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    Un arrêt des hostilités au Myanmar?

    Les rebelles rohingyas proclament un cessez-le-feu d’un mois, mais le gouvernement refuse de négocier avec des «terroristes»

    11 septembre 2017 | Nick Perry - Associated Press à Rangoun | Actualités internationales
    Une réfugiée rohingya est assise près d’un abri temporaire de l’ONU dans un camp près de la ville de Ukhia, au Bangladesh, le 9 septembre 2017.
    Photo: Munir Uz Zaman Agence France-Presse Une réfugiée rohingya est assise près d’un abri temporaire de l’ONU dans un camp près de la ville de Ukhia, au Bangladesh, le 9 septembre 2017.

    Les rebelles rohingyas, dont les attaques contre la police fin août au Myanmar avaient déclenché la répression de l’armée, ont déclaré dimanche un cessez-le-feu unilatéral d’un mois, le gouvernement de la Birmanie répondant toutefois qu’il ne négociait pas avec des « terroristes ».

     

    D’après les derniers chiffres des Nations unies, près de 300 000 personnes, la plupart des musulmans de la minorité rohingya, se sont réfugiées au Bangladesh pour fuir les troubles. Des milliers de personnes seraient toujours en fuite, cachées dans les forêts ou sur des collines du côté myanmarais, sans vivres ni eau.

     

    « L’Armée du salut des Rohingyas de l’Arakan [ARSA] déclare l’arrêt temporaire de ses opérations militaires offensives », a annoncé le groupe rebelle dans un communiqué sur Twitter.

     

    L’ARSA, plus connue localement sous le nom Harakah al-Yaqin (« Mouvement de la foi » en arabe), ajoute vouloir ainsi favoriser l’arrivée de l’aide humanitaire. Le groupe a appelé le Myanmar a faire également une « pause humanitaire ».

     

    « Nous ne négocions pas avec les terroristes », a toutefois répondu dans un tweet, dimanche, Zaw Htay, conseiller du gouvernement, qui a classé le groupe dans cette catégorie.

     

    Depuis le début des violences, l’État Rakhine est bouclé et interdit d’accès pour la presse, mais aussi pour les organisations internationales, qui craignent une crise humanitaire.

     

    Dimanche, le ministre des Affaires étrangères du Bangladesh, A. H. Mahmood Ali, a dénoncé un « génocide » en cours dans cet État.

    La communauté internationale dit que c’est un génocide. Nous disons aussi que c’est un génocide.
    Le ministre des Affaires étrangères du Bangladesh, A. H. Mahmood Ali
      

    Dans un camp improvisé près de Shamlapur, au Bangladesh, les réfugiés rohingyas doutaient eux que ce cessez-le-feu puisse être pour eux synonyme de retour dans leur village.

     

    Les soldats myanmarais « nous disent “Partez ou bien nous allons tous vous brûler”. Comment peut-on croire qu’un cessez-le-feu ait le moindre effet ? » explique à l’AFP Hafez Ahmed, 60 ans. Et pour beaucoup, il ne reste plus rien : « Je n’ai plus rien là-bas, plus de maison, plus de village. Tout a été détruit », renchérit Hashem Ullah, un fermier rohingya.

     

    Samedi pour la première fois, le Myanmar a promis la mise en place de camps pour accueillir les musulmans rohingyas déplacés.

     

    Environ 27 000 bouddhistes et hindous ont également fui leurs villages et ont trouvé refuge dans les monastères et les écoles dans le sud de la région.

     

    Les troubles ont débuté le 25 août avec les attaques coordonnées de plusieurs dizaines de poste-frontières myanmarais par les rebelles rohingyas, équipés de simples machettes et couteaux.

     

    Le groupe, qui avait déjà revendiqué des attaques en octobre dernier, dit avoir pris les armes pour défendre les droits bafoués de la minorité musulmane rohingya. D’après l’armée myamaraise, près de 400 d’entre eux auraient été tués pendant les combats.

     

    Depuis des décennies, le million de Rohingyas, qui représente la plus grande population apatride au monde, est victime de discriminations au Myanmar, pays à majorité bouddhiste.

     

    La Croix-Rouge au Bangladesh s’est félicitée de la promesse du cessez-le-feu, car les organisations humanitaires sont acculées face à une « crise immense ».

     

    « Comment voulez-vous gérer un tel afflux de personnes ? Ils veulent un abri, ils veulent un endroit sûr », a déclaré à l’AFP Misada Said du CICR au Bangladesh.

     

    Pour fuir l’armée myanmaraise, accusée par les réfugiés d’exactions (meurtres, incendie de villages), des centaines de milliers de personnes ont quitté leurs villages du nord de l’État Rakhine.

     

    La plupart arrivent au Bangladesh à pied, après des jours de marche sous la pluie, ou en bateau. Les deux pays ont une frontière longue de 278 kilomètres, et un quart de celle-ci est constituée par le fleuve Naf.

     

    Après un long périple sans vivres, les nouveaux arrivés sont souvent malades, affamés et très affaiblis, racontent les ONG. Certains arrivent également avec des blessures par balles.

     

    Et au bout du chemin, ils trouvent des camps déjà saturés.

     

    Au total, on estime qu’entre les violences d’octobre qui avaient poussé 87 000 personnes à fuir et les troubles actuels, près du tiers des Rohingyas du Myanmar sont désormais au Bangladesh.

     

    « Je crois que cela va être une des pires catastrophes que le monde et le Myanmar aient vu ces dernières années », s’est inquiétée vendredi la rapporteuse spéciale de l’ONU pour le Myanmar, Yanghee Lee.

     

    Déplorant l’absence d’accès à cette région, où selon elle, plus d’un millier de personnes, essentiellement des Rohingyas, pourraient avoir été tuées, elle a également exhorté Aung San Suu Kyi, qui dirige de facto le gouvernement myanmarais, à « se mobiliser ».

     

    Au Myanmar, les Rohingyas sont victimes de multiples discriminations : travail forcé, extorsion, restrictions à la liberté de mouvement.













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