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    Le Venezuela, «État mafieux et verrouillé»

    Adversaire du président Maduro, l’ex-députée Machado lance un appel à l’aide à la communauté internationale

    Maria Corina Machado (au centre) a été élue députée en 2010 avec le plus grand nombre de voix dans l’histoire vénézuélienne.
    Photo: Federico Parra Agence France-Presse Maria Corina Machado (au centre) a été élue députée en 2010 avec le plus grand nombre de voix dans l’histoire vénézuélienne.

    La communauté internationale a lancé mardi un premier avertissement au président vénézuélien Nicolas Maduro. L’ONU a d’abord exhorté Caracas à mettre un terme aux violations des droits humains. En soirée, 17 pays d’Amérique latine ont affirmé leur refus de reconnaître l’Assemblée constituante élue le 30 juillet. Entrevue avec Maria Corina Machado, adversaire détestée du régime vénézuélien.


    Députée élue en 2010 avec le plus grand nombre de voix dans l’histoire vénézuélienne puis destituée en 2014, Maria Corina Machado croit fermement que l’avenir du Venezuela repose sur une intervention extérieure.

     

    Quelle est la situation actuelle pour la population ?

     

    On fait face à une crise humanitaire qui tue des dizaines de personnes chaque jour, par manque de nourriture et de médicaments. À cela s’ajoute la violation des droits de la personne, dans un contexte où le gouvernement a verrouillé toute possibilité d’assurer la sécurité de la société civile en armant des groupes paramilitaires. Initialement formés pour soutenir le régime, ces groupes sont désormais hors de contrôle.

     

    Quelle est la marge de manoeuvre des partis d’opposition depuis l’élection de l’Assemblée constituante le 30 juillet dernier ?

     

    On assiste à une forte persécution de l’opposition. Mardi, Ramon Muchacho, maire de Chacao [arrondissement de la capitale Caracas et bastion de l’opposition], a été condamné à 15 mois de prison, accusé de faciliter les manifestations. Aujourd’hui, 36 des 77 maires appartenant à des partis d’opposition sont soit emprisonnés, soit en fuite pour échapper à une arrestation.

     

    Il faut comprendre qu’avant même l’avènement de la Constituante, l’Assemblée nationale élue en décembre 2015 et majoritairement d’opposition était déjà verrouillée. La Cour suprême invalidait la plupart de ses décisions au motif que celles-ci étaient contre l’intérêt national. Mais le Parlement restait quand même aux mains de l’opposition. Le recours ultime, pour le régime, était de remplacer cette Assemblée par une Constituante. Les députés élus en 2015 ne vont probablement plus pouvoir siéger, c’est une question de jours.

     

    Le mouvement de contestation risque-t-il de s’essouffler ? Certains observateurs rapportent un nombre légèrement déclinant de manifestants ces derniers jours.

     

    En sortant manifester, nous ne savons pas si nous allons rentrer chez nous à la fin de la journée. C’est ça, la réalité quotidienne aujourd’hui au Venezuela. Mais le fait que le régime se radicalise dans la violence a uni l’opposition. La société civile est plus solidaire que jamais. La volonté de se débarrasser du régime est forte. On ne peut pas revenir en arrière. On ne peut pas arrêter la rébellion. Mais nous avons besoin du soutien de la communauté internationale plus que jamais.

     

    Vous avez tiré l’alarme auprès de la communauté internationale il y a trois ans. Quel rôle croyez-vous qu’elle devrait jouer ?

     

    Dès 2010 j’ai dénoncé un régime que je croyais totalitaire, qui ferait tout pour conserver le pouvoir. J’avais annoncé la crise humanitaire à venir. On m’a taxée d’exagération et de radicalisme.

     

    La situation aujourd’hui est pire que celle que j’avais imaginée. On fait face à un État entretenant des liens étroits avec des narcotrafiquants et des groupes criminels, un État mafieux. La dynamique est explosive, ça devrait préoccuper la communauté internationale.

     

    On n’a pas fini de voir dégénérer la crise. Il y a des intérêts politiques et économiques pour des groupes criminels à soutenir le régime de Maduro. Il n’est plus temps de faire dans la rhétorique, il faut agir. Il faut des signes forts, comme celui lancé par le Mercosur qui a suspendu le Venezuela samedi dernier. Mais il faut aussi des sanctions contre les membres du gouvernement entretenant des liens avec le crime organisé international.

     

    Hugo Chávez incarnait un espoir pour une grande partie de la population, très pauvre. Maduro a-t-il détourné le projet chaviste ?

     

    Chávez a effectivement incarné cet espoir. Mais il a aussi installé un désir de revanche parmi les plus pauvres, et ça, c’est très dangereux. Il a créé des illusions sans tenir ses promesses.

     

    Regardez la situation aujourd’hui. Une société démocratique n’est viable qu’à condition de vaincre la pauvreté. Ça passe par l’éducation. Pas par un État omnipotent dans la gestion et la distribution des ressources.

     

    Dès le départ, Chávez avait pour but de garder le pouvoir indéfiniment. C’est sous sa présidence que le musellement des médias et la persécution des partis d’opposition ont commencé, ainsi que le démantèlement des universités, des entreprises du secteur privé et des organisations non gouvernementales. Maduro s’est retrouvé à la tête d’un pays déjà usé.

     

    Politicienne contestée

    Maria Corina Machado est destituée en 2014 après avoir dénoncé devant l’Organisation des États américains (OEA) la répression violente des manifestations qui secouaient alors le pays. La Cour suprême du Venezuela argue qu’elle contrevenait ainsi à la Constitution. La députée déchue dénonce une manoeuvre pour la faire taire.

     

    En 2003, elle avait fondé Sumate, mouvement proréférendum visant à écarter Hugo Chávez de la présidence (sans succès). Après que Sumate eut reçu des fonds d’organismes américains, Maria Corina Machado fut taxée d’être à la solde de l’impérialisme des États-Unis.













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