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    Barcelone critiquée pour n’avoir pas sécurisé la Rambla

    Montréal et plusieurs autres grandes villes ont modifié leurs pratiques pour protéger les citoyens

    Touristes et Barcelonais ne se sont pas laissés intimider et sont retournés sur la Rambla au lendemain de l’attaque terroriste.
    Photo: Manu Fernandez Associated Press Touristes et Barcelonais ne se sont pas laissés intimider et sont retournés sur la Rambla au lendemain de l’attaque terroriste.

    Au lendemain de l’hécatombe causée par l’attaque à la voiture-bélier à Barcelone, les autorités locales ont dû essuyer une salve de critiques déplorant l’absence de bollards et de barrières physiques sur la Rambla pour protéger les foules.

     

    Même si le recours à ce type de mesures protectrices est devenu fréquent dans nombre de métropoles depuis la multiplication d’attaques perpétrées avec des véhicules, la ville de Barcelone a plutôt choisi d’opter pour une présence accrue de policiers « aux points stratégiques de la ville », a rétorqué vendredi la mairesse Ada Colau à ses détracteurs, lors d’une entrevue accordée à une chaîne de télévision locale.

     

    Cette déclaration a d’autant plus surpris qu’au lendemain de l’attentat au camion-bélier survenu dans un marché de Noël à Berlin en décembre 2016, qui a fait 12 morts, le ministère espagnol de l’Intérieur avait envoyé une directive aux « Mossos d’Esquadras » (force de police de la Catalogne) et aux divers corps de police et comités de sécurité du pays soulignant l’importance de procéder à l’installation de barrières massives pour contrer de pareilles attaques terroristes.

     

    « La protection des espaces publics devrait être assurée par les municipalités », indique la lettre, coulée vendredi dans certains médias espagnols.

     

    À Barcelone, il semble que les autorités locales aient fait fi de cette recommandation, et décidé de ne pas recourir à des « piles » ou des bollards sur la Rambla, en raison notamment de la difficulté que posent ces obstacles à la circulation de véhicules d’urgence et au nettoyage des rues, a indiqué la mairesse. Aucun moyen ne peut empêcher à 100 % des gens décidés à commettre des atrocités de passer à l’acte dans un espace public, a-t-elle soutenu. Plusieurs estiment aussi que ces dispositifs, trop visibles, accroissent le sentiment d’insécurité dans l’opinion publique.

     

    Des mesures de plus en plus courantes

     

    À Montréal comme dans nombre d’autres capitales, l’installation de tels dispositifs de sécurité pour contrer les attaques aux véhicules intrusifs est de plus en plus courante. Notamment depuis l’attaque au poids lourd qui a coûté la vie à 86 personnes le 14 juillet 2016 sur la promenade des Anglais à Nice, en France, blessant dans sa course folle pas moins de 450 personnes.

     

    En prévision des nombreuses festivités du 375e de la Ville de Montréal, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a procédé en début d’été à la distribution d’un guide à l’intention des organisateurs et des promoteurs d’événements, afin de renforcer la sécurité dans les espaces publics lors de grands rassemblements et d’événements populaires.

     

    Vendredi, le SPVM a refusé d’accorder une entrevue au Devoir qui souhaitait savoir si ces mesures étaient bel et bien appliquées, et a répondu par courriel qu’il était « proactif et procède déjà à des rencontres de sensibilisation des partenaires et intervenants en prévision, ou lors des événements ».

     

    Chose certaine, on a vu au cours des derniers mois les traditionnelles barrières de périmètre métalliques être remplacées par des dispositifs massifs de béton dans certains festivals, dont le marché de Noël de la place des Festivals, Montréal en lumière, le Festival de Jazz, et plusieurs foires commerciales. Ces fameux blocs de béton, disposés en chicane, sont destinés à éviter l’intrusion d’un véhicule. Les « jerseys », ces barrières de béton massives longues d’une douzaine de pieds séparant les voies d’autoroutes ou protégeant les chantiers routiers, sont de plus en plus utilisés lors d’événements publics.

     

    L’entreprise Béton BP, qui loue ces fameux blocs, dit avoir observé cet été une augmentation « impressionnante » de demandes provenant d’organisateurs d’événements. « C’est difficile d’expliquer la raison de cette hausse de demandes, mais nous faisons cette année beaucoup plus d’événements que de chantiers », a indiqué un porte-parole de la compagnie, incapable de dire si cette augmentation est liée à la hausse du nombre d’événements ou au renforcement des mesures de sécurité.

     

    Les mesures prônées par le SPVM augmentent d’ailleurs la facture associée à la tenue d’événements. Vendredi, le directeur de la Société de développement commercial (SDC) de la rue Saint-Hubert, Mike Parente, a dit avoir vu les coûts du budget de la foire commerciale — qui bat son plein cette fin de semaine — augmenter de 6 % en un an. L’arrondissement a toutefois consenti à assumer la moitié de la facture. De nombreux blocs de béton massifs ont été disposés pour protéger les piétons, comme c’est aussi le cas sur la rue Sainte-Catherine Est, transformée en espace réservé aux piétons durant l’été.

     

    Revoir le mobilier urbain

     

    Dans son guide, le SPVM souligne que d’autres éléments permanents, comme des arbres, des buttes, des fontaines et même du mobilier urbain « plus subtil » et dessiné en conséquence, peuvent être utilisés pour sécuriser des espaces publics ouverts. On a ainsi vu apparaître en 2016 des bancs de protection surmontés d’une assise en bois dans le Quartier des spectacles faisant à la fois office de mobilier urbain et de barrières de protection contre l’intrusion de véhicules. Des bacs à fleurs bétonnés ancrés au sol peuvent aussi freiner des véhicules circulant à haute vitesse.

     

    Il a été impossible d’obtenir une réponse vendredi de la Ville de Montréal sur l’ampleur des budgets qui seront et sont déjà dévolus à la sécurisation des principaux sites publics et des événements considérés à risque dans la métropole. Sans donner plus de détails, la Ville dit avoir « mis en application les recommandations du guide », « installé des équipements de sécurité à davantage d’endroits » et favorise autant que possible l’utilisation d’équipements dont elle dispose déjà.

     

    Pas de recette miracle

     

    Les façons de faire à ce sujet divergent. Des blocs de béton sont ainsi utilisés de façon temporaire à Paris et à Strasbourg lors de gros rassemblements, alors que sur les quais de la Seine, les forces policières privilégient plutôt la circulation des véhicules de secours en bloquant l’accès avec des véhicules des forces de l’ordre, facilement déplaçables.

     

    À Stockholm, après l’attentat au camion qui a fait 5 morts en avril dernier, des plots de béton en forme de lion ont été parsemés à l’entrée des rues piétonnes, ainsi que des blocs de granit de plusieurs tonnes. Berlin a déployé des blocs temporaires lors du marché de Noël, et certains permanents près des ambassades et sur certaines places publiques. La Belgique a quant à elle installé des blocs de béton, des sacs de sable et des camions pour entraver l’accès aux véhicules lors de grands rassemblements.

     

    Selon le rapport du SPVM et plusieurs experts, le « risque zéro n’existe pas » et il n’existe pas qu’une seule « recette » pour contrer cette forme d’attentat en croissance, prisée ces derniers temps par les terroristes de tout acabit, tant islamistes radicaux que suprémacistes blancs. Chaque site présente ses propres contraintes physiques et ses propres vulnérabilités.













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