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    Le président turc critique vertement le gouvernement allemand

    19 août 2017 | Stuart Williams - Agence France-Presse à Istanbul | Actualités internationales
    Le président turc Recep Tayyip Erdogan
    Photo: Service présidentiel de presse turc via Associated Press Le président turc Recep Tayyip Erdogan

    Le président turc Recep Tayyip Erdogan s’en est vertement pris samedi au gouvernement allemand, recommandant notamment au ministre des Affaires étrangères Sigmar Gabriel de « connaître ses limites », après que ce dernier a dénoncé son « ingérence » dans les élections en Allemagne.

     

    « Il ne connaît aucune limite ! Qui es-tu pour parler au président de la Turquie ? […] Connais tes limites ! Il tente de nous faire la leçon […] Depuis combien de temps fais-tu de la politique ? Quel âge as-tu ? », a déclaré M. Erdogan dans un discours télévisé.

     

    Cette attaque personnelle contre Sigmar Gabriel est survenue au lendemain d’un accrochage verbal entre Ankara et Berlin, dont les relations sont particulièrement tendues depuis le putsch manqué du 15 juillet 2016 en Turquie, imputé au prédicateur Fethullah Gülen, qui nie une telle implication.

     

    M. Erdogan a enjoint vendredi aux Turcs qui disposent également de la nationalité allemande de « donner une leçon » aux partis chrétiens-démocrates (CDU), social-démocrate (SPD), dont M. Gabriel est membre, et aux Verts, tous « irrespectueux envers la Turquie » selon lui, à l’occasion des législatives du 24 septembre.

     

    Sigmar Gabriel y a vu « un acte d’ingérence exceptionnel dans la souveraineté de notre pays », avant que la chancelière Angela Merkel ne dise, par le biais d’un porte-parole, ne « tolérer aucun type d’ingérence ».

     

    De son côté, le candidat social-démocrate à la chancellerie, Martin Schulz, a estimé que M. Erdogan, qui multiplie les saillies contre les dirigeants allemands, avait « perdu toute mesure ».

     

    « Bien sûr qu’ils se sont sentis mal à l’aise. Ils ont tous commencé à faire des bonds », a encore déclaré le président turc samedi dans un discours devant des sympathisants dans la province de Denizli [sud-ouest]. Et il a réitéré son appel aux Turcs d’Allemagne à ne voter ni pour le SPD, ni pour la CDU, ni pour les Verts.

     

    « Donnez-leur une leçon [à ces trois partis] à l’occasion des élections allemandes. Ils font campagne contre la Turquie. Votez pour ceux qui n’ont aucune animosité envers la Turquie », s’est-il exclamé.

     

    « Peu importe que l’Allemagne nous ouvre ou non ses portes. Nous avons assez de portes », a encore lancé M. Erdogan.

     

    Les Turcs nombreux en Allemagne

    La communauté turque en Allemagne, forte de trois millions de membres, est la plus importante du monde hors des frontières de la Turquie et près de 1,2 million de Turcs disposent également de la nationalité allemande, ce qui leur permettra de voter aux prochaines élections.

     

    Par le passé, les Allemands d’origine turque ont plutôt voté à gauche, en majorité pour le SPD. Mais Recep Tayyip Erdogan est très populaire au sein de la diaspora turque en Allemagne, qui a voté à 59 % pour son parti aux législatives de novembre 2015.

     

    Bekir Bozdag, vice-premier ministre turc et porte-parole du gouvernement, a quant à lui accusé samedi l’Allemagne d’ingérence dans le référendum du 16 avril dernier sur l’extension des pouvoirs du chef de l’État turc, que ce dernier n’a remporté qu’à une très courte majorité.

     

    « L’attitude du gouvernement allemand a été très claire », car il a, selon lui, soutenu le « non ».

     

    M. Bozdag a enfin repris les accusations qu’Ankara porte contre Berlin, selon lesquelles l’Allemagne tolère la présence sur son sol de putschistes impliqués dans le coup d’État de 2016 et de séparatistes kurdes du PKK, classée organisation terroriste par Ankara et ses alliés occidentaux.

     

    « L’Allemagne soutient le PKK », a asséné ce responsable. « Le PKK est un groupe terroriste, mais l’Allemagne lui offre assez clairement une protection ».

     

    C’est dans ce contexte qu’un écrivain allemand d’origine turque, Dogan Akhanli, a été arrêté samedi en Espagne à la demande de la Turquie, a annoncé le ministère allemand des Affaires étrangères, qui a demandé à Madrid de ne pas l’extrader vers la Turquie.

     

    Présenté comme un critique du régime turc, Dogan Akhanli a déjà eu affaire à la justice turque. Soupçonné d’être impliqué dans un vol à main armée en 1989, il avait été arrêté à son arrivée à Istanbul en 2010. Il avait finalement été relâché puis innocenté avant qu’une cour d’appel n’ordonne une nouvelle procédure. Des députés Verts allemands avaient assuré que ces poursuites avaient un caractère politique.

     

    À l’heure actuelle, dix Allemands, certains ayant la double nationalité, sont détenus en Turquie, selon les autorités allemandes. Parmi eux, Deniz Yücel, un journaliste germano-turc, correspondant du quotidien allemand Die Welt, emprisonné depuis février.













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