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    Idées

    Enjeux et dangers de la guerre en Syrie orientale

    22 juin 2017 | Samir Saul - Professeur d’histoire, Université de Montréal – CERIUM | Actualités internationales
    «L’issue de la guerre à l’ouest [en Syrie] est pratiquement scellée: les djihadistes, toutes obédiences confondues, sont mis en échec», écrit Samir Saul.
    Photo: Mohamad Abazeed Agence France-Presse «L’issue de la guerre à l’ouest [en Syrie] est pratiquement scellée: les djihadistes, toutes obédiences confondues, sont mis en échec», écrit Samir Saul.

    La destruction par les États-Unis d’un Sukhoi-22 syrien près de Raqqa le 18 juin constitue une escalade qui vient rappeler que la guerre en Syrie est entrée dans une phase nouvelle en 2017. L’échec des djihadistes en Syrie occidentale a déplacé le foyer du conflit vers l’est, où se décident maintenant l’avenir de la Syrie et la configuration de la région. Moins suivie que la phase précédente, plus excentrée et difficile à déchiffrer, elle révèle des objectifs contradictoires et recèle des périls qu’il importe de mettre en lumière.

     

    La Syrie occidentale est la partie la plus peuplée, la plus urbanisée et la plus développée du pays. C’est à sa défense que les autorités syriennes ont donné la priorité après le déclenchement de la guerre en 2011, remettant à plus tard la reprise des régions de l’intérieur. Évincés d’Alep-Est en décembre 2016 et du dernier quartier qu’ils occupaient à Homs en mai 2017, les djihadistes sont cantonnés désormais à Idleb au nord et dans la région de Deraa au sud.

     

    L’issue de la guerre à l’ouest est pratiquement scellée : les djihadistes, toutes obédiences confondues, sont mis en échec. Leur incapacité à abattre l’État syrien réduit leur utilité comme supplétifs. Ce n’est pas un coup de tête de Trump, avec ou sans missile de croisière, qui modifierait la donne en leur faveur, et l’empoignade entre leurs commanditaires saoudiens et qataris les dessert. Reste cependant la possibilité qu’ils soient réactivés par des rescapés de Daech refluant vers l’ouest à la suite de leur défaite en Syrie centrale et orientale.

     

    Multiples facettes

     

    Comme prévu, l’étape de la sécurisation de la Syrie occidentale est suivie de l’étape actuelle, celle de la récupération de la Syrie orientale. Visant à rétablir la souveraineté de l’État sur l’ensemble du pays et à restaurer son intégrité territoriale, elle ne fait que débuter.

     

    Parmi les buts originels de la guerre nouveau genre menée contre la Syrie, le renversement du régime, la désagrégation de l’État (sur le « modèle » libyen), l’implosion confessionnelle provoquée, la rupture de l’alliance Iran-Syrie-Hezbollah et le basculement de ce qui subsisterait de la Syrie dans le camp dirigé par les États-Unis se sont avérés hors de portée.

     

    Le dépeçage territorial de la Syrie, lui, n’est pas abandonné. Dans leur projet de « Grand Moyen-Orient » morcelé sur des bases confessionnelles à la suite de l’éclatement induit des pays arabes, les néoconservateurs avaient concocté un « Sunnistan », à l’endroit même où Daech a établi son « califat », coïncidence qui ne tient pas du hasard. Les États-Unis semblent finalement préférer les Kurdes à Daech et, par leur entremise, ils poursuivent toujours l’objectif d’amputer la Syrie de sa partie orientale. L’intention est de dresser un rempart qui séparerait la Syrie et le Hezbollah, à l’ouest, de l’Irak et de l’Iran, à l’est, objectif promu aussi par Israël.

     

    Le front oriental

     

    Pivotant vers l’est, l’armée syrienne reprend Palmyre le 2 mars 2017 et, le 6 juin, pénètre dans la province de Raqqa, repaire de Daech. Les jours du « califat » sont comptés. Du coup, le duo américano-kurde, qui marquait le pas, s’active contre Daech. Les Kurdes reçoivent des armes lourdes états-uniennes et lancent l’assaut contre la ville de Raqqa le 6 juin. La prochaine destination pour tous sera la ville de Deir ez-Zor. En Syrie orientale est engagée une course en vue de faire triompher sa solution : remembrement ou démembrement de la Syrie. Les implications toucheront toute la région.

     

    Plus à l’est, un contingent américain équipé de lance-roquettes de longue portée est implanté depuis décembre 2016 au point de passage d’al-Tanf, à la frontière syro-irakienne, pour tenir séparés l’Iran et l’Irak de la Syrie. Or, le 9 juin, le pire scénario pour les États-Unis et Israël se concrétise : l’armée syrienne et les milices populaires irakiennes font jonction et ouvrent un corridor terrestre qui relie Téhéran, Bagdad, Damas et Beyrouth. Nouvelle, cette continuité géographique facilite la collaboration et le ravitaillement de la Syrie et du Hezbollah libanais.

     

    Les enjeux sont de taille. Entrés en Syrie sans autorisation, en violation du droit international, les États-Unis essaient d’empêcher la Syrie de recouvrer ses territoires, allant jusqu’à bombarder l’armée syrienne à trois reprises en un mois, soit des actes de guerre. Les heurts sont inévitables et les risques de face-à-face avec la Russie et l’Iran ne sont pas à écarter. De la guerre par procuration, on glisserait vers la guerre régulière.

     

    Quant à la politique américaine, elle s’installe dans une nouvelle impasse : une promesse d’autonomie serait irréalisable pour les Kurdes devant l’opposition syrienne, turque et iranienne. Fatalement, ils se dirigent vers une mise au rancart après usage. Pas la première fois dans leur histoire qu’ils sont floués. Alors, à qui reviendrait l’Est syrien dans les desseins américains ? Espérons que ce n’est pas à une réincarnation de Daech.













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