Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous
    Venezuela

    L’ère des ambitions autoritaires

    L’élection dimanche d’une omnipotente Assemblée constituante vient creuser la polarisation de la société vénézuélienne. Le pire est forcément à craindre. L’opposition se radicalisant de son côté et la communauté internationale se montrant incapable de calmer le jeu, le Venezuela s’expose à une confrontation sans perspectives de rémission.


    Nicolas Maduro « est un dictateur qui méprise la volonté du peuple vénézuélien », tonnait lundi le secrétaire du Trésor américain, Steven Mnuchin, dans la foulée de l’élection controversée de l’Assemblée constituante voulue par les chavistes purs et durs pour asseoir leur pouvoir et bâillonner l’opposition. Propos consternants dans la bouche d’un homme qui fait partie de l’épouvantable cabinet de Donald Trump. Ce à quoi le président Maduro a réagi en raillant cette « fameuse démocratie » américaine par laquelle « il est possible de devenir président avec trois millions de voix de moins que son adversaire ».

     

    C’est dire au fond que, de Maduro à Trump, la façon qu’ils ont de pratiquer le pouvoir est sensiblement la même. Les deux chefs d’État sont frères dans l’exercice de démolition de l’État de droit et des institutions démocratiques auquel ils se livrent. Ils font partie de la même famille d’ambitieux autoritaires, toutes tendances idéologiques confondues — en compagnie de Vladimir Poutine, de Recep Tayyip Erdogan, de Rodrigo Duterte…

     

    Nos démocraties deviennent-elles des coquilles vides ?

     

    On attendait beaucoup du développement de la gauche démocratique en Amérique latine dans les années 1990 et 2000. Elle semble aujourd’hui battue en brèche un peu partout, ou du moins vit une crise de croissance, captive de ses corruptions et de ses compromissions. Comme si la région renouait avec une sorte de statu quo ante.

     

    C’est en tout cas une gauche qui a dangereusement besoin de rénovation, ainsi qu’en témoigne le cas tragique du Venezuela. L’histoire du monde étant l’emmêlement que l’on sait, il est du reste intéressant de constater qu’au moment où le Venezuela sombre, la Colombie voisine, hier déchirée par des décennies de guerre civile, parvient enfin à faire progressivement la paix avec elle-même.


     

    Ce qui ajoute au tragique de la situation dans laquelle le Venezuela est aujourd’hui coincé, c’est qu’il s’est trouvé dans une impasse similaire il y a 35 ans. À la fin des années 1970, il était le pays le plus riche par habitant en Amérique du Sud. Mais affligé par la « malédiction des ressources », les élites qui forment maintenant l’opposition accaparèrent la rente pétrolière sans faire l’effort de diversifier l’économie, creusant la pauvreté et les inégalités.

     

    C’est dans ces conditions que Hugo Chávez et sa « révolution bolivarienne » ont émergé dans les années 1990. Par inversement des rôles, Chávez puis Maduro ont à leur tour commis l’erreur, par incompétence et par paresse, de ne pas diversifier les ressorts de l’économie manufacturière et industrielle du Venezuela.

     

    L’histoire se répète aussi dans le recours à la violence d’État : la centaine de morts qu’a fait la répression des manifestations de l’opposition depuis le printemps fait écho aux violences du « Caracazo », ces grandes manifestations qui avaient éclaté en avril 1989 après que le gouvernement du président Carlos Andrés Pérez eut décidé sous injonction du FMI de libéraliser l’économie à des fins d’« ajustement structurel ». La répression du mouvement de protestation avait coûté la vie à au moins 300 personnes.

     

    Certainement plus crédible que M. Mnuchin, la procureure générale et chaviste dissidente, Luisa Ortega, a dénoncé lundi « une ambition dictatoriale » de M. Maduro. À s’accrocher au pouvoir, ce dernier s’aventure sur un terrain dangereux pour la suite des choses — et sans doute pour lui-même. Si sa Constituante est dominée par les sympathisants du pouvoir, cela ne doit pas faire oublier que le chavisme donne des signes de fractures et de rivalités. Que sa Constituante qui se réunit mercredi dissolve l’Assemblée nationale démocratiquement élue fin 2015 et dominée par l’opposition ne fera pas pour autant taire les revendications, ni ne chassera la crise économique. Le président commet l’erreur de ne pas reconnaître que l’opposition à son régime est multiforme. Il paraît de plus en plus esseulé.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.