsi va la démocratie au Liberia. On voudrait l’empêcher de s’améliorer qu’on ne s’y prendrait pas autrement.













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